Peut-on être catholique et franc-maçon ? 

 

Par Maurice Caillet       

        Après la notice « auto-nécrologique » de l’Abbé Jean-Claude Desbrosse du 9 XII 1999 dans le Figaro, le problème de cette inconciabilité fondamentale a été réactualisé par l’opposition entre certains de nos Évêques : Mgr Le Bourgeois, Mgr Thomas pour,  Mgr Seguy, Mgr Brincart contre la double appartenance, par ailleurs formellement interdite par la Déclaration de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi datée de 1983, et qui concerne toutes les obédiences maçonniques. 

        Je suis témoin et je ne suis que témoin, mais, converti et baptisé à cinquante ans, j’ai été franc-maçon du GODF pendant quinze années, et voilà bientôt vingt ans que je suis chrétien.

        Étant catholique aussi convaincu et actif que j’ai été un franc-maçon militant, je me permets d’affirmer, en dehors de toute interdiction magistrale, malheureusement mal ressentie même chez des catholiques pratiquants, qu’il est absurde, philosophiquement contradictoire, de prétendre être à la fois vrai catholique et franc-maçon authentique. 

        Chirurgien gynécologue et urologue, j’ai participé en paroles et en actions dès 1966 à la contraception artificielle, aux stérilisations, à l’avortement, partageant les combats de francs-maçons publiquement connus, comme Lucien Neuwirth, Jean-Pierre Prouteau, Pierre Simon, Henri Caillavet, pour la légalisation et la pratique de ces actes. 

        De 1970 à 1985, j’ai gravi les grades initiatiques d’apprenti jusqu’au 18°, j’ai été Vénérable de loge, délégué au Convent (député à l’assemblée nationale annuelle ), membre de la Fraternelle des Hauts Fonctionnaires. 

        Depuis le début de ma conversion en 1984, j’ai témoigné, en de nombreuse occasions, de ma joie d’avoir rencontré notre Seigneur Jésus-Christ, par écrit ( quatre livres ) et oralement ( une trentaine de conférences et d’interviews ). J’ai la fierté, aujourd’hui d’être devenu membre sociétaire de l’Association des Écrivains Catholiques,  membre du comité d’honneur de l’Alliance pour les Droits de la Vie. Je dispose d’un site sur le réseau Internet, déjà visité par près de 30.000 internautes : http://cailletm.free.fr/

Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ? 

        Officiellement, il s’agit d’une association philosophique et philanthropique, qui sous sa forme spéculative est apparue au début du XVIII° siècle. En réalité, dans toutes les obédiences, il existe trois structures de nature différente. Une structure, que l’on peut qualifier  de démocratique, regroupant les ateliers ou loges de base, loges bleues ou de Saint-Jean, qui gère les trois premiers grades d’apprenti, de compagnon et de maître. Tous les responsables, Officiers et Vénérables de loge, délégués au Convent, membres du Conseil de l’Ordre, Grand Maître, sont élus et non reconductibles au delà de deux trois ans. Ces loges font l’objet de déclaration, comme association loi de 1901, auprès des Préfectures, et sont souvent à la une de nombreuses revues publiques.

        Une seconde structure, initiatique, est beaucoup moins connue, voire ignorée des « profanes » : il s’agit des ateliers de perfectionnement, cloisonnés en quatre niveaux, du 4° au 33° grade, sans communication des ateliers supérieurs vers les inférieurs. Le recrutement d’un niveau à l’autre se fait par cooptation, et la gestion de l’ensemble est assuré par un petit collège de grands initiés, inconnus des maçons de base et encore plus de la Presse.

        La troisième structure, n’a même pas de statut officiel dans les obédiences : il s’agit des fraternelles, qui regroupent des maçons selon leur profession ou leurs intérêts, ce qui ouvre la porte à toutes sortes de compromis, d ‘autant plus que s’y retrouvent des maçons appartenant à des obédiences différentes, qui, publiquement n’hésitent pas à se lancer des anathèmes, comme celui d’être une maçonnerie irrégulière ! 

Tout oppose la philosophie maçonnique et la religion catholique. 

1)  Historiquement, chacun connaît Saint-Pierre, premier Évêque de Rome à qui Jésus a confié son Église. Les origines de la maçonnerie spéculative sont plus discutables : cependant, beaucoup d’historiens admettent que celle-ci a résulté de la transformation de la maçonnerie opérative ( bâtisseurs de cathédrales ) à Londres en 1717, sous la houlette de deux pasteurs, Anderson, anglican, et Désaguliers, presbytérien, influencés en sous-main par le physicien Newton. La constitution dite d’Anderson, datant de 1723, ne mentionne Dieu qu’une seule fois et jamais la Sainte-Trinité, le péché, le salut ni la résurrection. En France, la maçonnerie apparaît dès 1725, et ses membres, nobles ou écclésiatiques voire grands bourgeois, sont gallicans, c’est-à-dire opposés à la prééminence de l’Évêque de Rome. En tous cas, la FM, qu’elle soit opérative ou spéculative, est une résurgence de la Gnose, hérésie condamnée déjà par Saint-Irénée, et que l’on retrouve dans tous les ordres initiatiques. 

2) Les fondements sont :

3) Les principes de base sont aussi opposés.

- Le christianisme est une religion révélée par Dieu lui-même à Moïse, puis en et par Jésus-Christ, et il comporte un certain nombre de dogmes, inclus dans le Credo, qu’un catholique sincère ne peut contester sans renier sa Foi ( Trinité de Dieu, Incarnation, Résurrection, Ascension, Immaculée Conception ).

L’Église affirme détenir la Vérité sur les relations entre Dieu et l’homme et le chrétien compte plus sur la grâce miséricordieuse de Dieu que sur ses propres œuvres pour accéder au salut.

- La FM est une philosophie humaniste consacrée à la recherche de la vérité, mais qu’elle estime inaccessible. Elle rejette tout dogme et elle prône le relativisme :  

- relativisme religieux qui met toutes les religions sur le même plan, alors qu’elle s’érige au-dessus d’elles comme « centre de l’union » ;  relativisme moral, aucune règle morale n’étant, pour elle, d’essence divine et donc intangible : sa morale évolue au gré du consensus des sociétés, ce qui ressort également du naturalisme : «  En toutes choses, la nature ou la raison humaine doit être maîtresse et souveraine ». En quelques mots, c’est l’indépendance de l’homme vis-à-vis de Dieu et la négation de tout phénomène surnaturel.

4) Les enseignements,

- dans l’Église Catholique sont accessibles à tous : Catéchisme de l’Église Catholique, comptes rendus des Conciles, Encycliques pourtant destinées aux Évêques ;

- La FM prétend donner à ses adeptes une formation ésotérique, enseignement secret, qui révélerait les mystères cachés par les dignitaires de la religion exotérique que serait l’Église apostolique et romaine. Tous les rituels font miroiter aux yeux des initiés l’acquisition d’une soi-disant « Tradition primordiale » et d’une « Lumière » qui, au mieux, est celle de l’intelligence humaine, mais en aucun cas celle de la Transfiguration ou celle d’un Saint-Séraphin de Sarov en présence de Molotilov.

5) La notion de religion diffère également ;

- pour un chrétien, elle relie l’homme à Dieu, dans une relation  verticale ( religare = relier ), d’où découle la relation fraternelle horizontale avec tous les hommes sans distinction ;

- pour un FM, même spiritualiste, il existe un lien horizontal, un devoir de solidarité, entre les hommes, mais plus particulièrement avec les autres initiés ( releguere = rassembler )

6) L’idée même de dieu est profondément différente :

-  pour un chrétien, Dieu est une personne, trois personnes en une, mais un Dieu-personne entretenant une relation d’amour avec sa créature ( théisme ) ;

- pour un FM, ce peut être le Grand Architecte De l’Univers, Dieu abstrait, mais c’est le « Créateur-maître horloger » comme le désigne le pourtant pasteur Désaguliers… et plus tard Voltaire ( déisme ). Ce G.A.D.L.U n’intervient pas dans les affaires des hommes.

7) L’eschatologie, les fins dernières, 

- dans le christianisme, c’est la Vie Éternelle, accordée par grâce, dans une adoration et une louange sans fin, face à face amoureux avec le Seigneur ;

- dans la franc-maçonnerie, c’est le « passage à l’Orient éternel »  ( espérance de l’abbé J.C Desbrosse ! ), qui échappe à toute définition ou description, hormis le respect des initiés vis-à-vis de leurs défunts.

8) Le perfectionnement de l’homme,

- pour le chrétien, consiste, avec la grâce de Dieu et les sacrements, à s’acheminer vers la sainteté, dans l’imitation de Jésus-Christ, l’humilité et la charité !

- pour le FM, c’est l’élitisme des initiations successives, forme d’animisme, la recherche du Bien, qui n’est nulle part précisé, dans la sincérité, qui,  chacun le sait, n’est pas synonyme de Vérité : le FM est un « self-made-man ».

9) La relation avec les autres religions,

-  pour le catholique, c’est un respect des croyants des autres religions, dans la tolérance due aux personnes qui n’ont pas encore été éclairées par l’Esprit Saint, mais dans la préservation jalouse de la doctrine de l’Église, transmise aux Apôtres et à leurs successeurs ;

 

- pour le FM c’est une tolérance « ethnologique » vis-à-vis de toutes les croyances, avec un goût prononcé, commun à tous les ésotérismes et occultismes, pour le syncrétisme, c’est-à-dire la combinaison peu cohérente de différentes doctrines spirituelles : c’est aussi la Gnose !

10) La relation au corps et au plaisir,

- pour le catholique, n’a pas été puritaine, sauf pour les Cathares et les Jansénistes, et elle ne l’est pas dans les écrits de notre Saint-Père, qui célèbre l’acte conjugal comme un « véritable acte d’adoration », mais le corps et les sens doivent rester soumis à la conscience et à la loi morale et subordonnés à l’amour véritable ;

 

- pour le FM, elle doit être d’une liberté totale entre adultes consentants : cet hédonisme a conduit la FM à promouvoir toutes les lois facilitant le divorce, la contraception, l’IVG, le PACS et bientôt la dépénalisation des drogues dites douces ainsi que la légalisation de l’euthanasie.

Il faudrait encore opposer le caractère universel de la religion catholique, qui espère la conversion et le salut de tous les hommes, et l’universalisme Maçonnique, qui vise au gouvernement mondial ( par des initiés, bien sûr ! ), projet soutenu de manière souterraine par de multiples organisations : Trilatérale, Bilderberg, Bnaï-Brith…

 

Le catholique ne doit pas se laisser séduire par les idéaux maçonniques, qui sont ceux de notre République : Liberté, Égalité, Fraternité, qui n’ont pas le même sens dans l’esprit d’un chrétien et d’un FM.

La liberté, pour un chrétien, est un moyen, un instrument accordé par Dieu à l’homme pour aller vers le Bien et l’amour. Pour un FM, c’est un but sans fin, qui doit abattre tous les tabous et tous les interdits de la morale traditionnelle.

 

L’égalité, pour les chrétiens, résulte du fait qu’ils sont tous fils d’un même Père et frères et sœurs de Jésus. Pour un FM, c’est une illusion puisqu’il  distingue profanes et initiés et, par ailleurs, les FM eux-mêmes en 33 grades bien étanches.

 

La fraternité chrétienne est universelle et celle des FM se limite ou se concentre sur le cercle restreint des initiés.

 

Prions pour la conversion des FM qui, souvent, de bonne foi sont dans l’erreur et les ténèbres, alors qu’ils prétendent avoir reçu la Lumière.

 

La Lumière qui éclaire tout homme c’est Jésus le Christ.

 


Lisez également sur ce site :
J'étais franc-maçon : Les témoignages de
Maurice Caillet, ancien Vénérable au «Grand-Orient»

Interviews à KTO avec Maurice Caillet

Retrouvez les interviews en ligne:


Pour plus d'informations visiter le site de Maurice Caillet et procurez -vous ses ouvrages sur la franc-maçonnerie ainsi que son expérience spirituelle   http://cailletm.free.fr . Vous pouvez également le contacter à l'adresse courriel suivante : cailletma@wanadoo.fr

 


Vos commentaires et témoignages sont toujours appréciés, n'hésitez pas ! 

 

  Retour au Menu général      Retour au Point de vue Catholique

       


FastCounter by bCentral
Site Meter