Par Elyena
Je suis une jeune femme de 23 ans, née dans une famille monoparentale Témoin de Jéhovah. Les Témoins de Jéhovah m’ont fait beaucoup de mal durant mon enfance. Mon petit frère Grégory, âgé d’un an de moins que moi, a souffert également avec moi de violences sexuelles au sein de cette organisation (à l’âge de 7,8,9,10, et 11 ans, un de nos grands frères nous a fait subir de graves violences sexuelles).
À 19 ans, alors que j’étais baptisée depuis l’âge de 16 ans, et un exemple pour les témoins, j’ai commencé à me poser des questions, mais j’étais trop dans la secte pour oser dire que je ne voulais plus en faire partie, j’avais peur, et honte d’être exclue, de me retirer. Quand on est témoin, on comprend ces choses-là. J’ai 5 frères et une soeur. Mon petit frère Grégory ne s’est jamais fait baptiser, et son meilleur ami Philippe, le fils d’un ancien a suivi son exemple et n’a plus assisté aux réunions. Mon petit frère et moi avons manqué d’un père, qui est en Italie (et qui ne nous donne jamais de nouvelles depuis le divorce de nos parents (j’avais 5 ans), nous en avons seulement si nous l’appelons), et notre maman, consacrée entièrement à la secte, oubliait souvent de nous montrer son affection. Moi, j’obéissais entièrement à ma mère et à la secte, ce qui fait que je n’avais pas beaucoup d’ami(e)s en dehors de la secte... On se moquait de moi à l’école, j’étais pourtant une très bonne élève... Grégory, lui, non, il avait beaucoup d’amis, et avait honte de dire qu’il faisait partie des témoins. Il ne faisait rien non plus à l’école et se faisait frapper par ses grands frères pour cette raison. À 16 ans, il a fait tout le contraire de ce que voulait ma mère, il a fréquenté les boîtes de nuit, revenait tard à la maison (4 heures du matin parfois). Ma mère s’est remariée à mes 16 ans, et mon beau père, a profité de l’occasion pour me toucher, dès qu’il le pouvait. Cela le faisait rire. Je me suis énervée, et il m’a demandé pardon à plusieurs reprises et m’a demandé de garder le silence pour que cela reste entre Dieu et lui. Je me suis tue, mais il a été très violent avec moi durant les 3 années où j’étais à la maison. Il cassait mes affaires, mettait tout par terre dans ma chambre, marchait sur mes cassettes, mes livres, tout... Il me menaçait constamment d’aller voir les Anciens pour des broutilles, par exemple, une vaisselle pas faite,... Il m’insultait, disait à ma mère qu’il avait hâte que je foute le camp (alors que j’étais chez moi, dans la maison que mon père avait construite de ses mains). Il disait que je n’étais qu’une gamine, et que je n’aurais pas dû me faire baptiser... Je voulais mourir... Je m’enfuyais souvent de la maison, et faisais des km à pieds. Je partais chez une amie, en larmes. Sa mère me gardait généralement jusqu’au lendemain, et même si j’appelais ma mère pour qu’elle sache où j’étais, elle ne paraissait pas s’inquiéter outre mesure. Si ma mère par malheur, me défendait, mon beau-père la menaçait de divorcer. Je pleurais beaucoup.
J’ai décidé de chercher un cœur pour aimer et être aimée, car je ne mangeais plus, je ne dormais plus, et personne ne faisait attention à moi, mis à part quelques frères qui se sont épris de moi, mais je ne voulais plus rester ici. Et puis, un homme m’a demandé ma main... Problème : il n’est pas témoins. Après la visite des anciens, et des remontrances de mes amies TJ, des trahisons de mes propres amies témoins, ... , j’ai tenu bon... Mais à quel prix ? À mes 19 ans, j’ai décidé de me marier avec celui que j’aimais, car j’étais trop malade, pâle, maigre (anorexique), je me laissais mourir... 15 jours avant mon mariage, j’étais chez ma mère, et depuis mes 16 ans, je m’évanouissais régulièrement à la maison, même allongée pourtant. Mais là, c’était plus grave... Je ne mangeais pas, et je me suis évanouie, et je régurgitais... Je ne pouvais plus marcher ni parler. J’ai appelé ma mère au secours, et elle s’est levée la nuit. Mon beau-père s’énervait et disait qu’il en avait marre de mes conneries. Puis, j’ai dit à ma mère de m’emmener aux urgences, que j’allais très mal, elle voulait m’y emmener, mais mon beau-père a refusé... J’ai recommencé à régurgiter cette fois dans leur chambre. Il s’est levé, j’ai failli m’en prendre une dans la tête. Je n’oublierai jamais ce jour... Ma mère n’a pas pu m’emmener aux urgences... Mon état ne s’est pas amélioré, et 15 jours après, je me suis mariée. 2 jours après mon mariage, je me suis déplacée à pieds tant bien que mal, avec mon mari, aux urgences, et je suis restée une semaine sous perfusion... Personne n’est venu me voir... Mon mari a pris soin de moi, pourtant rejeté par ma famille... Mon beau-père m’a envoyé une lettre pour me demander pardon pour le mal qu’il m’a fait. Facile quand je ne suis plus là ! Et je ne peux pas tout raconter dans un message !
Les Témoins de Jéhovah se sont mêlés de ma vie et m’ont espionné tout au long, jusqu’à un fameux jour, où j’ai pu leur dire « stop, je ne veux plus faire partie de votre organisation ! » J’avais 20 ans. Je ne me suis toujours pas remise, et je fais beaucoup de cauchemars. Mais aujourd’hui, le comble du comble...
Grégory, mon petit frère, a retrouvé sa chérie, son premier amour de jeunesse, et il voulait faire sa vie avec elle. Il a donc travaillé dur de ses mains, a été muté chef de sa section dans l’entreprise où il travaillait, a refait à neuf un superbe appartement, a tout acheté avec son propre argent sans rien demander à personne. Il a passé son permis avec succès. J’étais heureuse pour lui. Il a vraiment changé et il est devenu stable. Il s’est raccroché à cette fille, et à son meilleur ami d’enfance Philippe, le fils d’un témoin Ancien. Il était sur le point d’acheter une maison pour vivre heureux avec celle qu’il appelait « ma petite femme ». Et voilà... Une tragédie est arrivée... Cette fille, l’a trompé plusieurs fois durant leur relation, malgré qu’ils vivaient ensemble... Et il y a quelques semaines, scandale,... Sa copine lui annonce qu’elle l’a trompé et qu’elle le quitte... Qui est ce gars ? Philippe... Le meilleur ami de mon frère... Tragédie...
Mon petit frère n’a plus personne à qui se raccrocher, mais il a renoué des liens très solides avec ma mère à qui il se confie entièrement. La fille lui a dit qu’elle se sentait mieux, et plus heureuse avec Philippe, et lui a raconté tous les détails de leur relation amoureuse... Grégory, était éteint... Il pleurait, et quand la fille l’appelait, il la suppliait de revenir, alors qu’elle lui disait qu’il lui pourrissait la vie... Il était fou d’elle, et s’agenouillait devant tous ses caprices. Pourtant, mon frère est très beau, musclé, fort, et toutes les filles tombaient souvent à ses genoux. La fille n’était pas particulièrement jolie. Nous sommes d’origine italienne. Ma mère faisait tout pour le consoler et lui dire que ça irait, qu’il retrouverait quelqu’un de mieux. Mais pourquoi son meilleur ami l’avait trahi ainsi, alors que lui-même était fiancé ? Il ne comprenait plus. Méritait-il ça en plus ? Ils connaissaient tout de lui, toutes ses souffrances pourtant... Grégory avait confié à ma mère qu’il avait des idées noires depuis ce jour... Ma mère lui a dit qu’elle l’aimait, qu’il fallait être fort. Comme il avait pris une semaine de vacances, malgré ses sorties avec ses amis, le 15 juillet 2006, un dimanche, il est resté seul... Le lendemain, c’était la reprise du travail. Il aimait son boulot. Il est parti ce jour en voiture, s’est arrêté en chemin. Qu’a-t-il fait ce jour ? Ce 16 juillet ? Oui, il s’est éteint. Et c’est le jour le plus terrible de toute ma vie... Il a fermé les portes de sa voiture neuve... Il a tout calfeutré... Il a mis le gaz... Il est mort... Cela fait quelques jours maintenant... C’est terrible. 22 ans... À cause de son meilleur ami et de sa pute de copine... Mais aussi à cause de toutes ses souffrances, sans quoi il aurait été beaucoup plus fort... Toutes ses confidences, sa confiance, se sont envolées avec toutes ces trahisons...
Aujourd’hui, je me dis que j’ai eu beaucoup de chance de m’être raccrochée à mon mari, qui lui m’est fidèle et compréhensif, sans quoi, il me serait certainement arrivé la même chose... Mon petit frère me manque tellement maintenant, je ne dors plus... Je me sens impuissante...
Ma soeur n’est pas témoin. Mes autres frères le sont... Un de mes frères, bientôt ancien, est allé voir Philippe pour lui dire de ne pas faire pareil comme mon petit frère, même s’il sait que c’est de sa faute. Comment ? Il a osé aller consoler le meurtier de notre petit frère de la sorte ? Je ne comprends pas...
Mon autre frère témoin était convoqué chez les parents de la fille. Il a dit que ça « allait péter ». Il est revenu comme un agneau. Devant les parents de la fille, mon grand frère a dit de mon petit frère qu’il était un menteur. Alors qu’il n’est plus là aujourd’hui pour se défendre ! Je ne comprends pas...
Mon frère, celui qui nous a fait du mal étant petits, est toujours témoin, alors que je me bas avec la justice pour qu’il dise la vérité (car il a aussi abusé de mes 4 neveux et nièces, enfants de ma soeur Karine)... J’ai porté mon témoignage devant la justice, et mes frères témoins, leurs femmes, leurs belles-familles, étaient là, contre moi au tribunal, pour soutenir celui qui nous a fait tant de mal. Je ne comprends pas...
Lorsque j’étais enfant, je n’ai pas pu dire ce qu’il s’était passé, ni mon petit frère car nous avions peur des conséquences que cela aurait pu avoir. Comme ma soeur avait porté plainte pour protéger ses enfants, nous avons eu peur que notre frère aille en prison, et de voir ternie l’image de notre famille témoin. Ma mère pleurait beaucoup lorsqu’elle m’a demandé si ce que disait ma soeur était vrai, j’ai eu tellement peur, que je n’ai pas pu dire la vérité... Je me suis sentie très mal, et un poids pesant sur le cœur pendant ces années. Grégory et moi nous sommes regardés, et la pression sur nous était telle que mes frères et la secte nous ont convaincu de nous éloigner loin de notre soeur Karine. Ils la traitaient de sorcière, de dangereuse... Ce sont les anciens qui disaient de ne pas entrer en contact avec elle, qui souffrait pourtant...
Après mon mariage, mon mari m’a conseillé de renouer les liens avec ma soeur, car il avait senti quelque chose d’anormal en moi. Il me répétait souvent que ma soeur disait certainement la vérité, et que je le savais...
Une témoin nous avait invité, quelques jours avant mon exclusion, pour me demander pourquoi je ne parlais pas avec ma soeur. Je n’avais pas de réponse à lui donner. Alors, elle m’a dit que je pouvais l’appeler de chez elle. Elle m’a alors donné son numéro. Je n’ai pas réussi à lui parler dans la journée, c’était un 9 mai 2004.
Le soir, je l’ai enfin eu au téléphone, depuis plus de 4 ans de distance... Dès que je lui ai dit que c’était Elyena, sa petite soeur elle était si heureuse, je me souviens... Elle m’a appelé « ma chérie » tout de suite... Je pensais qu’elle allait être méchante, comme me disaient tellement les témoins et mes frères... Je ne lui ai pas dit toutes mes souffrances. Elle n’a su toute la vérité que quelques semaines plus tard. C’était la confirmation.
J’ai donc appelé mes frères et les ai convoqué un par un pour leur avouer tout... Ils m’ont écouté pour me dire des choses atroces par la suite. J’étais désemparée... J’ai même demandé à mon frère qui nous a fait du mal de venir devant moi pour me demander pardon devant ma mère, après quoi je lui pardonnerais. Il est venu, mais pas pour me demander pardon, non, pour m’insulter de tous les noms. Ma mère me croyait maintenant, mais quand je me suis levée devant la cour pour témoigner de ce qu’il avait fait lorsque j’étais petite, j’ai reçu dans mes mains un témoignage de ma propre mère contre moi. J’étais toute seule au monde...
De plus, tous les témoins, ont fait des attestations contre ma soeur et moi, dont nos propres frères témoins, pour protéger le mal, et un des leurs. Ils m’ont insulté, humilié, rejeté, renié, pare ce que je disais cela de leur frère témoins. Mon petit frère s’est confié à eux, et ce depuis un an et demi environ (au mois de mars 2005). Et malgré cela, ils ont toujours du mal à croire, et certains se disent neutres, d’autres préfèrent ne pas y croire...
Ma mère, par contre, croit maintenant, et a renoué les contacts avec ma soeur. Elles se voient régulièrement. Elle essaye de réparer ses erreurs, mais elle est toujours avec son mari...
Ce n’est qu’une partie des choses que je peux raconter, car il y a des tonnes de choses à dire, à écrire...
Aujourd’hui, j’ai envie de changer d’air, de partir loin d’ici, et faire ma vie avec ma petite famille en construction... Je me sens instable encore, et la perte de mon petit frère ne m’aide en rien...
Mais ce qui est sûr, c’est que je me battrai pour lui aussi. S’il n’avait pas vécu toutes ses souffrances, oh combien, il aurait été plus fort aujourd’hui !!!
Je vous remercie d’avance pour votre soutien...

