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La conversion au catholicisme du Pasteur Michel Viot ancien dignitaire franc-maçon |
Source : Liberté Politique
Par Hubert de Champris
LA
CONVERSION AU CATHOLICISME DU PASTEUR MICHEL VIOT
ACCUSE LES IMPASSES DU PROTESTANTISME LIBERAL
Le
28 juin 2001, Michel Viot, évêque de l'Église
évangélique luthérienne de France (qui
rassemble les luthériens français, hormis ceux
d'Alsace-Lorraine) et ancien dignitaire
franc-maçon embrassait la foi catholique. Les
racines doctrinales qui ont présidé à semblable
évolution permettent d'esquisser les contours
théologiques du paysage chrétien occidental
d'aujourd'hui. De son côté, la commission
épiscopale catholique pour l'unité des
chrétiens a vivement critiqué ce mercredi 25
juillet la décision de l'Église réformée de
France d'autoriser des non-baptisés à recevoir
l'Eucharistie.
Voilà
quelques années déjà - depuis la parution de «
Ces francs-maçons qui croient en Dieu » (Le
Rocher) - que l'ex-pasteur Viot déambulait sur la
corde raide du luthéranisme orthodoxe,
contemplant à sa droite, le catholicisme, les
Églises orthodoxes orientales et slaves et le
calvinisme originel, à sa gauche, un
néoprotestantisme libéral puisant dans une
nébuleuse plus idéologique que proprement
doctrinale. Michel Viot est-il un apostat ? Max
Scheler, l'un des philosophes préférés de Jean
Paul II, disait de l'apostat qu'il " n'est
pas l'homme qui au cours de son évolution, change
radicalement de conviction religieuse, politique,
sociale ou philosophique, quand même ce
changement serait instantané et imprévu.
L'apostat est plutôt l'homme qui vit l'esprit de
sa foi nouvelle, non pas tant à même son contenu
positif, ou pour réaliser les fins qui lui sont
propres, que, d'abord, dans son antagonisme à
l'égard de sa foi ancienne, pour l'amour de cette
négation comme telle. Il professe sa foi
nouvelle, moins pour elle-même qu'en tant qu'elle
représente une série d'actes de vengeance
dirigés contre son passé spirituel, qui le tient
enchaîné et que sa nouvelle condition lui permet
avant tout de répudier et de combattre. En ce
sens, donc, l'apostasie religieuse est à
l'antipode de la "nouvelle naissance",
par laquelle la foi et la vie nouvelles ont un
sens et une valeur en soi " (1). On l'aura
compris : la démarche vers l'Église catholique
de l'ex-pasteur n'est point celle de l'apostat
ainsi défini. " En devenant catholique,
j'accomplis une certaine forme de luthéranisme
", dit-il.
Il
n'empêche : cette conversion est aussi la
réponse à une autre conversion implicite,
inconsciente (en tous cas, inavouée) d'une large
frange des Églises réformées - " pourtant
en union avec les luthériens " rappelle
Michel Viot - à l'essentiel des doctrines de
Zwingli et de Faust Socin. Zwinglisme et
socinianisme sont les deux mamelles où s'abreuve
la pensée protestante contemporaine. Elle
véhicule pourtant des croyances aux antipodes de
celles défendues par la Réforme luthérienne et
calvinienne originelle.
1- Cette Réforme-là approuvait et conservait comme tels les principaux dogmes de l'Église indivise énoncés dans trois professions de foi (Symbole des Apôtres, Nicée-Constantinople, Athanase) au contenu approuvé et adopté par les quatre premiers conciles œcuméniques : divinité du Christ (Incarnation), Résurrection, Rédemption.
2- Sur le statut de Marie : contrairement à un lieu commun erroné, la Réforme luthérienne, puis calvinienne, reconnaissent bien son statut de " Mère de Dieu " entériné par le concile d'Éphèse en 431 (et qui est lui-même la conséquence inévitable de la doctrine de Nicée confirmée au quatrième concile œcuménique de Chalcédoine en 451). Sa virginité tant avant, pendant et après la naissance du Christ, était reconnue par Luther ; seul Calvin indiquait que sa virginité perpétuelle n'était pas attestée par les Écritures, mais recommandait-il d'y croire. En conséquence, l'ex-évêque luthérien est-il fondé à dire que " pour ce qui regarde les croyances concernant la Vierge Marie, Luther y croyait dans l'ensemble ". Il ajoute: " J'admets ces dogmes mariaux. " Cela lui est d'autant plus normal que l'immaculée conception était déjà défendue par saint Augustin (354-430) pour être couramment admise dès le XIIIe siècle (entre autres à l'instigation du franciscain Duns Scot). Quant au deuxième dogme marial postérieur à la Réforme (l'Assomption), c'est là une croyance pleinement exprimée depuis le Ve siècle, qui fixe d'ores et déjà sa fête le 15 août.
Les dernières innovations réformées ont été,
pour Michel Viot, les gouttes d'eau ayant fait
déborder le vase (possibilité, adoptée par le
dernier synode de l'Église Réformée de France,
de recevoir la communion avant même d'être
baptisé, légitimité de la célébration de la
Cène par un laïc). Mais ces dérives sont en
elles-mêmes les conséquences naturelles de la
désacralisation de l'eucharistie inaugurée par
la doctrine de Zwingli pour qui la cène n'est
qu'un " mémorial symbolique ". En
accord avec cette conception, " la grande
majorité des réformés ne croit pas à la
présence réelle du Christ dans l'Eucharistie
" déplore l'ex-pasteur. Il n'est point le
seul : Luther soutenait la thèse de la
consubstantation - ou impanation - (coexistence de
la substance pain et de la substance corps du
Christ dans l'hostie), tandis que Calvin croyait
à sa présence réelle, mais seulement
spirituelle. Un protestant orthodoxe comme
l'historien François Bluche dirait que la cène
n'est vécue de nos jours par les protestants
libéraux au mieux qu'à l'image d'une "
commémoration polie " (" La Foi
chrétienne ", Le Rocher, p. 192).
"
Certains protestants se posent aujourd'hui des
questions sur des aspects essentiels de la foi
chrétienne" poursuit Michel Viot. Pierre
Manent mentionne que le protestantisme est
devenue, de fait (non de droit) libéral. Or,
confirme le pasteur Ruf (cf. " Le
Protestantisme libéral ", éditions Le Foyer
de l'Âme - Église Réformée de la Bastille), la
majorité des libéraux ne croient pas à la
Trinité, mais à la seule humanité du Christ. Il
précise que l'ERF " a souscrit une réserve
au principe trinitaire " lors de son
adhésion au COE (Conseil œcuménique des Eglises),
- principe qui est pourtant considéré par le COE
comme le dénominateur commun a minima de toutes
tes Églises désirant y entrer. Le fils d'un
célèbre pasteur, l'éminent naturaliste et
botaniste, feu Théodore Monod, s'en réjouissait
: " L'ERF n'est pas trinitaire " ("
Révérence à la Vie ", Grasset, p.116). Et
il déplorait que l'arianisme n'ait pas triomphé
(ibid. p. 116).
L'ERF
est ainsi parfaitement en accord avec sa doctrine
latente en autorisant l'inversion de l'ordre
classique de réception des sacrements du baptême
et de l'eucharistie puisque Zwingli affirme que
" les sacrements ne confèrent ni ne
dispensent la grâce " (" Le
Protestantisme libéral " op. cit., p.71),
qu' " ils ne sont pas nécessaires au
salut" (cf. Peter Stephens, " Zwingli le
théologien ", Labor et Fides, p. 268). Aussi
peut-on écrire que l'ex-pasteur rompt moins avec
la pensée de Luther qu'avec un libéralisme plus
spirituel (au sens de " mind " - le
mental, non de " spirit " - l'esprit et
l'Esprit-Saint) que religieux (au sens de
l'étymologie verticale du mot " religio,
religare - qui relie l'homme à Dieu ", non
de sa définition horizontale, immanente,
sociologique).
Ce
libéralisme a en effet incorporé - quand il ne
les aurait pas même complètement assimilées -
dans sa mentalité profonde des doctrines
religieuses (celles des Réformateurs radicaux,
des précurseurs du protestantisme libéral connus
- Wycliff, Huss... - ou moins connus - P. de Bruys,
Ratramne, Pierre de Béranger, Casino, Toland,
Lelio et Faust Socin, etc.-) qui, à l'époque de
leur formation, avaient eu la pudeur d'annoncer
leur spécificité, leur nouveauté radicale, la
pudeur de s'avouer hétérodoxes tant elles
avaient gardé conscience de l'orthodoxie
ambiante. S'il ne s'agit pas d'en revenir à
l'illégitimité d'une liberté de conscience qui
(jusqu'au XVIIIe) en matière religieuse était de
toute façon abhorrée comme un blasphème tant
par les protestants que par les catholiques "
(Vittorio Messori, " Le Miracle impensable
", Mame, p. 119), l'évolution dont a fait
preuve le nouveau converti manifeste cependant
l'impérieuse nécessité pour le protestantisme
de s'extirper de l'indéfinition libérale, dont
l'errance théologique est à la fois la
conséquence et la cause. Pierre Chaunu rappelle
que " la Bible doit être lue selon
l'analogie de la foi. L'analogie de la foi, c'est
la totalité toujours présente à chaque mot
" (" La Femme et Dieu ", Fayard, p.
58).
Oui, en
un certain sens, l'ex-pasteur Viot "
accomplit une certaine forme de luthéranisme
" en approfondissant, par le biais de sa
nouvelle foi, " les éléments rituels que la
première Réforme (luthérienne) avait gardés du
catholicisme et une vie sacramentelle qu'elle
n'avait pas eu l'intention de réduire "
(E.G. Léonard, " Histoire du protestantisme
", PUF, QSJ, 1963, p. 106). Mais cette
conversion semble avant tout confirmer que chacun
des deux principaux protestantismes (luthérien et
calviniste) est condamné à constamment en
revenir à son propre magistère (enseignement de
l'Église indivise repris par les deux Pères de
la Réforme, outre leurs propres oeuvres) et à
ses confessions de foi (à l'exception, en ce qui
concerne le bloc réformé, de la Déclaration de
foi de l'Église réformée de France (1938), qui
n'est pas trinitaire) faute, à l'inverse du
catholicisme, d'avoir auto-institué dans son
corpus doctrinal les principes directeurs
autorisant un " développement homogène
" du dogme et de la doctrine, comme l'a bien
démontré Newman.
En
poursuivant l'enseignement des deux Pères de la
Réforme, le protestantisme ne les suit pas
nécessairement. La doctrine se développe, mais
ce développement est alors hétérogène. Il
méconnaît le fait que les conciles (en
particulier celui de Nicée en 325) n'ont pas
construit la divinité du Christ (cf. Newman,
" Les Ariens du IVe siècle ", Téqui ;
a contrario : Richard E. Rubenstein, " Le
Jour où Jésus devint Dieu, La Découverte) mais
se sont contentés, pierre après pierre, de
réaffirmer par écrit une vérité tenue pour
telle par l'Église depuis son origine et les
conséquences intrinsèques qui en découlent.
Semblable constat en implique un autre, tout aussi
fondamental, que Michel Viot paraît avoir perçu
: " En stricte rigueur de termes, nous ne
pouvons pas connaître Jésus hors de l'Église,
parce que tout ce que nous savons de Lui vient
d'elle. [...] Il n'y a aucune distance entre le
Christ et l'Église, parce que les Évangiles nous
montrent comment Jésus fait l'Église, la
constitue au jour le jour [...]. La séparation du
Christ et de son Église ne peut résulter que
d'un acte arbitraire et violent [...]. Sans
l'institution qui dispense son salut, le Christ
n'est plus qu'une figure culturelle, une
référence historique. Il n'est pas le sauveur
agissant du monde " (Gérard Leclerc, op.
cit. p. 177-178).
Au
fond, Michel Viot réalise le parcours
précédemment entrepris par l'ancien pasteur
Louis Bouyer. Et ce chemin, il l'avait résumé
par l'intitulé de son livre " Du
protestantisme à l'Église " (Cerf, 1955).
(1) Max Scheler, " L'Homme de ressentiment " Idées/Gallimard, 1970 in Gérard Leclerc, " Pourquoi veut-on tuer l'Église ", Fayard, p. 405.
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