Canular fondamentaliste : Un document décourageant la lecture
de la bible à l’époque du Pape Jules III ? 
 

Par Michel Leblanc 

Traduction des textes italiens de références par Constantin (1)
Traduction des textes anglais de références par Michel Leblanc (2)

       Récemment, nous recevions un courriel d’un lecteur convaincu que l’Église aurait empêché la lecture de la bible par diverses intrigues. La sincérité de ce lecteur n'est pas à être mise en doute ! Ceci étant dit, ce lecteur qui, il n’y a pas longtemps encore, était catholique est devenu membre d’un mouvement baptiste depuis quelques mois. Scandalisé par ce qu’il croit être la vérité, il cite un prétendu document  démontrant que l’Église aurait découragé les gens de lire les Saintes Écritures.  Cette personne représente bien un grand nombre de catholiques de naissance qui ont eu peu accès à l’histoire de l’Église sinon celle édulcorée qui est dispensée par des mouvements et des courants anti-catholiques. Il n’est pas le premier non plus à se faire prendre à ce genre de désinformation à son insu et en toute bonne foi !

        Quelles sont les sources de cette personne ? A-t-elle fait de longues recherches dans les bibliothèques pour découvrir ce document accablant ? A-t-elle vérifié les sources proposées, ce qui est la base d’une bonne recherche sérieuse ? Non, elle a tout simplement relevé cette accusation sur un site anti-catholique Internet nommé  " l'Évangile au Québec" à qui elle a accordé le bon Dieu sans confession, comme le dit si bien cette expression !

Que pouvons-nous lire dans ce site sous le titre : 

«  Pourquoi le catholicisme romain interdisait-il la lecture de la bible ?  » : 

L’extrait de “La crainte du Catholicisme pour la Bible” publié dans “The converted Catholic magazine” de mars 1944 répond à cette question.  Voici cet extrait:

Le fait que les grands esprits du Catholicisme romain réalisent la Contradiction essentielle qui existe entre la Bible et le Système Catholique Romain est démontré sans équivoque dans une adresse à l’intention du Pape Jules III, en 1550, immédiatement après son accession au trône de la papauté. Ce document a été fourni par les cardinaux de la Cour Romaine. Cette adresse, qui date de l’époque de la Réforme, a été conservée jusqu’à nos jours, grâce à un document historique de la librairie Nationale de Paris, portant le folio B, No.1988, Volume 2, pp. 641-650. 

 

Parmi bien d’autres, l’adresse cite le passage intéressant suivant: 

“De tous les avis que nous offrons à l’attention de Votre Sainteté, nous avons réservé le plus important pour la fin.  Il nous faut ouvrir bien grands les yeux et user de toute la possibilité de nos forces dans la matière, soit, de permettre la lecture de l’Évangile, aussi peu que possible, principalement dans les familles des pays qui sont sous votre juridiction.  Faisons en sorte que les quelques extraits d’Évangile qui sont lus à la Messe soient suffisants, et ne permettons que personne en lise plus.  Aussi longtemps que le peuple sera satisfait de ce “peu”, vos intérêts seront prospères, mais aussitôt que le peuple voudra lire davantage, vos intérêts commenceront à défaillir.  La Bible est le livre qui, plus que tout autre, a soulevé contre nous les tumultes et les tempêtes qui nous ont mené à deux doigts de notre chute.  En effet, si on examine de près (ce livre), et si on compare ce que nous enseignons dans nos églises avec les enseignements de la Bible, nous remarquons rapidement des discordances et nous devons réaliser que notre enseignement est souvent différent de celui de la Bible, et encore plus souvent opposé à lui.  Et, si le peuple se réveille à ce livre, il ne cessera plus de nous accuser jusqu’à ce que tout soit découvert et que nous soyons devenus l’objet de la raillerie universelle et la haine.  Il est donc nécessaire d’enlever la Bible de la vue du peuple, mais avec une extrême précaution, cependant afin de ne provoquer aucune rébellion”.

http://www.evangile.ca/questions/eaq/lecture.htm

        Ce site évangélique fait partie d’une coalition coupable qui fait circuler ce faux document pseudo-historique (car il l’est comme nous le démontrerons ici dans la suite de ce texte). 

Un autre site évangélique en fait aussi la publicité : http://www.voxdei.org/afficher_info.php?id=13212.82(Depuis ce site à modifié son article mais il continu sa propagande cathophobe...)  Ce site du nom de « Vox Dei » soit la « Voix de Dieu » n’hésite pas à colporter le mensonge sur la nature exacte de ce document et cela de façon intentionnelle ! Nous n’avons sûrement pas la même conception que « Vox Dei » de ce que qu’est  la « Voix de Dieu »... Un autre site, et oui encore un site évangélique... « Un poisson dans le net» qui porte très bien son nom … affiche ce même « document » sous de fausses auspices (à la fin de page)  : http://www.unpoissondansle.net/ (Depuis ce site à modifié son article mais il continu sa propagande cathophobe...)

Si l'on considère la Parole de Dieu comme "fondamentale", comme l'affirment ces sites, ne devraient-ils pas tenir compte des paroles de Jésus lorsqu'il affirme avec justesse :

Jean 8 44. "Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n'était pas établi dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu'il est menteur et père du mensonge."  

        Parmi les coupables de ces fausses-représentations, nous retrouvons également les témoins de Jéhovah en bonne place !  C’est à se demander si les mouvements anti-catholiques ne se refilent pas, les uns aux autres, un matériel de base à leur campagne de désinformation. 

        L'organisation Jéhoviste imprime diverses publications dont une publication bi-mensuelle connue dont il est dit dans un ouvrage de leur mouvement intitulé « Qualifiés pour le ministère »  à la page 158 :  

« nous croirons tout, c'est-à-dire tout ce qui paraît dans les colonnes de La Tour de Garde ».  

Puis dans la "Tour de Garde" du 15 janvier 1976, il est dit : 

« Sa fidélité à la Parole de Dieu fait que La Tour de Garde échappe aux contradictions des enseignements religieux et des philosophies humaines »  

Permettez-nous d’en douter comme pour ce qui concerne les sites précédents et de vérifier vos sources, ce que nous ferons plus avant dans ce texte ! 

En 1958, dans l’édition française de la "Tour de Garde" à la page 287, nous pouvons lire une version de ce pseudo-document historique : 

«  Une crainte semblable de la vérité biblique fut exprimée par les cardinaux du tribunal romain au pape Jules III, en 1550, quand ils dirent:

« La Bible est le livre qui, plus que tout autre, a soulevé contre nous les tumultes et la tempête par lesquels il s'en fallut de peu que nous périssions. En fait, si quelqu'un examine minutieusement et compare l'enseignement de la Bible avec ce qui se passe dans nos églises, il trouvera bientôt le désaccord, et se rendra compte que nos enseignements sont souvent différents de la Bible et plus souvent encore lui sont contraires, et si le peuple se réveille à cette réalité, il ne cessera pas de nous demander des explications jusqu'à ce que tout soit dévoilé et nous deviendrons les objets de la haine et du mépris universels. Par conséquent, il est nécessaire de retirer la Bible de la vue du peuple, mais avec une extrême prudence afin de ne pas provoquer la rébellion. »  

Alors, conclurons-nous, sur quoi l'autorité papale a-t-elle été établie? Sûrement pas sur la Parole de Dieu, parce qu'il a été nécessaire, pour maintenir sa position, d'éloigner cette Parole du public. Elle a été édifiée sur de fausses prétentions à la succession apostolique de Pierre, des exigences contraires aux Écritures relatives (…) Et, par des intrigues internationales, le pouvoir de Rome a été solidement (…)»  

        Deux ans plus tard, ce même écrit fut réutilisé de nouveau mais cette fois par l’autre impopulaire magazine jéhoviste le « Réveillez-vous » !  L’utilisation de cette citation par l’organisation des témoins de Jéhovah a au moins l’avantage de nous permettre de comprendre les mobiles qui se cachent derrière cette propagande désinformatrice chez les opposants de la foi catholique !  Aussi bien chez les témoins de Jéhovah que chez les fondamentalistes de toutes tendances confondues, le texte jéhoviste affirme deux choses spécifiquement selon eux.  

        D’abord, que ce document est une preuve qui démontre pour reprendre le texte :  «sur quoi l'autorité papale a-t-elle été établie ? Sûrement pas sur la Parole de Dieu »  et  ensuite  que cette autorité de l’Église aurait été établie « par des intrigues internationales ». Sur ces deux assertions repose toute la campagne de désinformation de ces mouvements. 

        Un de nos sites de références qui est un site italien d'ex-témoins de Jéhovah infotdgeova.it a fait des recherches sur ce document. Dans son introduction, il affirme de ce document que :

 « nombre de Témoins de Jéhovah emporte avec eux la photocopie de ce prétendu « document historique », remontant au temps de la Réforme, dans lequel sont rapportés des conseils que quelques cardinaux auraient donné au pape Jules III à l’époque de son élection, en 1550. Le document est quelquefois cité par les Témoins de Jéhovah afin de «démontrer » comment l’Église Catholique aurait délibérément et d’une manière impie, caché la vérité biblique à ses fidèles. »

        Toujours sous le titre de  « Document historique au temps de la réforme, Rome et la bible Feuille B – n.1088 – vol. II – pages 641-650 » une revue hebdomadaire intitulée « The Truth »  (La Vérité…) publia à Jérusalem le 3 novembre 1911, un article citant des extraits du même artéfact conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris, C’est semble–t-il de cette revue que plusieurs propagandistes se sont servis à la base. 
 
Voici quelques extraits de ce document tels qu’ils sont mentionnés cette fois dans la revue anglophone que nous traduisons : 

« Entre tous les conseils que nous nous permettons de donner à Sa Sainteté, nous  réservons le plus important de ceux-ci pour la fin ; Nous devons garder les yeux grand ouverts et intervenir avec toute la puissance qui est la nôtre dans l’affaire que nous avons à considérer. »
 
Ce qui est développé ici :
 
« La lecture de l’Évangile doit être permise le moins possible, tout spécialement dans les langues modernes, et dans les pays soumis à votre autorité. Le peu qui est généralement lu à la messe devrait suffire et il faut interdire à quiconque d’en lire plus. »

« Tant que le peuple se contentera de cela, vos intérêts prospèreront ; mais dès lors qu’il voudra en lire plus, vos intérêts en souffriront. »

« C’est le livre, qui plus que tout autre, provoqua contre nous les rébellions, les tempêtes qui ont failli nous mener à notre perte. De fait, toute personne qui examinera avec soin, l’enseignement de la Bible et qui le comparera avec ce qui a lieu dans nos églises, trouvera aussitôt les contradictions et verra que notre enseignement s’écarte souvent de celui de la Bible et plus encore, qu’il est en opposition avec lui. »

« Si le peuple se rend compte de cela, il nous provoquera sans répit jusqu’à ce que tout soit dévoilé et alors nous deviendrons l’objet de la dérision et de la haine universelles. Il est donc nécessaire que la Bible soit retirée et arrachée des mains du peuple, mais avec grande prudence pour ne pas provoquer d’émeutes. »

        Ce texte, avec l’ajout des noms des présumés cardinaux, se trouve également dans le livre « Roma Papale » (Rome Papale), de Luigi Desanctis. (Florence, 1882)  

        Ainsi, en remontant la genèse de la circulation de ce document de ses diverses formulations, il est aisé de comprendre que ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il sert à la désinformation. Toutefois, le plus captivant à découvrir est l’auteur de ce document qui est présenté par des fondamentalistes chrétiens comme un document historique ! 

De quoi s’agit-il ? 
 
        Ce document est un faux historique, dont l’auteur fut Pier Paolo Vergerio (1498-1565). Ce dernier fut un évêque catholique qui après avoir été destitué de l’épiscopat, en 1549, fuit en pays protestant, adhéra à la Réforme et se distingua ensuite par la production de nombreux écrits contre l’Église Catholique sous forme de satires. C’est-à-dire des récits de fiction !!! 


Pier Paolo Vergerio (1498-1565)

        Le document en latin qui nous intéresse se trouve donc à la Bibliothèque Nationale de Paris.  La Bibliothèque a l’habitude de recevoir des demandes de vérification de l’authenticité de ce document tant il apparaît à nombre de lecteurs comme surréaliste !  

Une note accompagne le livre qui mentionne ceci :  

« Quoique n'étant que partiellement consacré à la lecture de la Bible, le texte de Vergerio a été fréquemment utilisé dans les polémiques entre protestants et catholiques sur ce sujet, même après que la critique avait été faite par de nombreux théologiens (Consulter la thèse de Théologie protestante de A.Ch.Siegfried - La Vie et les travaux de P.P. Vergerio, Strasbourg, 1857 - in 8°,39 p.). » 

Suite à une récente demande d’information, la Bibliothèque envoya la lettre suivante dans laquelle il est dit clairement :  

« « Le texte que vous cherchez est une critique à caractère satirique de la papauté publiée en 1553 sous le titre de Consilium quorundam episcoporum Bononiae congregatorum quod de ratione stabilendae Romane ecclesiae Julio III P.M. datum est.  Son auteur, Paolo Pietro Vergerio(1498-1565) évêque de Modrusch, puis de Capo d’Istria, qui passa ensuite à la Réforme vers 1549, y met en scène trois évêques conseillant le pape Jules III sur la manière de rétablir l’autorité pontificale.  Parmi ces conseils, figurent l’introduction de nouvelles cérémonies fastueuses minutieusement décrites ainsi que de la destruction des bibles traduites en langue vivante. 

Ce texte fait partie des nombreux opuscules publiés par Vergerio lors de la violente polémique qui l’opposa à la papauté après sa rupture avec l’Église catholique (voir l’étude de Friedrich Hubert(…) 1893).  Il a ensuite été utilisé dans les nombreux débats opposant catholiques et protestants.  C’est ainsi que des extraits plus ou moins altérés de la traduction française connus sous le titre de Lettre des trois évêques, ont été publiées : 

-  par Paul Besson, dans Consultation de trois évêques sur les moyens de soutenir l’Église romaine présentée au pape Jules III en 1553,  Rouillac, 1884 (extrait du Témoin de la Vérité).  

-  Ainsi que dans la revue Truth, publiée à Jérusalem dans son numéro du 3 novembre 1911, cette revue n’est pas conservée à la Bibliothèque nationale. » 

        Il est possible de visualiser cette réponse de la bibliothèque sur le site italien de Achille Lorenzi qui a fait la demande infotdgeova.it ; en cliquant sur ces liens : page 1 - page 2. ainsi que son reçu démontrant qu’il a aussi commandé et reçu des copies du document que l’on peut visualiser ici :

ROME et la BIBLE : Foglio B - n. 1088 - vol. II - pages 641-650  

page1

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page10

        Il est donc impossible d'admettre que le Consilium quorundam episcoporum.... émane d'une quelconque autorité de l'Église catholique. Notre pseudo-document est une œuvre de fiction sortie tout droit de l’imagination d’un apostat, Paolo Pietro Vergerio  qui par ses écrits satiriques tentait tout simplement de discréditer l’Église après avoir rejoint la réforme. Faute de preuves, il faut les inventer, semblent se dire ceux qui utilisent ce "roman" en toute mauvaise foi pour le faire passer pour un document historique rédigé par des cardinaux !  Ainsi sont induites en erreur des personnes de bonne foi ! Vous comprendrez donc toute la fourberie qui consiste à prétendre que cet écrit est un document de l’Église pour ensuite induire ainsi les gens en erreur ! 

        Un point intéressant à mentionner est que des experts qui font de l'analyse linguistique ayant enquêté sur ce document démontrent que ce dernier possède nombre d’erreurs linguistiques dans la langue latine employée à l’époque. Erreurs que seule une personne maîtrisant mal la langue latine du temps pouvait faire. Il ne pourrait donc pas être daté exactement de l’année 1550, et surtout pas avoir été émis par l'Église, année 1550 que lui attribut les fondamentalistes à cause de l’élection du pape Jules III à la papauté.  Ce qui corrobore ce que nous savons de son origine douteuse. 
 
Qu’est-ce que veut cacher ce document ?  

        L’utilisation de ce document comme en étant un historique, a pour but de falsifier l’histoire réelle de l’Église. L’Église n’a pas empêché la lecture de la bible ! Ce document sert également à prétendre faussement que l’enseignement de l’Église n’est pas en accord avec la Parole de Dieu, que l’Église aurait par diverses intrigues, tout fait pour empêcher la diffusion de la bible. Plus encore, elle aurait établi son « autorité » en dehors de l’enseignement de la parole de Dieu par des intrigues visant à éliminer la bible !  C’est dans ce sens que sert ce pseudo-document historique... À appuyer ce laconique et frauduleux discours anti-catholique.

        Pourtant dès 1546, c’est-à-dire quatre ans avant la présumée rédaction de cette lettre, le Concile de Trent affirmait à nouveau l’importance de la bible, de la propager ainsi que son désir de la protéger. L’Église s’inquiétait des adeptes d’hérésies nouvelles comme celle de Luther qui falsifiaient la bible et la tronquaient de certains de ses livres. Luther mit ainsi en doute la canonicité de la lettre de Jacques car elle contredisait sa doctrine de "sola fide". Luther falsifia aussi le verset de Rom. 3, 28 dans sa traduction en y ajoutant le mot "seule" qui n’était pas présent dans les manuscrits  originaux. Face à ces dérapages, l’Église combattit vaillamment cette volonté des schismatiques de falsifier l’Écriture, de la tronquer, ou encore d’y ajouter des commentaires qui trompaient les gens sur son interprétation au gré de leurs nouvelles doctrines.  

        C’est ce que nous permet de lire le document du Concile de Trente. Non pas une interdiction de la lecture de la bible mais une promulgation de celle-ci tout en la protégeant des hérésies mal intentionnées. Le texte en vieux français du concile de Trente visant à protéger la bible et son canon dit spécifiquement : 

IV. SESSION,

tenue le 8. jour d'Avril 1546.

DECRET

des Écritures Canoniques.

LE Saint Concile de Trente Oecuménique, & Général, légitimement assemblé sous la conduite du Saint Esprit, les trois mesmes Légats du Siège Apostolique y présidant, Ayant toujours devant les yeux, de conserver dans l'Église, en détruisant toutes les erreurs, la pureté mesme de l'Évangile, qui aprés avoir esté promis auparavant par les Prophetes dans les saintes Ecritures, a esté ensuite publié, premierement, par la bouche de Nostre Seigneur Jesus-Christ Fils de Dieu, & puis par ses Apostres, ausquels il a donné la commission de l'annoncer à tous les hommes (Marc. 16. 15.), comme la source de toute vérité, qui regarde le salut, (…) Le Saint Concile, suivant l'éxemple des Peres orthodoxes, reçoit tous les Livres, tant de l'Ancien, que du Nouveau Testament, puis que le mesme Dieu est auteur de l'un et de l'autre ; aussi-bien que les Traditions, soit qu'elles regardent la Foy, ou les moeurs, comme dictées de la bouche mesme de Jesus-Christ, ou par le Saint Esprit, & conservées dans l'Eglise Catholique par une succession continu, & les embrasse avec un pareil respect, & une égale piété. Et afin que personne ne puisse douter quels sont les Livres saints, que le Concile reçoit, il a voulu que le Catalogue en fust inséré dans ce Decret, selon qu'ils sont icy marquez.

DE L'ANCIEN TESTAMENT.

L Es cinq Livres de Moïse, qui sont, la Genese, l'Exode, le Levitique, les Nombres, le Deuteronome ; Josué, les Juges, Ruth, les quatre Livres des Rois, les deux des Paralipomenes, le premier d'Esdras & le second, qui s'appelle Néhémias ; Tobie, Judith, Ester, Job ; le Psautier de David, qui contient cent cinquante Pseaumes ; les Paraboles, l'Ecclesiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse, l'Ecclesiastique, Isaïe, Hiéremie, avec Baruch, Ezéchiel, Daniel ; les douze Petits Prophetes, sçavoir, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habachuc, Sophonias, Aggée, Zacharie, Malachie ; deux des Machabées, le premier, & le second.

DU NOUVEAU TESTAMENT.

L Es quatre Evangiles, selon Saint Matthieu, Saint Marc, Saint Luc, & Saint Jean ; les Actes des Apostres, écrits par Saint Luc Evangeliste ; quatorze Epistres de Saint Paul, une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Ephésiens, une aux Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée, une à Tite, une à Philémon, & une aux Hebreux ; deux Epistres de l'Apostre Saint Pierre ; trois de l'Apostre Saint Jean ; une de l'Apostre Saint Jacques ; une de l'Apostre Saint Jude ; & l'Apocalypse de l'Apostre Saint Jean.

Que si quelqu'un ne reçoit pas pour Sacrez & Canoniques, tous ces Livres entiers, avec tout ce qu'ils contiennent, tels qu'ils sont en usage dans l'Eglise Catholique, & tels qu'ils sont dans l'ancienne Edition Vulgate Latine, ou méprise avec connoissance & de propos délibéré les Traditions dont nous venons de parler : Qu'il soit Anathême. (…)

DECRET

touchant l'Édition & l'usage des Livres Sacrez.

L E mesme Saint Concile, Considérant qu'il ne sera pas d'une petite utilité à l'Église de Dieu, de faire connoistre entre toutes les Éditions Latines des saints Livres qui se débitent aujourd'huy, quelle est celle qui doit estre tenuë pour authentique, Déclare & ordonne, que cette mesme Edition Ancienne & Vulgate, qui a déjà esté approuvée dans l'Église par le long usage de tant de siècles, doit estre tenue pour authentique dans les Disputes, les Prédications, les Explications, & les Leçons publiques, & que personne, sous quelque prétexte que ce puisse estre, n'ait assez de hardiesse, ou de témérité, pour la rejetter.

De plus, pour arrester, & contenir les esprits inquiets & entreprenants, Il ordonne, que dans les choses de la Foy, ou de la Morale mesme, en ce qui peut avoir relation au maintien de la doctrine Chrestienne, Personne, se confiant en son propre jugement, n'ait l'audace de tirer l'Ecriture Sainte à son sens particulier, ni de luy donner des interprétations, ou contraires à celles que luy donne & luy a donné la sainte Mere Eglise, à qui il appartient de juger du véritable sens & de la véritable interprétation des saintes Ecritures ; ou opposées au sentiment unanime des Peres, encore que ces interprétations ne deussent jamais estre mises en lumiere : Les contrevenans seront déclarez par les Ordinaires, & soumis aux peines portées par le Droit.

Voulant aussi, comme il est juste & raisonnable, mettre des bornes en cette matiere à la licence des Imprimeurs ; qui maintenant, sans regle & sans mesure, croyant, pourveû qu'ils y trouvent leur compte, que tout leur est permis, non seulement impriment sans permission des Superieurs Ecclésiastiques, les Livres mesmes de l'Ecriture Sainte, avec des Explications, & des Notes de toutes mains, indifféremment, supposant bien souvent le lieu de l'Impression, & souvent mesme le supprimant tout-à-fait, aussi bien que le nom de l'Auteur, ce qui est encore un abus plus considérable ; mais se meslent aussi de débiter au hazard, & d'esposer en vente, sans distinction, toutes sortes de Livres imprimez çà & là, de tous costez : Le Saint Concile a résolu, & ordonné, qu'au plûtost, l'Ecriture Sainte, particulierement selon cette Edition Ancienne & Vulgate, soit imprimée le plus correctement qu'il sera possible ; (…)

Aprés cela, le Saint Concile désirant encore réprimer cét abus insolent & téméraire, d'employer, & de tourner à toutes sortes d'usages profanes, les paroles & les passages de l'Ecriture Sainte, les faisant servir à des railleries, à des application vaines & fabuleuses, à des flateries, des médisances, & jusques à des superstitions, des charmes impies & diaboliques, des divinations, des sortileges, & des libelles diffamatoires ; Ordonne & commande, pour abolir cette irréverence, & ce mépris des paroles saintes, & afin qu'à l'avenir personne ne soit assez hardi pour en abuser de cette maniere, ou de quelque autre que ce puisse estre,

http://membres.lycos.fr/lesbonstextes/trentequatriemesession.htm

        Loin d'interdire la bible, l'Église faisait de grands efforts pour s'assurer que les copies en circulation étaient authentiques et non pas soumises aux fruits et caprices de traductions falsifiées comme ils en circulaient alors. C'est un mensonge de prétendre que l'Église catholique essayait d’interdire la  bible alors que dans ses versions catholiques, la bible était disponible en espagnol, en italien, en danois, en français, en norvégien,  en polonais, en thèque, en hongrois et nombres d’autres langues longtemps avant la naissance de Martin Luther et de sa bible. Sept cents ans avant la naissance de Luther, une traduction anglaise était disponible. À la fin du septième siècle, nous avons dans la langue anglaise le travail de Caedmon, un moine de Whitby. Au siècle suivant, nous avons la traduction bien connue de Bede le Vénérable.  

        Il faut aussi se rappeler que la majeure partie des gens ne savaient ni lire ni écrire. Il s'agissait d'un problème majeur dans la distribution de la bible. Les fondamentalistes imaginent-ils qu’au temps du Christ comme aujourd'hui, les premiers chrétiens possédaient tous et toutes une version de la bible sous le bras qu’ils se procuraient à la librairie chrétienne du temps? Il est important de prendre conscience que les copies des Écritures Saintes étaient rares et coûteuses. Qu’elles étaient répliquées par des copistes qui mettaient un temps incalculable à le faire. C’est pourquoi, il est aisé de comprendre que dans cette société pré-industrielle, le lieu depuis toujours où la bible était lue et transmise principalement en contournant ces barrières, c’était à l'église. Les églises elles-mêmes avec leurs vitraux et leurs représentations était un livre imagé sur la bible pour le peuple qui ne comprenant pas la lettre, recevait une instruction orale et la synthétisait ainsi par l’image. Malgré tous ces désavantages, la bible circulait et était lue dans les églises.  

En 1455, Gutenberg déclara :

"Dieu souffre parce qu'une grande multitude ne peut être atteinte par la parole sacrée. La vérité est captive dans un petit nombre de manuscrits qui renferment des trésors. Brisons le sceau qui les lie, donnons des ailes à la vérité, qu'elle ne soit plus manuscrite à grands frais par des mains qui se fatiguent, mais qu'ils volent multipliés par une machine infatigable et qu'ils atteignent tous les hommes". 

        Si l’Église interdisait la bible et sa promotion, comment se pouvait-il alors que Gutenberg qui est mort 15 ans avant la naissance de Luther imprima la bible portant son nom si célèbre ? Ce fut en effet, la bible de Gutenberg qui commença à permettre une circulation à large échelle que nous dirions commerciale aujourd’hui et cela grâce à l'invention de l’imprimerie.  Cela bien avant les réformateurs et sous le règne de l’Église ! 

      D’autres textes de l’Église encourageaient la lecture de la bible en Allemagne et ailleurs bien avant Luther contrairement à ce que l’utilisation du faux que nous avons retracé affirme :

"Tout chrétien doit lire la Bible avec respect et dévotion. Les gens instruits doivent se servir de la traduction latine de saint-Jérôme, mais les personnes illettrées, les hommes simples (ecclésiastiques ou laïques) et particulièrement les moines et les religieux doivent se servir de la présente Bible en traduction allemande, pour se préserver des flèches de l'ennemi infernal." (Préface de l'édition de la Bible de Cologne, 1470-1480. Citée in "Histoire partiale, Histoire vraie", Jean Guiraud, professeur d'histoire à l'université de Besançon, Tome II, p.315. Nota : Naissance de Luther en 1483)

"Tout ce qu'enseigne la Sainte Église doit inciter à lire avec humilité et dévotion les saintes Écritures, les Bibles qui sont maintenant traduites et imprimées en langue allemande et partout répandues en grand nombre, soit complètes, soit abrégées, et que tu peux acheter aujourd'hui pour peu d'argent. " ("La Porte du Ciel", livre de piété de 1513. Cité in id. p.315, et in "L'Allemagne et la Réforme", Janssen, Tome II, p.46, Plon 1889.  Nota : Traduction par Luther de la Bible en allemand en 1522)
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Terminons en rappelant que dans le passé comme aujourd'hui, l’Église n'a eu de cesse de transmettre la bible. Ce qui a été réitéré par le Concile Vatican II sur l’importance de la Parole de Dieu en rappelant l’histoire de l'Église à cet égard :

Vatican II (Dei verbum): Il faut que l'accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens. C'est pourquoi, dès ses origines, l'Église a admis comme sienne cette très ancienne version grecque de l'Ancien Testament, dite des Septante; elle a toujours en estime d'autres versions orientales et des versions latines, principalement celle qu'on appelle la Vulgate. Comme la parole de Dieu doit toujours être à la disposition de toutes les époques, l'Église, avec une maternelle sollicitude, se préoccupe que des versions valables et exactes soient écrites en des langues diverses, surtout à partir des textes originaux des Livres Saints. Que si une occasion favorable se présentant, et avec l'approbation de l'autorité de l'Église, ces versions sont composées en collaboration même avec les frères séparés, elles pourront être utilisées par tous les chrétiens.

Il faut que les exégètes catholiques, et tous autres qui cultivent la sainte théologie, mettant soigneusement leurs forces en commun, fassent en sorte, sous la vigilance du Magistère sacré, de scruter et de présenter les Lettres divines avec les ressources convenables, de manière que le plus grand nombre possible de ministres de la Parole de Dieu puissent fournir avec fruit au peuple de Dieu une nourriture des Écritures qui éclaire leur esprit, fortifie leur volonté, excite à l'amour de Dieu les cœurs des hommes.  

Le saint Concile encourage les fils de l'Église, qui s'adonnent aux études bibliques, à continuer de poursuivre avec toute leur application, selon le sens de l'Église, l'œuvre heureusement commencée, en renouvelant de jour en jour leurs forces. »   Constitution dogmatique DEI VERBUM sur la révélation divine

        Définitivement, ce faux, pseudo-historique, utilisé par les anti-catholiques pour falsifier l’histoire du christianisme, ne peut être considéré sérieusement. Sans l’Église qui rassembla les Écritures et réalisa le canon du Nouveau Testament reconnu par tous aujourd’hui, la bible aurait disparu depuis longtemps de la surface de la terre. Les mouvements qui s’attaquent à l’Église usent de tous les subterfuges pour induire les gens en erreur. Nous avons comme catholiques une grande responsabilité à cet égard. C’est celle de nous instruire de la Parole de Dieu et de nous saisir de cette responsabilité car c’est à nous que cette responsabilité incombe en premier lieu. Il est facile de se procurer les Saintes Écritures dans une multitude de traductions commentées et approuvées par l'Église. C’est à nous qu’il incombe de faire cette démarche et de prendre de notre temps pour l’étudier et surtout l’appliquer dans nos vies. 


Références :

1 : http://www.infotdgeova.it/varie/roma.php 

2 :  http://www.angelfire.com/ms/seanie/forgeries/juliusIII.html


 

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