« Une soif… intense » : Des témoins de Jéhovah à l'Église en passant par le bouddhisme

 

Source :

« Feu et Lumière »  juillet/août 2004 mensuel édité
 par  la Communauté Catholique des Béatitudes

       D’une secte au catholicisme en passant par le bouddhisme, le chemin spirituel de Yan témoigne de la fidélité de Dieu, de sa bonté et de sa patience. Oui, Dieu répond aux prières de ceux qui le cherchent et crient vers lui. 

       J’ai été élevé dès ma plus tendre enfance dans une secte, celle des Témoins de Jéhovah. C’est dire l’image négative, terrifiante et angoissante que j’ai toujours eue de Dieu. Comme j’étais une très « mauvaise chrétienne », j’ai cru dès l’âge de quatre ans que j’étais bonne pour la destruction prévue par « Dieu » pour tous ceux qui ne lui obéissaient pas. J’étais devenue une enfant révoltée, atteinte au plus profond de sa sensibilité. 

        Mes parents ont divorcé alors que je n’avais que deux ou trois ans. Mon père, lui, était athée et je lui vouais un amour et une admiration sans bornes. Seulement il m’était interdit de l’aimer parce que c’était compris au sein de la secte comme renier « Dieu ». Ma révolte vient de là : celui que j’aimais était un «traître», un « méchant » voué à la destruction, et je croyais que ma loyauté me conduirait comme lui, à être condamné par « Dieu ». 

Dieu ne peut exister

        Plus tard, lorsque j’avais quinze ans, mon père est mort brutalement d’un accident d’ULM. Pour la secte, c’était clair, il avait peu de chances de ressusciter un jour dans le « paradis » promis par « Dieu » ; toute sa vie, il avait condamné la secte des Témoins de Jéhovah et avait vécu selon des principes « non-chrétiens » : il était libre-penseur. J’ai alors décidé que Dieu ne pouvait exister puisqu’il ne laissait à l’homme aucune liberté de pensée, et qu’il n’était sûrement pas Amour puisqu’il devait punir de destruction éternelle un père et une fille dont le seul tord était d’avoir une profonde affection l’un pour l’autre. Je suis tout simplement devenue athée, avec une grande répulsion pour la religion. 

        Treize ans plus tard, mariée et mère de trois enfants, je traversais des crises de déprime devant le non-sens de la vie, j’avais des angoisses terribles de mort : j’avais une soif intense de spiritualité. J’avais refoulé Dieu pendant toutes ces années, mais cela n’avait pas résolu la question : Comment Dieu pouvait-il exister ? Est-ce qu’il existait ? Au fond de moi je n’en doutais pas, mais il ne pouvait pas être Amour ; et en plus terrible encore, il était menaçant puisque j’avais «trahi» Jéhovah, je devenais également responsable du sort de mes enfants !

        J’ai alors lancé une prière à mon père décédé ; je lui ai « parlé » tout naturellement : «Dis-moi que tu es dans le monde d’un Dieu ou d’un avenir meilleur. Dis-moi où tu es » : C’était un cri de désespoir. 

J’ai vu un chemin

        Bien sûr, je n’ai pas eu de réponse directe. Mais petit à petit nos problèmes ont trouvé des solutions. Il me semblait soudain que j’étais aidée, accompagnée. En 1995, j’ai rencontré une kinésithérapeute bouddhiste. A la première rencontre où je l’ai vue, j’ai eu une sorte de vision : j’ai vu un chemin, une montagne ensoleillée que j’allais gravir, avec une sensation de bien-être, de bonheur que je n’avais jamais ressenti. J’ai compris que cette femme allait me donner l’une des clefs de ma vie. Nous sommes devenues amies, et tout doucement je me suis réconciliée avec une certaine forme de spiritualité. Je suis devenue bouddhiste. Je me sentais heureuse et je me réconciliais avec la vie. Un jour dont je me souviendrai toute ma vie, j’ai eu un fabuleux cadeau du Ciel. C’était le 19 avril 1997. Le Dalaï-Lama est venue près de chez moi pour une rencontre interreligieuse. Dans l’espoir de l’apercevoir, mon amie kiné et moi, nous nous sommes rendus à l’abbaye de Cîteaux. Là, j’ai vécu l’un des plus grands bouleversements de ma vie : le Dalaï-Lama, au lieu de passer rapidement et nous adresser des saluts de sa voiture, s’est arrêté juste en face de moi, à moins d’un mètre. Il est descendu de sa voiture et m’a donné sa bénédiction. Je ne sais si vous pouvez imaginer la chance que j’ai eue, car à Cîteaux, nous n’étions qu’une vingtaine à avoir su qu’il devait s’y rendre… 

        Alors j’ai vécu un grand bouleversement intérieur. Bien que la joie d’avoir rencontré une personnalité que j’admire profondément, c’est toute une promesse que j’ai reçue ce jour-là : la promesse d’une vie à venir, la promesse de ma vraie et future rencontre avec Dieu, la promesse que ma vie allait bientôt commencer. J’étais ivre de bonheur et d’émotion, j’ai pleuré et ri en même temps. Je suppose que ça doit être le même bonheur que quand on voit le Ciel à l’heure de sa renaissance ! 

Le bouddhisme n’était qu’une étape sur mon chemin

        L’euphorie du moment passée – ça a tout de même pris deux bons mois – la vie a repris son cours, mais un déclic s’était produit : lorsque je pensais à la vie après la mort, je ne pouvais pas mettre dessus le nom de réincarnation. C’est l’image de Dieu qui s’imposait tout naturellement. J’ai commencé à comprendre tout doucement que, malgré tout mon respect et mon amour de cette grande Sagesse, le bouddhisme n’était qu’une étape sur mon chemin. Un chemin dont j’ignorais la suite, mais je « voyais » le bout : Dieu. Une amie me suggéra alors de lire la Bible, mais je refusais : elle m’inspirait une véritable répulsion. J’avais juré que je ne la lirais plus jamais. 

        Quelques jours avant Noël 1997, je commençais un nouveau livre : Le Dalaï-Lama parle de Jésus-Christ. Une phrase m’a sauté au cœur :

« Vous les Occidentaux, vous essayez de devenir bouddhiste à tout prix, mais pourquoi ne rendez-vous pas, aux hommes de votre culture, la religion chrétienne qu’ils sont en train de perdre et qui est source d’une beauté magnifique et insoupçonnée par beaucoup ? Soyez chrétiens et rendez votre Dieu aux hommes ! »

 Je cite de mémoire, les termes ne sont pas exacts, mais c’est l’appel que j’ai reçu ce jour-là. 

Le cri de l’âme

        Je suis partie fêter Noël chez mes grands-parents. Ma mamie était en train de lire un livre : la vie de Jésus, par Bernard Clavel, je crois. J’empruntai donc le livre à ma grand-mère et le lus d’une seule traite. J’en fus profondément bouleversée : pour la première fois de ma vie j’y rencontrai un Jésus au visage humain. J’adressai une prière à …Dieu lui-même :

« S’il Te plaît donne-moi une Bible, mais pas celle des Témoins de Jéhovah, une Bible que je puisse lire sans que les mauvais souvenirs viennent m’empêcher de continuer de Te rencontrer. Une Bible qui vienne de Toi, tel que Tu es vraiment ! »

        Je ne pensais pas si bien prier … ! Quelques heures après cette prière, le « miracle » s’est produit. Ma mamie – qui est sourde – avait perdu son appareil auditif. Je m’offris donc de le lui chercher. Et je cherchais …partout dans la maison. J’arrivai dans la chambre de mes grands-parents. « Quelque chose » attira mon regard sous la table de nuit de mamie. Rien qui avait l’air d’un appareil auditif, mais une boîte en carton recouverte d’une épaisse couche de poussière. J’ai essuyé la poussière qui le recouvrait et j’ai eu un coup au coeur en voyant apparaître ces quelques mots en lettres dorées : « La Sainte Bible ». J’osais à peine y croire ! J’avais prié depuis si peu de temps ! Mais je n’avais pas encore fait l’expérience de la délicatesse d’un Dieu amoureux qui répond à un cri de l’âme : j’ai ouvert ma Bible et je me suis mise à pleurer, pleurer comme si une digue s’était enfin rompue à l’intérieur de moi. Sur la page de garde étaient inscrits ces mots de mon père à ma mère, juste avant qu’elle ne devienne Témoin de Jéhovah : A l’occasion de ton anniversaire. Que ce livre te conduise à la connaissance et t’écarte des chemins de la bêtise humaine. Dammarie, le 19 avril (jour de ma rencontre avec le Dalaï-Lama ! 1975) 

        Que puis-je dire devant tant d’Amour ? Je n’ai plus peur de ce Dieu qui a empoisonné mon enfance. Je L’aime à la folie, Celui qui m’a tout rendu : le goût de la vie, la promesse que mon père est dans son Royaume, la foi, l’Espérance plus forte que la souffrance. Je suis devenue chrétienne, tout en gardant un profond esprit œcuménique, tolérant pour toute forme d’Espérance et même de non-croyance. Quelle joie de vivre enfin, quand on sait que « la tribulation d’un moment n’est rien en comparaison des masses de Gloire qui nous attendent » ! 


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