Vivre pour la Vérité

 

Témoins de Jéhovah

Témoignage de Michèle Saenen

dimanche 21 janvier 2007, par admin

Je m’appelle Michèle Saenen. J’habite dans les Ardennes belges. Alors que j’avais vécu une histoire d’amour bien triste à l’étranger où j’étais partie pour me marier, je rentrais chez mes parents, trois mois après mon départ, battue, avec des marques de strangulation et enceinte et de ce fait, malheureusement rejetée par mon père puisque future mère célibataire. C’est dans ces circonstances que je suis devenue témoin de Jéhovah en 1973.

En 1996, j’avais un déclic suite à un article du Vif Express du 9/11 relatant une sordide histoire de pédophilie sur une petite fille de 9 ans abusée par son père spirituel témoin de Jéhovah. Je ne pouvais accepter le fait que la petite, devenue femme car 20 ans s’étaient écoulés, avait dû pardonner à son agresseur ; la maman n’avait pas pu aller en justice car on ne va pas en justice entre « frères ». Sans suivi psychologique, l’agresseur avait ainsi continué les abus sur d’autres enfants. Comment la jeune femme vivait-elle aujourd’hui sa vie de couple ? Comment sa maman avait-elle surmonté sa peine ?, .

C’était à l’époque de l’affaire Dutroux. J’étais horrifiée, comment cela pouvait-il arriver chez les témoins de Jéhovah. On nous demandait d’être parfaits, on s’immisçait dans nos affaires personnelles, on nous punissait quand on dérogeait à la « règle » ,... c’en était trop ! Avec ma fille cadette et mon mari, nous décidions de nous retirer de cette organisation.

Nous avions tant enduré depuis la mort de nos deux petites filles ayant « l’espoir de les retrouver pour partager leur vie dans ce monde nouveau qu’ils promettaient ! »

Mais là commençait un autre problème : notre fille aînée témoin de Jéhovah elle aussi, âgée à ce moment de 23 ans était à l’étranger, ne vivait donc pas de près le traumatisme que nous subissions. L’éloignement, le manque de détails et surtout l’influence et le « love-bobing » des adeptes de sa congrégation, ont eu raison de son adhésion renforcée au mouvement. C’est ainsi, que contre notre gré, elle a cessé de nous voir, de nous parler, de nous permettre de partager avec elle de bons moments en famille, puisqu’elle se conformait aux instructions de l’organisation des témoins de Jéhovah. Elle allait même jusqu’à couper son téléphone, alors qu’il m’arrivait de l’appeler uniquement pour entendre sa voix au répondeur, pire elle retournait notre courrier : nous étions morts pour elle ! C’est du moins ce que nous ressentions.

C’est ainsi que nous avons entamé un courrier important avec l’aide d’un avocat qui s’adressait un peu comme un ambassadeur à la filiale de la Watch Tower en Belgique à Krainem, puisque tout dialogue était impossible.

D’autre part, conscients que nous n’étions pas les seuls à vivre cette pénible situation, nous avons créé une association d’aide aux victimes des comportements sectaires et multiplié nos interventions médiatiques. Nous étions conscients d’un devoir de citoyen.

Nous avons dû chercher comme des détectives où notre fille avait déménagé, et repris des études. En janvier 2000, n’y tenant plus, je suis allée la voir par surprise (je ne connaissais plus sa troisième dimension puisque je ne l’avais plus serrée dans mes bras depuis longtemps) . Elle m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Elle m’a dit : tu sais ce que tu dois faire maman pour me voir . Lorsqu’elle a été diplômée nous n’en avons rien su, nous n’avons pas pu la féliciter, lui dire combien nous étions fiers d’elle !

Lorsqu’un jour , le 14 février 2002 je la rencontrais dans une rue de Liège par hasard, elle semblait heureuse et souriante de cette rencontre. Il n’a pas fallu que deux minutes pour passer de ses bras au gouffre de l’ignorance, les « instructions » avaient rattrapé et dépassé les sentiments, elle redevenait la « témoin ».

Quelques semaines plus tard, nous apprenions qu’elle avait quelques difficultés financières dues à un retard de paiement de ses émoluments ; nous sommes allés son papa (adoptif) et moi pour lui porter de l’aide, elle nous a reçu avec insultes disant que nous (ses parents) avions sali ses « frères » - combat médiatique et aide aux victimes - Nous abordâmes la question du mariage de sa petite soeur espérant qu’elle serait présente. Elle nous dit : « un repas de mariage cela se prend dans la paix ». J’ai rétorqué que je venais avec la paix ; elle n’en voulait pas puisqu’on ne partage pas un repas , une fête avec des exclus ! des apostats ! des suppôts de Satan !

Quelle ne fut pas notre angoisse lorsque nous avons appris la veille du mariage qu’elle acceptait d’être le témoin du mariage civil de sa petite soeur. Les sentiments avaient-ils repris le dessus ? Avait-elle eu une autorisation ? Jamais nous n’avons pu en parler et elle n’était pas à table avec nous.

Dans les mois qui suivirent, elle reprenait dans le secret quelques rares contacts avec la cadette. C’est ainsi que profitant de notre absence pour nos 25 ans de mariage, elle est venue chez nous alors que sa soeur y était, malheureusement elle a pris ma voiture pour se rendre chez sa grand-mère, a écrasé le véhicule et est repartie sans même un mot d’excuse ! Était-ce l’émotion ou la culpabilité qui l’avait conduite dans un mur ? Dieu merci, elle n’était pas blessée.

Notre cadette a donné naissance à une petite fille « Gaëlle ». C’est ainsi que nous avons eu le bonheur de la revoir à la maternité, et dans la puissance des sentiments, tout s’est bien passé.

Notre fille sait qu’elle est attendue chez nous, que nous ne lui tenons pas rigueur, mais depuis 6 ans, elle n’est pas encore revenue à la maison en notre présence. Bien entendu elle n’était pas là à Noël, ni au nouvel an, cela fait mal l’absence !

Des témoignages du même ordre, nous en avons eus de très nombreux par le biais de l’association.

Pour ce qui est de ceux qui nous appelaient « frère et soeur » nous sommes devenus « transparents » lorsque nous les croisions en rue ou dans un supermarché. Au début, je me disais que ce serait bien d’avoir une crécelle comme une lépreuse afin de l’utiliser dans les lieux publics où j’aurais pu les rencontrer. Certains qui comme nous sont sortis après nous et qui étaient nos amis lorsque nous étions toujours dans la « secte » nous ont dit qu’ils m’auraient crachée dessus s’ils m’avaient rencontrée.

Encore la semaine dernière j’apprenais que ma meilleure amie d’autrefois (Nicole) vivait des moments difficiles. Son mari qui n’est pas témoin de Jéhovah, est dans le comas ; il a fait une septicémie et a été amputé d’un pied, des doigts de son autre pied et des deux mains. N’y tenant plus, j ’ai téléphoné à Nicole, et ses premiers mots ont été : « reviens à Jéhovah ». Cela ne m’a pas empêchée de lui dire que je n’ai jamais cessé de les aimer, que je ferai tout mon possible pour l’aider même dans le secret. qu’en fera-t-elle ?

C’est terrible de voir un mur se dresser entre ceux que nous aimons toujours et nous, simplement parce qu’on a repris sa liberté, quelle liberté ?

Nous restons toujours avec les barreaux dans la tête, ceux que nous y a introduits l’organisation des témoins de Jéhovah, tout doucement, jusqu’à nous rendre totalement dépendant. C’est une prison dont personne ne sort.

Au nom de Dieu, les dirigeants de cette secte appliquent des « sanctions »radicales à ceux qui reprennent leur liberté dans la transparence, et dont la plupart d’entre eux restent croyants. Piètre façon d’appliquer l’amour de Dieu. Des prises d’otages ! !

J’ai dû entamer un suivi psychologique. Ma psy est bouleversée et écœurée d’une telle situation inhumaine.

La Justice, si elle était saisie d’une telle manipulation devrait « ouvrir de grands yeux » et vivement réagir tout en reconnaissant à la victime un tel statut.

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