À la recherche de l'autorité

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Source : Coming Home Network

Par Christophe Dixon

       Pendant neuf années, j'ai servi le Seigneur Jésus-Christ comme pasteur de l'Église Méthodiste Unie au New Jersey; pendant cinq de ces années, je n'ai jamais pensé à faire autre chose. J'étais le pasteur d'une église en croissance, j'étais heureux dans ma dénomination, heureux avec les fidèles, en un mot j'étais satisfait.

        J'ai toujours crû que les dénominations n'étaient pas seulement inévitables, mais bonnes. Puisque les chrétiens furent constamment en désaccord les uns avec les autres sur leurs croyances et leurs pratiques, je vivais le fait qu'il y ait différentes dénominations comme un empêchement à se battre. Je ne croyais pas qu'une unité visible fut nécessaire pour l'Église, ni non plus une unité doctrinale. En même temps, j'insistais fortement sur mes propres croyances personnelles, lesquelles étaient définies largement par l'orthodoxie «Wesleyenne» et je croyais fortement que ces églises avaient l'obligation d'enseigner ce qu'était la vérité doctrinale (ce que je crois toujours ). La foi chrétienne était ce qu'elle était et les choses importantes ne devaient pas être prise à la légère.

        J'ai été un Protestant toute ma vie. Toutefois je n'ai pas grandi avec une identité religieuse fortement définie. Jusqu'à ce que j'eue mes sept ans, mes parents étaient des méthodistes actifs, toutefois lorsque nous avons déménagé à Schenectady, New York,; ma mère (une infirmière) travaillait tous les week-end et mon père ne fut plus impliqué avec aucune autre église. Je pense que les luttes intestines communes aux congrégations protestantes l'ont dégoûté pour la vie de l'église. Cependant, mes frères et moi furent envoyés à l'école du dimanche à la plus proche église, l'église presbytérienne orthodoxe du Calvaire. Là, j'ai reçu une excellente base de connaissance biblique ainsi que sur la foi chrétienne, que je n'aie jamais perdue par la suite (bien que ma pratique fut inconstante jusqu'à ce que je rencontre ma femme, Pat, à l'université).

        À l'époque, au séminaire théologique de Princeton, je croyais en l'autorité de l'église primitive en matière de définition du contenu de la foi chrétienne. Je n'avais non plus aucun doute sur la validité des conciles de Nicée et de Chalcédoine, par exemple, qui selon moi ont été dominés par l'autorité de l'Esprit Saint. Ce sur quoi je n'avais pas beaucoup réfléchi cependant, concernait ce qui était advenu dans les siècles suivants de cette autorité. Je suppose que j'avais l'idée que cette autorité avait continué de se manifester dans l'Église catholique (n'ayant nulle part d'autre pour aller) et cela jusqu'à la Réforme et qu'ensuite elle s'était transférée au protestantisme. Non plus n'étais-je concerné sur l'implication des évêques à Nicée qui insistèrent autant sur la divinité du Christ que sur Sa présence physique dans l'Eucharistie. La foi apostolique est tout d'une pièce, mais je ne le comprenais pas encore.

        Une autre expérience importante que j'ai vécue au séminaire, fut ma lecture du livre de John Henry Newman «Apologia Pro Vita Sua», qui raconte l'histoire de comment cet homme s'est converti de l'anglicanisme au catholicisme et cela en cherchant à comprendre ce qu'il était advenu de «la tradition catholique» dans l'Église anglicane. Je n'avais donc jamais vraiment beaucoup réfléchi sur l'importance de la tradition et de l'autorité de l'Église auparavant; je considérais ces choses comme allant de soi. Que des églises différentes puissent avoir des croyances différentes, ce n'était encore simplement qu'une question de préférence selon l'église à laquelle nous désirions appartenir. Newman, cependant, décrivait une église qui possédait une autorité spirituelle, dont les croyances et la forme visible sont toutes deux voulues et fondées sur l'enseignement des apôtres. J'ai eu très envie d'une telle Église, j'étais touché intimement par l'histoire de Newman qui avait su démontrer que la tradition catholique ne se trouvait que dans l'Église catholique. Je n'arrivais pas à trouver de failles à son argumentation. Alors, je me suis demandé si je devais devenir Catholique.

        La réponse de Pat (ma femme) fut : « Je ne veux pas en entendre parler. Tu es ici pour devenir un ministre Protestant. Moi je veux avoir des enfants et je ne veux pas de changement dans ma vie ! » À ce moment, je n'étais pas préparé moi-même pour poursuivre plus avant une telle discussion, puis le sujet a été relégué aux oubliettes, sans être résolu, quoique par la suite mon approche comme ministre s'appuyait plus sur la compréhension de la haute église méthodiste.

        Après ma graduation durant ma pastorale, j'ai commencé à me poser des questions sur les fondements de ma dénomination. John Wesley, le fondateur, avait eu l'intention que le méthodisme soit un mouvement de renouvellement spirituel à l'intérieur de l'Église anglicane, il ne désirait pas d'une église séparée. Il avait donc une vue très anglicane de l'Église, des sacrements et de l'ordination (quoiqu'il ne soit pas toujours cohérent). Toutefois, ses successeurs n'ont pas poursuivi dans sa perspective des choses et quoiqu'ils aient tenu beaucoup aux apparences, ils ne firent pas grand chose en rapport avec la conception de Wesley. Le résultat fut une église ayant une apparence quelque peu sacramentelle, mais comprenant peu de théologie sacramentelle, ayant une autorité forte centrale mais aucune autorité doctrinale, avec un accent oecuménique (au moins avec les autres dénominations libérales protestantes) mais entretenant une profonde suspicion à l'égard de toute tentative de définir ce que les chrétiens doivent croire.

        Pendant des années, Pat ressentait de son côté que quelque chose lui manquait dans sa relation avec les Églises desquelles nous avions fait partie sans savoir exactement quoi. Elle pensait également que le temps était venu d'avoir des enfants et que par la suite, l'isolement d'une nouvelle mère, puis le fait que moi comme pasteur j'étais souvent parti, puisse être un facteur de ce manque. Cet état était apparu autour de 1992 et 1993, lorsque les rapports tendus avec des membres de la congrégation lui laissèrent un arrière-goût et en coupure totale avec l'église. Elle souhaitait désespérément en son for intérieur que peut-être elle pourrait joindre une autre église. J'ai refusé de considérer cette idée : «Tu ne peux pas faire cela, lui aie-je dit ! Je suis un ministre du culte ! ». Cette réplique de ma part ne fut pas très utile... toutefois, il m'était alors difficile de faire face au fait que le travail de ministre du culte était lié pour sa communauté spirituelle à sa femme.

        J'avais raison en me disant que nous devions être unis religieusement, et je me suis demandé: « Qu'est-ce qu'il fallait que nous fassions pour être unis dans la foi ?» « Y avait-il une raison pour Pat d'être méthodiste à part le fait que j'étais moi ministre de cette dénomination ?» S'il n'y en avait pas, pourquoi était-ce aussi important pour moi ? Qu'est-ce que l'Église, pensais-je de toute manière ? Qu'est-ce qui en assure l'unité ? Quelles raisons pourrais-je donner à quelqu'un de mon appartenance à mon église ? Je me suis rapidement rendu compte que je ne pouvais donner aucune raison à ces questions sauf ma préférence. Je ne voyais aucun rapport entre mon église et ma Foi en définitive.

        Pour parler pratiquement en tant que personne, nous ne définissons pas l'Église de manière théologique; les gens appartiennent à une église parce que leur famille y était déjà, ou encore parce qu'ils ont préféré le culte qu'on y faisait, l'un ou l'autre, ou encore peut-être le pasteur... Ce genre de considération n'est pas vraiment sérieuse. Nous réalisions tous les deux que ce que nous voulions (en réalité, Pat l'avait désiré depuis longtemps) c'était une église qui avait une proéminence sur nous-mêmes, même si cette autorité ne nous rendait pas nécessairement heureux, que nous l'aimions ou pas, un endroit où l'Église serait plus qu'une préférence. Nous désirions une église ayant autorité, une église qui était une nécessité. L'historique de la foi de l'Église démontre parfaitement que l'Église ne s'est pas créée d'elle-même mais qu'elle procède de l'autorité de Dieu, et non pas de celle des hommes.

        Aucune dénomination protestante ne peut prétendre à cette autorité, parce qu'aucune n'est autre chose qu'une association de chrétiens de même opinion. Peu importe comment la ligne a été tirée, il s'agit là de dénominations résultant d'une création purement humaine; un groupe de personnes s'est réuni un jour en prétendant : «Nous sommes l'Église. » Si une dénomination possède une fondation forte théologiquement (par exemple, comme c'est le cas de l'église orthodoxe presbytérienne où j'ai servi à l'école du dimanche étant enfant), elle a au moins une raison d'être séparée : car il y a là un enseignement de dispenser d'une vérité selon des croyances propres. Toutefois même là, avec une forte doctrine théologique, cette dénomination n'est quand même rien de de plus qu'un corps administratif quelconque et la congrégation se transforme en une simple habitude sociale enracinée.

        Mes convictions au sujet de l'Église se sont cristallisées plus qu'elles ne l'avaient jamais été. L'Église est le moyen par lequel nous obtenons l'unité dans la structure et dans la Foi. Ces deux aspects sont essentiels. À moins d'être unis dans la foi, il n'y a aucune raison d'être unis dans une structure non plus. Si l'Église ne peut prétendre pouvoir me dire ce qu'est la vérité, pourquoi devrais-je lui donner ma fidélité ? Si je ne pouvais pas obtenir ceci de l'Église, pourquoi aurais-je besoin de l'Église ? ( Ce qui, en effet, est la situation de beaucoup de dénominations protestantes; puisqu'elles prétendent ne pas être nécessaires, les gens ne croient pas qu'elles soient nécessaires). J'ai réalisé que la nature même de l'Église allait de pair avec ses enseignements. Si l'Église avait à enseigner avec autorité, elle avait à être autorité par nature. Cela ne pouvait pas être le cas d'une dénomination. L'autorité et l'enseignement de la foi devait cohabiter dans le corps entier du Christ, et cela dans une unité visible et indivisible découlant de l'unité spirituelle elle-même, ou bien l'Église n'existait pas du tout. C'était l'un ou l'autre mais pas les deux. Soit l'Église est à la fois une structure qui enseigne avec autorité un enseignement ou bien elle n'existe pas.

        Ce qui m'a frappé rapidement, c'est que seulement deux options pouvait être envisagées dans mon cas : le congrégationalisme (dans lequel une réunion de chrétiens décide de ses croyances) ou le catholicisme, qui revendique un principe d'unité qui conduit tous et toutes à une foi identique. Le congrégationalisme cependant, m'est apparu comme non scripturaire et non historique. Jésus a bien dit : « Où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux», mais cela ne définissait pas la nature entière de l'Église. Si cela avait été le cas, il n'y aurait eu aucune discussion, aucun concile et pas de credo de foi communément admis. Le concile de Nicée signifiait plus qu'une simple réunion nationale d'Églises.

        Uniquement, l'Église catholique a vraiment rempli les deux conditions de l'unité visible et doctrinale depuis toujours. L'alternative au catholicisme étant le chaos doctrinal et plus aucune unité. Les réformateurs ont décidé à partir de leur propre jugement quelles parties de la foi catholique devaient être rejetées; leurs disciples ont continué ce processus de révisionnisme et ensuite les résultats ont été codifiés comme étant une vérité révélée. L'autorité divine de l'Église catholique a été supprimée dans ces conditions pour être simplement remplacée par l'autorité de Luther ou de Calvin, des hommes. Dans les dénominations libérales, la chute fut même plus intense; le principe de vérité révélée a été remplacé par le pluralisme théologique, la croyance absolue qu'il n'y a aucune vérité absolue. Encore là dans ces deux cas, l'autorité de l'Église a été remplacée par celle de l'individu et l'Église visible n'est devenue rien de plus qu'un ramassis d'individus dictant leurs vérités.

        Le résultat de tout ceci fut encore plus mauvais en ce que chaque église croit aujourd'hui en une vérité différente de sa voisine; cela devient un milieu dans lequel il n'importe plus que l'Église croit en ceci ou cela. L'enseignement n'a plus besoin d'être définitif et ainsi l'idée de croyances fondamentales est même devenue offensante.

        Quelques amis Catholiques qui savaient ce que nous vivions de par notre cheminement sont revenus d'une conférence à l'Université Franciscaine de Steubenville, en Ohio et nous ont laissé un enregistrement de l'histoire de la conversion de Scott Hahn. Son effet sur nous fut électrique: il parlait justement des questions avec lesquelles nous luttions rationnellement et bibliquement depuis des mois. Nos croyances devenaient rapidement de plus en plus Catholiques. Nous lurent «Humanae Vitae» et nous étions d'avis que cette encyclique était pleinement convaincante. Nous avons commencé à appliquer le planning naturel des naissances. Nous avons été d'accord sur la position contre l'avortement de l'Église catholique; notre dénomination était incapable de prendre une quelconque position forte sur cette question morale de base. Nous considérions le mariage comme indissoluble comme pour l'Église. Nous avons également reconnu le Pape comme le chef terrestre de l'Église; en effet nous avons bientôt trouvé des documents de l'Église catholique plus appropriés que les documents issus du méthodisme. Nous n'avions maintenant plus aucun doute que Christ est vraiment présent dans l'Eucharistie de l'Église catholique, ce qui n'était pas la même chose dans le protestantisme (en effet, pendant une période j'ai même trouvé difficile de présider la Communion dans mon église pour cette raison; j'ai estimé que je feignais).

        Pour Pat et moi, il devenait maintenant essentiel que nous fassions partie de l'Église qui est vraiment fondée sur la croyance chrétienne et qui n'a pas peur de l'enseigner. Quand le catéchisme de l'Église catholique apparut en 1993, nous nous sommes dit : « N'est-ce pas magnifique d'appartenir à une église qui peut enseigner la vérité comme ça ! »

        Il serait bien que je prenne quelque temps encore pour écrire sur quelques autres choses puisque plus nous approchions du début de ce temps de transformation, plus les changements dans notre vie se multipliaient. J'ai donc été envoyé à une autre église méthodiste en juillet 1993 et nous attendions notre troisième enfant. Je devais soutenir ma famille et en tout cas, je savais que j'avais besoin de convictions beaucoup plus claires que celles que j'avais à ce moment-là pour faire le grand pas. Mais je savais aussi que je ne trouverais jamais plus la solidité ou la cohérence dans les croyances méthodistes comme ce que j'en avais espérée naguère.

        Il y avait aussi des questions doctrinales qui ont eu besoin d'être résolues : la Vierge Marie était la plus difficile, mais il y en avaient d'autres. Au coeur d'entre elles, était l'infaillibilité de l'Église, car si l'Église catholique était vraiment ce qu'elle est supposée être, alors ses enseignements devaient être vrais. J'ai dû apprendre à subordonner la souveraineté de mon jugement à la voix du Christ dans l'Église.

        J'ai examiné toutes ces choses, mais tant que j'étais dans le ministère, je n'ai pas estimé que je pourrais faire plus. Pat avait plus de liberté que moi et avec mon encouragement (spirituellement, elle était plus libre et j'aurais recommandé vivement à n'importe lequel de mes paroissiens d'aller là où sa foi le conduisait comme ce fut son cas), elle est donc allée consulter un prêtre sage et compatissant, le Fr. Joseph, pour recevoir une instruction. Pour Pat, il était comme l'eau pour une terre assoiffée. Les mois passant, elle n'avait plus aucun doute du tout. J'étais enchanté; elle serait là pour m'accueillir dans la foi catholique. En décembre de 1995, elle est devenue une catholique. Notre fille Lisa a reçu sa première Communion l'automne suivant.

        Je savais que je ne pouvais plus demeurer dans l'église Méthodiste pour longtemps; mes croyances ne me le permettraient plus. Je sentais une tension en moi à cause de mon incapacité à agir selon mes croyances. Puis à ce moment, j'ai trouvé d'autres personnes dans le même cas. Jeff, un autre ministre méthodiste que je n'avais pas revu depuis des années, avait entendu parler de mon intérêt pour le catholicisme de la part d'un pasteur presbytérien que tous les deux connaissions. « J'entends dire que vous pensez à aller nager dans le Tibre » m'a-t-il dit quand il m'a téléphoné et ainsi nous avons commencé à nous rencontrer pour le déjeuner. Jeff était même plus proche de la conversion que je ne l'étais et il est devenu Catholique pendant l'été de 1995. J'ai trouvé beaucoup d'encouragement en rencontrant d'autres personnes qui s'étaient converties ou encore qui étaient des catholiques depuis le «berceau». Brian, le ministre baptiste local et sa femme Phylis, étaient devenus de bons amis. Phylis est devenue catholique avant Pat. Ensuite, ce fut le tour de Brian. Les gens dans la ville devenaient de plus en plus soupçonneux.

        En mars de 1996 j'ai assisté à une retraite catholique pour les hommes à Arnold Hall dans le Massachusetts, où je me suis rendu compte que rien de plus clair ne pouvait subvenir avant que je  me convertisse. Je croyais déjà en une foi Catholique. Je n'ai pas eu besoin d'une lumière plus claire que celle que j'avais déjà en moi, cela ne pouvait pas être plus clair.

        Avec un autre bébé en juillet, une conversion, le changement de carrière (vers quel, je ne le savais pas) et un déménagement qui n'était pas une option cet été-là; je savais que je ne pouvais plus m'attarder beaucoup plus longtemps. En attendant Fr. Joseph m'a présenté à son ami Monseigneur L James McGovern, qui cherchait quelqu'un pour travailler dans la formation des adultes, la formation pour la confirmation, la visite et divers autres responsabilités à l'Église  Notre-Dame du Bon Conseil dans Moorestown, New Jersey. Avec Pat, j'ai discuté cette possibilité et nous furent d'accord : en juin de 1997, j'ai ainsi livré le dernier sermon de ma chaire.

        Un mois plus tard, quand l'évêque John M. Smith Trenton, un successeur des apôtres, m'a reçu dans l'Église catholique, je suis devenu entièrement uni à la seule Église à laquelle j'ai crue. Celle qui pouvait enseigner avec une complète autorité. À ce jour, dix mois plus tard, à travers la voix de l'Église, je continue d'entendre la voix du Seigneur.


Vos commentaires et témoignages sont toujours appréciés, n'hésitez pas ! 

 
       

       


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