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Affirmer toutes Choses |
Source : Coming Home Network
Par Dwight Longenecker
L'Amérique Moyenâgeuse
Venir à la foi de manière dramatique est une marque de commerce dans la famille. Au dix-huitième siècle, mes ancêtres ont laissé la Suisse pour la nouvelle colonie de la Pennsylvanie afin d'y trouver la liberté religieuse. Mes ancêtres, les deux frères Longenecker étaient des mennonites membres d'une secte anabaptiste si stricte qu'ils furent persécutés par Calvin.
Sept générations plus tard, ma branche familiale avait laissé les mennonites. J'ai été élevé dans une église de «chrétiens de la Bible». Comme beaucoup d'églises dans les années soixante, notre église biblique indépendante était un groupe de chrétiens fortement évangélique et conservateur désabusés par la dérive libérale des dénominations protestantes principales, Une dérive qui marquait la période de l'après-guerre. Nos dénominations se sont alors mises à faire leur propre affaire de manière indépendante.
Ce même mouvement indépendant fonda une université fondamentaliste dans le sud profond des États-Unis dont le fondateur était l'évangéliste méthodiste Bob Jones. Ainsi après la guerre, mes parents, mes tantes, mes oncles sont tous et toutes allés étudier à cet endroit. Ce fut naturel pour mes parents d'y envoyer à leur tour leurs enfants dans les années 1970. Nous étions en plein dans le coeur de ce qui est nommée aux États-Unis, la «Bible Belt» (une zone géographique conservatrice formée d'églises fondamentalistes). L'Université Bob Jones mélange incongrûment le fondamentalisme, le feu de l'enfer avec le grand opéra et une excellente galerie d'art religieuse. BJU (Bob Jones Université) a donné à l'Irlandais du Nord, Ian Paisley, un doctorat honoraire. Elle perçoit même Billy Graham comme un libéral, c'est-à- dire le milieu évangélique strict auquel j'appartenais!
La religion dans notre maison était simple, basée sur la Bible et une religion équilibrée. Comme pour nos ancêtres mennonites, elle était d'une quiétude simple empreinte de tolérance ce qui est le coeur de notre foi. Nous pensions que les Catholiques étaient dans l'erreur, cependant nous n'avons pas été élevés dans la haine de ces derniers. À BJU le ton était différent. L'Église catholique y était clairement décrite comme « la putain de Babylone » et le Pape était l'«Antéchrist».
L'Orthodoxie Anglicane
Ironiquement, ce fut à BJU que j'ai découvert l'église anglicane. On nous permettait d'assister à une petite église schismatique épiscopalienne nommée : «L'Église Anglicane Orthodoxe de la Sainte Trinité». L'église avait été fondée par un «évêque» dont l'ordination comme l'évêque anglican me dit-il plus tard, était « valide mais irrégulière». Il avait été ordonné par un vieux Catholique renégat aussi bien qu'évêque orthodoxe dissident.
Avec quelques autres baptistes désabusés et des chrétiens de la Bible, nous allions à la petite église en pierre et c'est là que j'ai découvert pour la première fois la splendeur d'un livre de prière commune, éclairée de bougies alors que nous nous mettions à genoux pour prier. J'ai été touché par cette expérience et par la suite dans ma recherche pour l'appel du Dieu, j'ai décidé de devenir prêtre anglican. J'avais étudié la littérature anglaise et visité l'Angleterre quelques fois. Je pensais que ce serait parfait d'être ministre dans un joli petit village anglais avec une église médiévale.
J'ai écrit à l'anglican évangélique J.I. Packer et il m'a suggéré quelques séminaires anglais. Oxford était la Mecque pour les partisans de C.S.Lewis, ainsi lorsque l'occasion d'étudier à Oxford s'est présentée à moi, je l'ai saisie et je suis venu en Angleterre pour le reste de ma vie. Après des études théologiques, j'ai été ordonné pasteur et une vie de ministère dans l'église anglicane s'est ouverte à moi.
La Voie Affirmative
Cette période fut un temps de grande croissance spirituelle et d'études. Souvent ce sont les plus petites choses qui font les plus grandes impressions; je n'oublierai jamais cette citation du grand commentateur social anglican F.D. Maurice, que j'ai rencontré par hasard tandis que j'étudiais la théologie, il écrivit : « Un homme est le plus souvent dans le vrai lorsqu'il affirme et dans l'erreur lorsqu'il dénie. » Après l'attitude négative du fondamentalisme américain et le doute cynique religieux qui prévalait à Oxford, la déclaration de Maurice était comme un souffle d'air frais.
Il m'était parfois tentant de me culpabiliser du fait d'avoir quitté la religion de ma famille et son éducation, toutefois à partir du point de vue de Maurice, j'ai de plus en plus ressenti la richesse anglicane que je découvrais non pas comme un démenti de ma foi familiale, mais comme un complément à celle-ci. Donc, j'ai fait du dicton de Maurice ma devise et chaque fois que j'ai fait face à une nouveauté, je faisais l'exercice de me demander si je la déniais ou si je l'affirmais. Depuis lors, si je suis incapable d'affirmer une nouvelle doctrine qui se présente à moi ou une pratique religieuse, je ne la dénie plus, je la laisse simplement être.
Ainsi quand un ami catholique aux États-Unis me suggéra de visiter une abbaye bénédictine, j'ai suivi son conseil et ai pris des mesures pour aller au plus proche abbaye d'Oxford-Douai. Là, j'ai trouvé un monde aussi étrange à l'anglicanisme évangélique qu'Oxford l'était à l'Université de Bob Jones ! Les moines m'ont impressionné par leur sens de l'humour face à eux-mêmes. Il y avait là un sentiment de toucher le Christianisme d'une façon plus grande et plus majestueuse que je ne l'avais encore jamais éprouvé.
Saint-Benoît, l'Équilibré
Ma liaison avec les bénédictins continua après que je sois ordonné et que j'aille servir comme vicaire anglican. J'ai fait ma retraite annuelle à l'abbaye de Quarr dans l'Île de Wight sur la côte Sud de l'Angleterre en lisant sur l'histoire de monachisme tout en me sentant attiré par la voie bénédictine. Il y avait un équilibre, une simplicité et une spiritualité profonde dans celle-ci qui faisait écho à la foi sincère et simple de mes ancêtres mennonites.
Comme j'étais sur le point de visiter l'abbaye Quarr pour ma retraite annuelle, un ami m'apporta un rosaire de Walsingham. Je n'avais jamais touché à un tel objet catholique, cependant la sagesse de F.D. Maurice qui m'avait marqué me fit penser : « Si tant de chrétiens prient par ce moyen, qui suis-je pour le leur dénier ? » Ainsi j'ai acheté un livre sur le Rosaire et j'ai appris comment prier avec celui-ci. Aucune idée sur l'acceptation des dogmes sur Marie n'était hors de question. J'ai ainsi substitué certains mystères glorieux par d'autres qui étaient plus concentrés sur le Christ. Mes cinq mystères bibliques glorieux étaient : la Transfiguration, la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte et la Seconde Venue. Malgré mon individualisme, une autre fenêtre s'ouvrit ainsi et quelque chose de nouveau s'affirma lentement puisque j'ai constaté que le Rosaire grandissait en importance dans mon existence. Puis, j'ai commencé à recevoir de grandes grâces à travers les prières à Notre-Dame.
Quand mon vicariat fut terminé, s'ouvrait devant moi trois mois libres de vacances. J'ai donc décidé de faire un voyage en auto-stop jusqu'à Jérusalem. Ainsi avec mon sac à dos et une paire de chaussures vigoureuses j'ai traversé la France et l'Italie demeurant dans des communautés religieuses tout au long de l'itinéraire. J'ai constaté que mon voyage se passait mieux lorsque je le faisais coïncider avec la routine monastique. Donc, je commencerais ma journée de voyage par la messe et l'office du matin dans un monastère, je disais mon office anglican pendant le voyage, et je parvenais ensuite au monastère suivant en fin de journée, à temps pour les Vêpres, la prière et le repas du soir.
Le pèlerinage vers la terre sainte m'a fait progressé plus avant dans la compréhension de l'histoire Chrétienne. Une partie de mon appel à l'ordination dans l'église anglicane résidait dans le fait de quitter l'église moderne et subjective protestante des États-Unis et cela afin de trouver des voies plus profondes de spiritualités à travers l'histoire et la foi ancienne de l'Europe. En voyageant par la France, l'Italie, la Grèce puis Israël j'ai été immergé dans une religion évidemment plus ancienne et plus profonde que l'Anglicanisme.
Les communautés bénédictines me mettaient en contact avec des racines de foi plus profondes et plus concrètes que je n'aurais imaginé que cela puisse même exister. Bien que je me sois rendu compte que mon point de vue devenait de « plus en plus Catholique », je n'ai pas lutter contre cela. Je désirais « être vrai dans ce que j'affirmais.»
Le Ministère Apostolique
J'étais ordonné depuis environ six ans lorsque mon rêve s'est réalisé et que je suis devenu le pasteur de deux belles vieilles églises dans l'Île de Wight. À cette époque je n'étais pas anglo-catholique, toutefois je considérais mon ministère d'une façon très catholique. Je savais que nous étions séparés de Rome, toutefois je considérais mon ministère comme étant une partie de l'ensemble de l'Église catholique. Malgré la séparation formelle entre les deux églises, j'ai conçu l'anglicanisme comme une branche de l'Église catholique et j'ai prié pour le jour où nous serions réunis éventuellement.
Mon pèlerinage vers l'Église catholique avait été pour la plus grande partie, intuitif. J'ai simplement adopté lentement les pratiques Catholiques qui m'ont semblé appropriées et quand est venu le temps de questionner certaines doctrines, je les ai considérées, faisant tous les efforts pour «affirmer» et non pas pour «dénier». Cette mentalité m'a amené presque inconsciemment au seuil même de l'Église catholique. Ce que j'ai dit un jour à quelques amis qui considéraient ma conversion comme authentique, c'est qu'elle l'était encore plus que je ne le réalisais moi-même.
Ce fut la décision de l'Église anglicane d'ordonner des femmes comme presbytes qui m'a aidé à clarifier ma position. Soudainement, les choses sont devenues limpides. Le fait d'avoir des femmes prêtres n'étaient pas un problème. Au lieu de cela, ce fut ce que le processus décisionnel du Synode Général a révélé sur la vraie nature de l'Église anglicane qui devint important. La question clé était la suivante : « Est-ce que l'Église anglicane est une Église catholique ou une Église Protestante ? Si elle veut être considérée comme Catholique alors elle n'a pas l'autorité pour ordonner des femmes comme prêtres. Cependant, si elle est identique aux Églises protestantes, ces groupes peuvent en effet prendre la décision d'ordonner des ministres femmes.» C'est ainsi que lorsque le Synode Général prit sa décision, je me trouvais en difficulté parce que l'anglicanisme s'affirmait protestant. Tout en moi me disait qu'une branche de l'Église catholique ne pouvait pas prendre une telle décision toute seule. Mais là encore, j'avais en horreur de prendre une position négative sur quoi que ce soit. Selon ma devise, je me retrouvais à dénier aux femmes, le droit d'être prêtres et j'étais donc dans l'erreur en faisant ainsi.
Alors Fr. Léo Avery, le récent Abbé de Quarr, m'a doucement fait remarqué que les plus grandes affirmations contiennent souvent quelques petits dénis . Autrement dit, vous vous devez à un moment donné de vous faire une idée, de faire un choix. Nier le droit aux femmes d'être prêtres était simplement le côté négatif d'une affirmation de quelque chose de plus grand; soit le ministère apostolique de l'Église; et d'affirmer que le catholicisme déniait ces choses était contraire au catholicisme et une erreur.
Affirmer Toutes Choses
Les quelques années suivantes furent un temps épouvantable d'indécision. À ce moment, j'étais marié et nous avions deux petits enfants. Je n'avais pas reçu de formation pour envisager une autre carrière et si nous quittions l'Église anglicane, je faisais face à un avenir incertain. Un dimanche soir, je suis allé à l'abbaye de Quarr pour des Vêpres et la bénédiction. Comme les moines chantaient, j'étais tourmenté à l'agonie par la décision de laisser l'Église anglicane.
«Mais j'ai seulement voulu vous servir dans l'ancienne église d'Angleterre!» me suis-je écrié au Seigneur. Comme l'encensoir se balançait et que la monstrance était élevée, une toute petite voix a répondu : «Mais c'est ici l'ancienne Église d'Angleterre. » Alors mes luttes intérieures ont pris fin. Mon idée était faite et en automne de 1994, ma femme et moi avons commencé notre cours de catéchèse avec le Fr. Joe McNerny à Quarr.
Nous avions du chagrin en rapport avec la perte de notre maison et de notre église, mais en même temps, nous avons reçu un accueil merveilleux de nos nouveaux amis Catholiques. Ce fut pendant ce temps que Keith Jarrett, le secrétaire de la société St. Barnabas m'offrit son amitié, de l'aide et de l'encouragement. Comme il l'a fait pour tant de personnes dans notre situation qui ont fait le même pas que nous au sein de l'Église Catholique. Une fois que nous avons été reçus à la société St.Barnabas, il a continué d'être présent par ses conseils et son soutien financier.
Comme nous suivions notre cathéchèse, nous avons non seulement lu les documents de Vatican II, mais également nous avons lu les Pères Apostoliques. Jour après jour, j'ai pris conscience que toutes ces choses que j'étais parvenues à «affirmer» intuitivement étaient partie de la grande unité de la Foi Catholique. Lorsque je suis devenu anglican, j'ai estimé que mes antécédents de «chrétien de la Bible» étaient terminés et comme nous nous préparions pour être reçus dans l'Église catholique, je me suis rendu compte que je pourrais toujours affirmer à tous mes amis non-catholiques, ces antécédents sans les dénier, Je ne pourrais simplement plus nier ce qu'ils déniaiebt face à l'Église Catholique. Le petit bout de sagesse de F.D. Maurice m'avait amené à traverser le Tibre et à devenir Catholique, j'affirmais maintenant toutes choses et ne niais plus rien de ce qui était vrai.
Notre réception a eu lieu lors d'un tranquille service, un soir de février dans la crypte de l'église de l'abbaye de Quarr. Cette nuit fut pour nous celle de la moisson. Là, comme les moines entonnaient des chants anciens et que nous avions finalement été reçus dans la pleine communion, la foi simple de mes ancêtres mennonites, l'amour des «chrétiens de Bible» pour les Écritures saintes et les beautés anciennes de l'anglicanisme ont toutes été fusionnées et accomplies d'une façon nouvelle et dynamique.
Dwight Longenecker travaille maintenant comme organisateur de la zone du sud-ouest pour la société St.Barnabas (l'homologue du réseau Coming Home Network). Il est aussi actif comme auteur Catholique et journaliste. Dwight et Alison ont quatre enfants Benoît, Madeline, Théodore et Elias.
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