Iranienne exilée, je me suis convertie au christianisme

Source :  PANORAMA Janvier 2004

Propos recueillis par Sophie de Villeneuve 

Homa est iranienne. Exilée avec sa famille après la chute du chah, elle se convertit au christianisme et témoigne de la découverte d’un Dieu aperçu dans son enfance.

        Je suis née en Iran, en 1970. Comme beaucoup d’Iraniens, je n’appartenais pas à une famille pratiquante. D’ailleurs ma famille n’était pas vraiment musulmane. Mon père n’avait aucune religion. Il était athée, intéressé par les religions en général, surtout l’histoire des religions, mais pour la spiritualité, il puisait celle qui se dégageait des auteurs russes comme Tolstoï. Profondément nationaliste, il était proche de la religion zoroastrienne, l’ancienne religion perse, mais ne le la pratiquait pas. Lors de notre exil en France, il fut très heureux que je m’y intéresse et que je fréquente des cercles d’études zoroastriennes, car beaucoup de traditions et de grandes fêtes célébrées encore aujourd’hui en Iran sont d’origine zoroastrienne et non pas musulmane. Par exemple, le nouvel an est une grande fête perse. Ma mère croyait en un Dieu universel. Elle n’était ni chrétienne ni musulmane, mais avait une grande admiration pour Marie et le Christ. Comment elle les connaissait, je n’en sais rien, mais Marie est vénérée en Iran où, d’ailleurs, le prénom Mariam est très répandu. Quand j’étais petite, ma mère nous emmenait souvent dans les églises où nous mettions des cierges, sans vraiment savoir pourquoi, et elle nous faisait faire, le soir, une prière à Dieu. Elle insistait sur la bonté et l’universalité de ce Dieu qu’elle ne nommait pas.

        Mon enfance a été, bien sûr, très marquée par les évènements qui ont précipité la chute du chah d’Iran. Ma relation à Dieu en a été très perturbée. Du jour au lendemain, j’ai décidé de ne plus prier, de ne plus jamais m’adresser à Dieu, et de me méfier des religieux de tous ordres ! Aujourd’hui encore, et malgré ma conversion au catholicisme, cette méfiance demeure. 

« J’ai renoué avec le Dieu de ma mère » 

        Après la chute du Chah, nous sommes partis en exil. J’ai suivi ma scolarité dans une école où j’ai vu bien plus de juifs pratiquants suivre les obligations de leur religion que de chrétiens convaincus. C’est aux États-Unis, dans une université catholique où je suis partie à dix-sept ans faire mes études supérieures, que j’ai rencontré pour de bon le christianisme. Tout d’abord au travers de la théologie qui faisait partie de l’enseignement obligatoire, ensuite au travers des élèves qui pratiquaient vraiment leur foi : le dimanche, sur le campus, tout le monde va à la messe ! En cours de théologie, j’ai opté, comme thème d’études, pour le « problème de Dieu », ce qui me passionnait puisque j’avais eu dans mon enfance cette rupture avec Dieu. Et puis, au bout de deux ans passés dans cette université, j’ai eu envie d’aller à la messe. C’était un soir, j’étais fatiguée, j’ai voulu faire une coupure, et voir à quoi ça ressemblait… Et j’ai trouvé ça très reposant. La messe était courte, on appelle ça une messe basse, je crois… C’était très agréable, juste l’eucharistie, sans les chants. Une messe de vingt minutes à peu près. J’ai pris l’habitude d’y aller régulièrement le soir, et c’est devenu un moment fort… Peu à peu, j’ai découvert ces textes merveilleux de la Bible, et la beauté de l’amour chrétien.

        Moi qui n’avais connu en Iran qu’un Dieu qui punit et qui se venge, qui ne connaissait de la religion que la violence, j’ai trouvé ce que ça signifiait l’amour et, par là même, j’a renoué avec le Dieu de ma mère, que j’ai reconnu comme étant le même que celui des chrétiens, plein de tendresse et prêt à pardonner. D’ailleurs, ce qui m’a sans doute le plus marquée, c’est la confession si décriée par certains ! J’ai compris toute l’importance de ce renouveau, de cette résurrection. La signification de l’Eucharistie est venue après.

        Découvrir que l’homme est maître de son destin m’a aussi bouleversée. A mon retour en France, j’ai décidée de me convertir, aidé par ma future marraine, qui est française et catholique pratiquante. Ensemble, nous avons fait différentes retraites ; chez les bénédictins et les charismatiques. J’ai vu dans ces différentes manières de vivre sa religion une grande richesse. Et j’ai senti le besoin de me faire baptiser. J’ai rencontré un prêtre formidable qui m’y a préparée. Et voilà… Après, j’ai eu du mal à dire que j’étais catholique.

        Aux États-Unis, personne n’hésite à parler de sa religion alors qu’en France, on fait attention, surtout dans le milieu professionnelle. Cala perturbe les gens que je sois catholique : ils me verraient plutôt musulmane ! Je n’ai plus de complexes à dire que je suis catholique, car j’ai remarqué que cela incitait les gens à se poser des questions sur leur propre foi. Longtemps, j’ai pensé que la force du catholicisme était d’être moins missionnaire que par le passé.

        Mais j’ai changé d’avis : il y a un héritage missionnaire que l’Occident assume mal, et je trouve cela dommage, de même qu’il me semble indispensable de se réclamer de son héritage judéo-chrétien. Je trouve que les Français n’assument pas suffisamment leur religion chrétienne, ils n’en sont pas fiers, alors qu’il y a de quoi l’être !

        Le christianisme est la religion de l’amour et du courage, courage d’affronter ses responsabilités, de vivre sa foi, de prendre ses décisions. En cela, nous avons l’exemple du Christ, qui est pour moi le type même de l’homme courageux, qui assume son destin, pardonne à la femme adultère, affronte les pharisiens, et sa propre mort. 


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