Logique et fondations du protestantisme :
De la réforme à l'Église par Brian Harrison

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Source : Coming Home Network 

Par Brian W. Harrison 

Alors que j'étais un protestant actif dans le milieu de la vingtaine, j'ai commencé à pressentir que je pourrais avoir une vocation de ministre du culte protestant. L'ennui pour moi consistait en ce que tandis que j'avais des convictions tout à fait bien définies des choses que la plupart des chrétiens ont traditionnellement respecté communément - ces sortes de choses que C.S. Lewis nomme « le simple christianisme.» - j'avais eu d'autre part quelques expériences de première main avec plusieurs dénominations (presbytérienne, anglicane, luthérienne, méthodiste) et il était loin d'être possible de pouvoir dire laquelle d'entre ces dénominations avait un avantage sur les autres. J'ai donc commencé à réfléchir, à étudier, à rechercher et à prier pour ma quête de vérité. Y avait-il une Église véritable ? S'il en était ainsi comment pourrais-je la trouver ? 

Plus j'étudiais et plus je devins perplexe. À une étape de mon cheminement, ma soeur aînée, une évangélique très impliquée possédant des affiliations quelque peu flexibles du point de vue confessionnelle, me reprocha de devenir de plus en plus «hanté» par mon objectif de trouver «l’Église véritable.» « Cela importe-t-il vraiment ? » me demandait-elle ? Oui, cela m'importait !  

C'était un comportement tout à fait normal pour un(e) protestant(e) de reléguer la question confessionnelle à une moindre priorité parmi ses préoccupations religieuses : les laïcs peuvent aller à une église protestante une semaine et à une autre la semaine d'après sans que personne ne s'inquiète vraiment. Toutefois un ministre ordonné ne peut pas faire ainsi évidemment. Il doit faire allégeance à une communauté bien définie et en des circonstances normales, l'on s'attendra de lui, qu'il lui soit fidèle toute sa vie. Il est clair que ce choix de confession aura à être fait avec un sens profond de la responsabilité ; et le temps pour le faire sera avant et non pas après l'ordination. 

Finalement, ma recherche a duré plusieurs années et m'a éventuellement mené là où je n'aurais jamais soupçonné aboutir. Je n'essayerai pas de relater le récit détaillé de ma conversion à l'Église Catholique, cependant je me concentrerai sur l'aspect important de cette réflexion comme il s'est présenté pour moi - lequel me semble tout à fait fondamental. 

Comme je cherchais à tâtons la vérité et que je priais pour trouver la voie pour y parvenir, je suis venu près du désespoir et de l'agnosticisme à quelques reprises. Ceci alors que je contemplais les montagnes d'érudition, l'énorme labyrinthe des interprétations contradictoires de la chrétienté (pour ne pas mentionner les autres «foi») qui sont disponibles sur les planches des librairies religieuses et des bibliothèques. Si tous ces « experts» de la vérité - les grands théologiens, historiens, philosophes - ont été interminablement en désaccord les uns avec les autres, donc comment Dieu, s'il existait vraiment, s'attendrait-il de moi, un «Joe Blow» ordinaire, qu'il puisse décider de ce qui était vrai ? 

Plus je m'empêtrais dans des questions spécifiquement « d'interprétation » Biblique - de ce qui était la juste compréhension de la Justification, de l'Eucharistie, du Baptême, de la Grâce, de la Christologie, du gouvernement de l'Église, de la discipline, et caetera - et plus j'en suis venu à estimer que toute cette approche était sans issue et désespérante, une véritable impasse. Toutes ces questions exigeaient une grande érudition,  des connaissances inouïes, une compétence dans l'exégèse biblique, patristique, l'histoire, la métaphysique, les langues anciennes - bref, des compétences de niveau universitaire.  Cela pouvait-il vraiment être crédible ? (j'ai commencé à me le demander), Dieu, s'Il devait révéler la vérité sur ces questions disputées, ferait-il que cette vérité ne soit accessible seulement qu'à une petite élite d’érudits qui auraient ainsi une timide chance de l'atteindre ? N'était-ce pas là une sorte de gnosticisme ? Que resterait-il à la majeure partie de la race humaine qui n'est pas si savante ? Tout ceci n'avait pas de sens à mes yeux. Si, comme le dicton le dit, la guerre est trop importante pour être laissée aux généraux, donc la vérité révélée me semblait trop importante pour être laissée aux «érudits» de la Bible. C'était une proposition aberrante que de croire que peut-être Dieu s'est simplement attendu à ce que les non-savants aient eu confiance aux «érudits». Comment de plus aurions-nous pu savoir en quels érudits avoir confiance, étant donné que tous les érudits se contredisaient les uns les autres ? 

Donc, dans mes efforts de m'enfuir du sous-bois dense exégétique, là où je ne pouvais pas voir le bois des arbres, j'ai évolué vers un nouveau critère dans ma recherche de la vérité : j'ai essayé d'obtenir au delà de la masse surprenante de données historiques et linguistiques sur lesquelles des exégètes rivaux et des théologiens se sont appuyés pour construire leurs châteaux doctrinaux, de me concentrer plutôt sur les principes élémentaires, les principes même nécessaires à la pensée humaine, accessibles à chacun d'entre nous, innés pour tous. En un mot, j'ai commencé à soupçonner qu'en mettant l'emphase sur la logique, plutôt que sur la recherche pure, je pourrais accélérer l'obtention d'une réponse à mes prières. 

L'avantage étant que vous n'avez pas à apprendre à être logique. Vous n’avez pas besoin de passer des années à amasser des montagnes d'informations dans des bibliothèques pour appliquer les principes élémentaires de la raison. Vous pouvez les appliquer tout simplement du confort de votre fauteuil, pour ainsi dire, et cela pour évaluer les revendications de n'importe quel corps de doctrine, sur n'importe quel sujet se présentant à vous et revendiquant votre consentement. De plus la logique, comme pour les mathématiques, conduit à une certitude ferme, non pas de simple avis variables où des hypothèses temporaires. La logique est le premier phare naturel duquel Dieu nous a pourvue comme êtres intelligents et vivant dans un monde obscurci par la confusion d'attitudes contradictoires innombrables, de doctrines et de conceptions du monde opposées, des systèmes qui tous prétendent nous dire comment vivre nos vies pendant ce bref temps que l'on nous donne ici sur la terre. 

La logique a bien sûr ses limites. Le pur raisonnement de «fauteuil» seul ne sera jamais capable de vous révéler la signification de votre vie et du comment vous devez la vivre. Mais autant qu'il est possible de le faire, la logique est un outil indispensable de base et je soupçonne même que nous péchons contre le Dieu, la première Vérité, si nous la méprisions sciemment ou l'ignorions. « Ne  vous contredirez pas»  me semble être un précepte important de la loi naturelle morale. J'ai pris conscience que l'utilisation principale de la logique, dans ma recherche de la vérité religieuse, s'est avérée être dans la décision non pas ce qui était vrai, mais de ce qui était faux. Si quelqu'un se présente à vous avec un système d'idées ou de doctrines qu'une analyse logique révèle être cohérente - libre de contradictions internes et sans absurdité  - alors vous pouvez conclure : « Ce système est possiblement vrai. Il a au moins passé le premier test de la vérité - le test de cohérence. »  Pour savoir si une proposition est réellement vraie, vous devrez alors laisser votre fauteuil de «logicien», passer à une seconde étape et chercher plus d'information. Cependant, si une proposition échoue le test le plus élémentaire de la vérité et de la logique, elle peut être sans risque éliminée sans plus d'embarras, peu importe le nombre de volumes impressionnants ayant un air d'érudition qui ont pu être écrits en appui à cette «vérité» et peu importe comment ses particularités semblent attirantes ou nombre de ses partisans… 

Quelques lecteurs peuvent se demander pourquoi je défends avec labeur l'outil qu’est la logique. N'est-ce pas là une chose parfaitement évidente ? Bien, probablement qu’elle est évidente parce que cela doit être évident à chacun de nous et particulièrement évident à ceux qui ont eu la bonne fortune de recevoir une éducation classique catholique. Le catholicisme, comme je suis venu à le découvrir, a une approche tout à fait positive de nos pouvoirs de raisonnements naturels. Traditionnellement, l'Église demande l’étude de la philosophie à ses prêtres et cela pendant des années avant qu'ils ne commencent même l’étude de la théologie. Malheureusement, je suis venu d'un milieu religieux où cette perspective n'a pas été encouragée et souvent même plutôt découragée. Les réformateurs protestants enseignaient que le péché originel a tant affaibli l'intellect humain que nous devons être extrêmement méfiants de nos prétentions à « la fière raison ». Luther a appelé la raison - la putain du diable - une sirène qui séduit les hommes par de graves erreurs, « Ne faites pas confiance à votre raison,  inclinez-vous seulement devant la vérité de Dieu qui vous a été révélée dans sa Sainte Parole, la Bible ! », c'était là l'essentiel de l'enseignement que j'ai reçu des cercles calvinistes et luthériens qui m'ont influencé le plus dans mes premières années de formation après que j'eu pris ma «décision pour Christ» à l'âge de 18 ans. Pourtant les réformateurs eux-mêmes ont été forcés d'employer la raison même s'ils la dénonçaient dans leurs efforts pour réfuter les arguments bibliques de leurs adversaires « papistes ». Et cela, m'a-t-il semblé, était plutôt illogique de leur part. 

La logique et la doctrine de  « Sola Scriptura » 

Ainsi, mon intérêt étant éveillé à l'analyse logique comme étant le test ultime de toute vérité religieuse, j'ai été naturellement conduit à me demander si l'illogisme dans la conception des réformateurs était, peut-être, accompagné d'un illogisme au niveau plus fondamental de leur théorie religieuse. Comme un bon protestant, j'avais adhéré au principe sacré de la méthodologique de base de la Réforme : c'est-à-dire que la Bible seule contient toute la vérité que Dieu a révélée pour notre Salut. Qu'elle est la seule autorité de la foi. Les églises qui s'en sont tenues à ce principe pour les protestants étaient au moins «respectables», lesquelles nous ont été données pour apprendre la vérité, bien qu'elles puissent différer considérablement de l'une à l'autre en ce qui concerne l'interprétation de l'Écriture. Mais quant au Catholicisme Romain et aux autres Églises qui avaient effrontément ajouté leurs propres traditions à la Parole de Dieu selon l’opinion de la réforme, elles étaient évidemment dans l'erreur ? Ne se condamnaient-elles pas de cela par leurs propres bouches ? 

Lorsque j'en suis arrivé à explorer sérieusement les implications de ce «dogme-rock» des réformateurs, je ne pus éviter la conclusion qu'il était rationnellement indéfendable. C'est ce qui sera démontré dans les huit étapes suivantes, qui n'incarnent rien d'autre que la logique du bon sens et quelques faits indiscutables, des faits empiriquement observables à partir de la Bible elle-même :

1. Les réformateurs ont affirmé comme «proposition A » que : « Toute la vérité révélée se retrouve dans les Écritures Inspirées, la Bible. » Cependant, cette proposition est tout à fait inutile à moins que nous ne sachions quels sont ces livres exactement qui sont ainsi considérés comme «les Écritures Inspirées». Après tout, beaucoup de sectes différentes et de religions ont de nombreux livres différents, qu'elles appellent «des Écritures Saintes Inspirées.» Il ne s'agit pas de le dire, il faut le démontrer !

2. La théorie réformiste que nous sommes en train de considérer, quand il est parlé d«Écritures Saintes Inspirées» dit qu'il y a 66 livres d'inspirés qui sont liés et publiés dans les Bibles protestantes. Pour la convenance, nous nous référerons dorénavant à ces livres simplement comme «les 66 livres.»

3. Cette déclaration très précise de la théorie réformiste que nous examinons ainsi devient la « proposition B » qui dit que: « Toute la vérité révélée doit être trouvée dans les 66 livres. »

4. C'est un fait que nulle part dans les 66 livres eux-mêmes, nous ne pouvons trouver trace d'une quelconque déclaration nous disant que ce sont ces livres qui composent le corpus entier des Écritures. Il n'y a aucune liste complète des livres inspirés dans la Bible où que ce soit dans les pages de ces «66 livres», non plus qu'une telle liste ne peut être déduite en rassemblant des versets isolés. (Ce serait le cas si : (a) vous pourriez trouver des versets qui dirait : «le livre d'Esther est inclus dans la Parole de Dieu»,  « Cet Évangile est Inspiré par Dieu», ou « La deuxième lettre de Pierre fait partie de l'Écriture Inspirée », etc., et cela se devrait d'être mentionné pour tous les 66 livres que les protestants considèrent comme sacrés ; et si (b) : vous deviez aussi trouver un passage biblique disant clairement qu'aucun autre livre que ces 66 livres ne devrait être tenu pour inspiré. Évidemment, personne ne pourrait même prétendre trouver cette information sur le canon de l'Écriture dans la Bible elle-même.)

5. Il s'en suit de la « proposition B » qui se trouve être - la véritable fondation du protestantisme - qu'elle ne se trouve nulle part dans la Bible ni ne peut être déduite de la Bible de quelque façon que ce soit. Puisque les 66 livres ne sont pas même identifiés dans l'Écriture sainte comme étant l'Écriture sainte, et qu'encore moins qu'une information sur eux (par exemple, que toute la vérité révélée est contenue uniquement dans ces livres) ne peut être trouvée nulle part dans la Bible. Bref, nous nous trouvons dans l'obligation d'en déduire une nouvelle proposition, la « proposition C » qui dit : « La « proposition B » est une addition aux 66 livres de la Bible. » En un mot, elle n'est pas Biblique, il n'est pas biblique d'affirmer que le canon de la Bible se compose de 66 livres !

6. Il s'en suit immédiatement de la vérité de la « proposition C » que la « proposition B » ne peut pas être la vérité révélée. Donc, la proposition qui dit que seuls les 66 livres de la Bible protestante sont la Bible est fausse... Pour en arriver à affirmer que cela implique contradictoirement que : « Toute la vérité révélée doit être trouvée dans les 66 livres, mais cette vérité révélée elle-même ne se trouve nulle part pas dans ces livres... » Nous sommes là devant une aberration insoluble du point de vue protestant et simplement logique ...

7. Cela pourrait-il être le fait que cette « proposition B » est vraie, mais qu'elle n'est pas une vérité révélée bibliquement ? Si c'était le cas, nous serions en présence de l'une ou l'autre conclusion suivante;  soit cette vérité  peut être déduite de la vérité révélée en dehors d'elle, ou bien, cette doctrine est une chose que la raison naturelle humaine seule peut comprendre sans l'aide d'une quelconque révélation Biblique. La première possibilité est exclue parce que, comme nous l'avons vue dans l'étape 4 et 5, la « proposition B » ne peut pas être déduite de l'Écriture sainte et postuler pouvoir en déduire quelque autre prémisse révélée extra-scripturale de B ce qui contrediraient la « proposition B » elle-même. La deuxième possibilité n'implique aucune contradiction en elle-même, toutefois elle est en fait absurde pour un protestant et je doute qu'un seul protestant ait sérieusement essayé de la défendre - du moins ces protestants traditionnels qui soulignent fortement la corruption des pouvoirs naturels intellectuels de l'homme suite à la chute adamique-. Par contre, la raison humaine pourrait bien être capable logiquement de conclure prudemment et avec sérieux qu'une autorité qui elle-même a prétendu être la plénitude de la vérité révélée a été en fait justifiée dans la prétention de cette revendication, à condition que cette autorité ait soutenu cette revendication par quelque évidence très saisissante depuis toujours.  Et justement les catholiques, en fait, croient que leur Église est précisément une telle autorité ! Autrement, comment la raison seule pourrait parvenir à la certitude que cette collection de 66 livres qui n'émettent pas même de prétention sur ce qui leur est attribué sont inspirés ? (Ce constat est renforcé quand nous nous rappelons que ceux qui attribuent la totalité de la vérité révélée aux uniques 66 livres, nommément les membres des églises protestantes, sont vraiment prêts à reconnaître leur propre faillibilité très facilement - individuellement ou collectivement- et cela en matière de doctrine religieuse. Toutes les églises protestantes en effet nient leur infaillibilité autant qu'ils nient celle du Pape.

8. Ainsi, la « proposition B » qui dit que « Toute la vérité révélée doit être trouvée dans ces 66 livres» n'est pas la vérité révélée, ni une vérité qui peut être déduite de la révélation, ni une vérité naturellement reconnaissable ! La « proposition B » est tout simplement fausse et rends caduque la « proposition a ». Donc, la doctrine de base pour laquelle les réformateurs se sont battus : «sola scriptura» est simplement fausse. Une invention humaine illogique et non biblique. 

La tentative de solution de Calvin 

Comment les réformateurs ont-ils essayé de faire face à cette faiblesse fondamentale dans la structure logique de leurs propres principes fondamentaux de foi ? Jean Calvin qui d'habitude est crédité pour être le penseur le plus systématique et logique de la réforme, essayant de justifier cette croyance en l'autorité divine des 66 livres postulait «dogmatiquement» une communication directe de cette connaissance par Dieu au croyant. Pour Calvin Dieu dit aux croyant que seulement ces 66 libres sont canonique... 

Calvin précise cela clairement en disant que l'Écriture sainte «s'authentifie d'elle-même », cette certitude ne doit pas selon Calvin être prise littéralement du point de vue «Biblique». Il ne veut pas dire qu'un quelconque texte de Bible affirme que les 66 livres et eux seuls sont divinement inspirés. Comme nous l'avons observé dans l'Étape 4 ci-dessus, personne ne pourrait jamais prétendre quelque chose de cette nature alors que c'est si clairement faux et non biblique. Calvin veut simplement dire qu'aucun témoignage extra-biblique humain, comme celui de la tradition de l’Église, n'est nécessaire pour que les individus sachent que ces livres sont inspirés. Nous pouvons récapituler son avis comme étant une nouvelle proposition qui devient la «proposition D» : « L'Esprit Saint enseigne aux Chrétiens individuellement, selon un témoignage direct et intérieur, que ces 66 livres sont inspirés par le Dieu ... » 

Le problème de cette nouvelle proposition de Calvin pour colmater l'illogisme de la précédente est qu'ainsi le Saint Esprit Lui-même devient alors une nouvelle autorité extra-biblique autant qu'un Pape, un concile, les Évêques guidés par l'Esprit Saint auxquels se refuse le protestantisme. La troisième personne de la Trinité n'est plus ainsi clairement en accord avec les vérités qu'Il a exprimées, par des auteurs humains, dans la Bible. Il s'en suit que même si la « proposition D » de Calvin est vraie, elle contredit la « proposition B », qui dit que « toute la vérité révélée doit être trouvée dans les 66 livres », ce qui ne laisse aucune possibilité à l'Esprit Saint pour révéler directement et non-verbalement une vérité à une personne ou à l'Église qui ne peut pas être trouvée dans un passage de ces livres, à savoir, le fait que chacun d'entre eux est inspiré. 

En tout cas, même si Calvin aurait pu d'une façon ou d'une autre démontrer que D n'a pas contredit B, il ne pourrait toujours pas réussir à démontrer que B est vrai. Même si nous devions accepter le point de vue extrêmement invraisemblable représenté par la « proposition D », cela ne prouverait pas qu'aucune autre écriture que les 66 livres ne peut être inspirée et encore moins prouver qu'il n'y a aucunes vérités révélées qui nous puissent provenir de la Tradition plutôt que par des Écritures inspirées. Bref, la défense de Calvin sur l'inspiration Biblique ne renverse nullement notre réfutation en huit étapes sur le dogme de «Sola Scriptura», ce principe fondamental du protestantisme. En effet, Calvin n'essaye même pas d'établir ce principe dans son ensemble, mais seulement de trouver une explication de celui-ci pour dire quels livres doivent être compris par le terme «Scriptura». 

L'histoire schizoïde du protestantisme lui-même témoigne de sa contradiction originelle interne qui a marqué sa conception et sa fondation. Des protestants conservateurs ont maintenu l'insistance originelle sur la Bible comme la source unique infaillible de vérité révélée, au prix d'incohérences logiques. Les libéraux quant à eux ont d'autre part échappé à l'incohérence en entretenant une revendication sur «l'interprétation privée » de Calvin qui en fait est de la même nature que celle des Papes et des Conciles transposée à la réforme.... Cela au prix de l'abandon de l'infaillibilité de la Bible des Réformateurs. Ils ont ainsi remplacé la vérité révélée de l'Église par un avis humain et la foi par une raison autonome. Ainsi, dans la scission libérale/évangélique du protestantisme depuis le 18ème siècle, nous voyons ces deux factions opposées apprenant des doctrines radicalement opposées, tandis que chacune prétend être l'héritière authentique de la réforme. L'ironie de cette triste affaire est que les deux factions protestantes dans leurs croyances contradictoires sont simplement les deux bornes d'un dilemme illogique et non biblique qui déchire le tissu même du protestantisme depuis ses origines turbulentes. 

Les réflexions telles que celles d'un spectateur catholique extérieur à ces chicanes peuvent sembler un peu dures ou inflexibles, peut-être, et cela dans un climat de dialogue oecuménique dans lequel la douce persuasion, plutôt que l'affirmation, sont le mode préféré de discours. Cependant, la logique par sa nature est très dure et inflexible; et dans la mesure où la vérité et l'honnêteté doivent être les marques du vrai oecuménisme, on devra carrément faire face aux revendications de la logique, et non pas l'éviter poliment. 

Fr. Brian Harrison enseigne actuellement à l'Université Pontifical de Porto Rico à Ponce.


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