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De l'église évangélique baptiste à la seule Église de Jésus-Christ |
Par Guy
Venant d’une famille incroyante et même hostile à la foi chrétienne, mon père étant communiste, la découverte de la Bible fut pour moi une révélation. Je me convertis, assez jeune, dans une église évangélique baptiste, issue d’une mission américaine en France. Mon père était opposé à l’Église catholique pour des raisons idéologiques et cette communauté baptiste l’était également mais pour des motifs « bibliques. » Ma découverte du Christ, mon amour pour lui fut réel et profond.
Je croyais que l’église baptiste était simplement la transposition de l’église primitive, celle du Nouveau Testament, au XXième siècle. Mes premiers doutes, dix ans plus tard, commencèrent après une campagne d’évangélisation très fructueuse qui vit beaucoup de nouveaux convertis rejoindre l’église. Ce fut à propos du baptême. Certains furent baptisés quelques semaines plus tard, mais d’autres, au bout d’un an ou deux, ne l’étaient pas, ne le voulant pas. Ces derniers, conformément à la doctrine de l’église, ne pouvaient pas communier à la Sainte Cène. Or, ces nouveaux chrétiens, personne n’en doutait, à commencer par le pasteur, étaient vraiment convertis, ils en manifestaient les fruits et étaient traités comme des frères, jusqu’à participer aux campagnes d’évangélisation. Ils étaient donc, du point de vue évangélique, membre du Corps du Christ, et donc de l’ « église invisible. » Je me demandais donc comment étant membres du Corps du Christ, on pouvait leur interdire de communier à son corps, au pain et au vin, et comment, étant de l’église « invisible », ils pouvaient être exclus de l’acte principal du culte de l’église visible. Mon pasteur me répondit que dans le Nouveau Testament, on ne pouvait communier si on n’était pas baptisé.
C’est exact. Mais je voulus en savoir plus et étudiai le baptême dans les Actes des Apôtres pour savoir comment l’église du Nouveau Testament résolvait la question que je me posais. Je découvris qu’elle ne se … posait pas puisque dans tous les récits de conversion dans les Actes, le converti est immédiatement baptisé, sur-le-champ. Pourquoi les églises baptistes qui prétendent être fidèles à la lettre du Nouveau Testament ne le faisaient-elles pas ? Parce que, m’expliqua-t-on, les circonstances avaient changé : à cette époque-là, on pouvait être sûr de l’authenticité de la conversion car celle-ci ne pouvait apporter que des persécutions, on ne confessait donc pas le Christ à la légère ; tandis que maintenant, ce peut être un simple entraînement sentimental. Il faut donc attendre avant de baptiser celui qui « prend Jésus pour son Sauveur personnel. »
Mais je retins que l’on pouvait donc modifier la pratique du baptême si les circonstances changeaient, autrement dit qu’on ne pouvait transposer à l’identique, aujourd’hui, les récits baptismaux des Actes, tout en professant que la Bible était la seule autorité pour le croyant ! Je me demandais donc s’il en était de même pour le baptême des enfants. Les évangéliques baptistes disent que Luther et Calvin ne sont pas allés jusqu’au bout de leur retour à la Bible, notamment en conservant le baptême des bébés. Mais je me rendis compte que des églises évangéliques comme les Frères (Darbystes) très « bibliques » elles aussi, ou, en France, les églises libres qui ont conservé le baptême des enfants, ou laissent le choix aux parents. C’est dire si cette pratique devait tout de même avoir de sérieux fondements.
Je me suis aperçu, en creusant cette question du baptême, que tous les versets qui en traitent en font une condition du salut. Si les évangéliques proposent le baptême aux convertis, c’est parce qu’ils sont « sauvés » mais dans le Nouveau Testament, les apôtres enseignaient que l’on doit être baptisé pour être sauvé. Quant à la pratique de ne baptiser que des adultes, qui serait uniquement celle que l’on trouve dans les Actes des Apôtres, outre que l’on découvre aussi des baptêmes familiaux, il est certain qu’il s’agit de toute façon de la première génération chrétienne composée d’adultes. Ainsi, en terre de mission, les prêtres catholiques baptisent d’abord les adultes, les convertis. Si un observateur voyait cela et disait « les catholiques ne baptisent que les adultes », il commettrait la même erreur que les baptistes qui prennent un instant de l’histoire de l’église pour une doctrine, une description pour une théologie du baptême ! Mais les baptistes ajoutent que, dans les Actes, les baptêmes sont toujours précédés d’une profession de foi dans la messianité de Jésus, comment, disent-ils, un nouveau-né pourrait-il confesser qu’il croit en Jésus ? Remarquons, au passage, que lorsque Jean-Baptiste était encore dans le ventre de sa mère, Élisabeth, « l’enfant tressaillit dans son sein » (Luc 1 :41) et donc que, mystérieusement, mais réellement, un enfant, avant l’âge de raison, peut être atteint personnellement par la grâce du Christ. En outre, il n’est pas dit, non plus, que les enfants de croyants doivent être baptisés, ce qui n’empêche pas les baptistes de les baptiser.
Surtout, je fus frappé par le parallèle qu’établit Saint-Paul dans l’épître aux Colossiens entre le baptême et la circoncision qui était administrée aux bébés. Sans doute, le parallélisme n’était pas total puisque la circoncision, par définition, ne concerne que les mâles, mais pour le rapport entre la foi et le sacrement, la comparaison est éclairante et tourne à la confusion des baptistes. En effet, selon Saint-Paul, la circoncision donnée à Abraham est le signe de sa foi :
« Nous disons en effet que la foi d’Abraham lui fut comptée comme justice (…) il reçut le signe de la circoncision comme sceau de la justice de la foi » (Romains 4 : 10, 11).
Néanmoins, il circoncit ses enfants qui n’avaient pas manifesté la même foi que lui, conformément à l’ordre que lui avait donné Yahvé :
« Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis de génération de génération » (Genèse 17 :12)
S’il y avait eu des « baptistes » au temps d’Abraham, ils lui auraient interdit de circoncire ses enfants puisque ces derniers n’avaient pu, personnellement, professer la même foi qu’Abraham dans les promesses de salut de Yahvé ! Aussi, quand Saint-Paul compare le baptême à la circoncision, les chrétiens issus du judaïsme ont compris, naturellement, que le sacrement devait être administré aussi aux touts-petits. Sinon, il aurait fallu un ordre explicite de l’Apôtre pour ne pas y procéder. Paul a bien indiqué qu’on ne devait pas imposer la circoncision aux croyants issus du paganisme, il aurait pu faire de même pour exclure les bébés du baptême !
M’apercevant que l’interprétation évangélique des textes bibliques pouvait être fausse sur un point aussi important, j’entrepris d’aller plus avant et de tout réexaminer. C’est à ce moment-là que je partis, pour raison professionnelle, aux États-Unis, en plein « Bible Belt », le « Vatican » du baptisme. En lisant des publications évangéliques, je fus étonné de découvrir des pages entières de petites annonces du genre : « Église évangélique, cherche pasteur senior » suivait la tendance. C’est le cas aussi maintenant en France. Je me dis que cela, au moins, ne pouvait se prévaloir du Nouveau Testament ! Jamais les apôtres et leurs successeurs ne recrutèrent ainsi les ministres de l’Évangile. Paul s’y prenait autrement, enseignant à Timothée :
« Ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des hommes fidèles qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres » (II Timothée 2 :2.)
C’est ce que fit Timothée, c’est l’origine de la succession apostolique, qui garantit que l’enseignement de l’Église aujourd’hui est identique à celui des premiers chrétiens.
Ma foi évangélique était déjà singulièrement ébranlée après mes recherches sur le baptême. Elle reçut bientôt le coup de grâce, ou, plutôt, le coup de la grâce de Dieu, quand un prêtre américain (lui-même ex-fondamentaliste) m'a montré, dans le sommaire de mon Nouveau Testament, la liste des 27 livres canoniques. Il m'a demandé: « Vous croyez que ceux-là seuls sont inspirés, n'est-ce pas ? » À ma réponse positive, il m'a répondu que nulle part dans le Nouveau Testament on trouve cette liste ! Si donc je le crois, c'est sur la foi de la ...tradition de l'Église. Autrement dit, vous croyez aux livres inspirés sur la base d'une liste qui ne l'est pas, au sens évangélique du terme. De même, a-t-il ajouté, vous parlez de l'Évangile de Mathieu, de Jean, de Marc, mais nulle part, dans la Bible il n'est indiqué qu'ils en sont les auteurs, vous le croyez donc sur la foi de la tradition transmise par l'Église. Vous croyez donc que le Saint-Esprit a inspiré l'Église qui n'a retenu que ces livres-là. La différence entre vous et moi est que je crois que le Saint-Esprit n'a pas guidé l'Église uniquement à ce moment-là, pour déterminer la canonicité des livres saints mais à chaque instant de son histoire, aujourd'hui comme hier.
De retour en France, j’étudiai la question du canon des Écritures qui me confirma ce que m’avait dit ce prêtre. Même les ouvrages évangéliques reconnaissent que la liste définitive des livres inspirés du Nouveau Testament, tels que nous les connaissons, datent du 4ième siècle, jusque-là tous n’étaient pas reconnus par toutes les églises. Mais qui se prononça ainsi si ce n’est cette Église catholique dont certains nous disent qu’elle était déjà « apostate » ? Je me rendis compte que lors du concile de Carthage, elle ne définit pas seulement le canon du Nouveau Testament mais aussi ceux de l’Ancien avec les livres « apocryphes », c’est-à-dire deutérocanoniques. Se pourrait-il que l’Église ait été inspirée par le Saint Esprit, le matin, en définissant les livres canoniques du Nouveau Testament et par celui de Satan, l’après-midi, en examinant ceux de l’Ancien ? J’avais encore quelques difficultés avec certains enseignements catholiques, mais je n’avais plus de doute quant au fait que l’Église catholique était la seule Église instituée par Jésus-Christ, car, comme le disait ce grand converti que fut Newman :
« Mille difficultés ne font pas un doute. »
Je fus reçu dans l’Église quelques mois plus tard, le 27 décembre, en la fête de Saint-Jean, le disciple bien-aimé, apôtre de la charité dans la vérité. Je ne l’ai jamais regretté et je rends grâce chaque jour à Dieu de m’avoir conduit dans toute la vérité.
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