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La mort du Cardinal Jean Daniélou : les faits authentiques

Emmanuelle de Boysson

lundi 6 octobre 2008, par Blaise

[…] La mort du cardinal Jean Daniélou est hélas, aujourd’hui encore, souvent sujette à des plaisanteries douteuses. J’ai voulu connaître l’exacte vérité. C’est une des raisons qui m’ont poussé à écrire ce livre. Pour en venir aux faits : j’ai voulu tout savoir, pour tout raconter. J’ai rencontré la jeune femme sur le palier de qui Jean est mort. Grâce à elle, j’ai été soulagée, définitivement. J’ai compris l’exacte nature de leur relation : une amitié fondée sur l’écoute et une aide essentiellement spirituelle. Ce témoignage m’a bouleversée. Cette femme rejetée a décidé d’arrêter son métier à la suite de sa rencontre avec Jean Daniélou. Ce changement de vie m’a profondément émue. J’y ai vu toute l’efficacité fraternelle d’un homme tout entier tourné vers les autres. La presse de l’époque a profité de la disparition d’un prince de l’Eglise, académicien médiatique de surcroît pour traîner sa réputation dans la boue. Je me suis attachée à relater les faits heure par heure, de manière à ce que toute ambiguïté soit levée. En quelques mots : le lundi 20 mai, Jean Daniélou se lève tôt, célèbre la messe à huit heures et passe la matinée à travailler dans son bureau et à recevoir des visites. Le professeur Eric Osborn vient le chercher pour aller déjeuner dans le quartier. Après avoir longuement parlé des pères grecs, le cardinal Daniélou accompagne son ami jusqu’à son hôtel. Son cœur lui impose une halte alors qu’il grimpe l’escalier. Jean Daniélou reprend son souffle et le fil de la conversation. Il projette un congrès patristique en Australie. Vers quatorze heures trente, il passe aux Etudes chercher son courrier. Saute dans le bus 82 pour rentrer chez lui. Il ressort à 15 heures 15 précises et annonce à la portière du couvent : je serai de retour à 17 heures. Il prend un nouveau bus pour se rendre rue Dulong près de la place Péreire où il arrive vers 15 heures quarante. Il s’y rend pour apporter à cette jeune femme dans le besoin de l’argent afin qu’elle puisse payer l’avocat de son mari alors emprisonné. Il monte les quatre étages avec précipitation. Il sonne, il est blanc comme un linge. Il a à peine le temps de dire « qu’il fait chaud ici » qu’il tombe à genoux, sa tête s’écrase sur le sol. Un dernier souffle et puis plus rien.

Totalement affolée, paniquée à l’idée qu’on l’accuse de d’avoir tué le cardinal Daniélou, la jeune femme appelle immédiatement Police secours. Le car arrive à quinze heures quarante huit. Les gardiens de la paix trouvent le cardinal encore en vie mais inconscient, le teint violet. Malgré un massage cardiaque et l’arrivée des médecins du SAMU, à seize heures sept, on abandonne toute réanimation. Le patient présente les signes cliniques de la mort cérébrale. Il ne s’est donc passé qu’à peu près une demie heure entre son départ de la Notre Dame des Champs et l’appel à Police Secours. Cette précision est capitale et c’est sans doute parce que beaucoup l’ignoraient qu’ils se sont mis à interpréter et à conjecturer sur des faits qu’ils ne connaissaient pas précisément. Le corps est transporté rue Monsieur. Après examen, je me suis rendue compte que tous les témoignages concordaient. Comme le souligne Alain, extrêmement marqué par cette disparition. « Il est mort comme un saint. Les saints ce ne sont pas les gens qu’on couvre d’honneur ce sont des êtres sur lesquels on crache avec mépris. Le fait qu’il soit allé porter de l’agent à une pauvre fille pour tirer son mari de prison dans un quartier populaire a fait que tout le monde en a profité. /Jean s’était toujours intéressé aux mal aimés. J’ai profondément admiré cette fin semblable à celle des martyrs dont le parfum monte droit vers le ciel sous l’opprobre et les quolibets de la foule. » Si la mémoire de Jean Daniélou a été déshonorée, je tiens à souligner que nombre de personnalités se sont attachées à la saluer, ses collègues académiciens, le père Carré, Maurice Druon, Marcel Achard, sans oublier l’hommage officiel du pape Paul VI et même, vingt ans après sa mort, la reconnaissance du pape Jean Paul II.

Voir en ligne : http://www.francoisgautier.com/Writ...

P.-S.

Journaliste et écrivain, Emmanuelle de Boysson, petite nièce d’Alain Daniélou, est l’auteur de « Le cardinal et l’hindouiste ou le mystère des frères Daniélou » (Albin Michel).

6 Messages de forum

  • pas evident qu’il soit mort rue dulong !! c’est bien cela la question j’ai trouve cela. les rapport de police devrait préciser si on l’a trouvé rue Dulong ou rue Ponceau non ?????

    "En ce qui le concerne, c’est rue du Ponceau qu’il s’introduisit et qu’il décéda d’épectase, en 1974. Cette rue, perpendiculaire à la rue St Denis reste encore aujourd’hui un haut lieu de la prostitution dite bourgeoise. Le cardinal fut rhabillé à la hâte, puis une version officielle vit le jour, celle où le dit cardinal ne serait monté avec la petite dame que pour la confesser... Ce qui fit rigoler tout le monde ! Les amis et proches de Daniélou n’avaient pas compris que ce n’était pas le fait de vouloir vivre sa sexualité qu’on lui reprochait, mais son hypocrisie. Dans une autre version qui ne change pas les circonstances de sa mort, Daniélou serait décédé rue Dulong dans le 17éme. Le « Canard Enchaîné » de l’époque en releva les circonstances. Ce journal fait probablement l’erreur de prendre cette adresse comme étant le lieu fatal. (et la faute professionnelle de révéler publiquement cette adresse, la pauvre fille harcelée de toute part fut très vite obligée de se cacher, puis de déménager). En fait, Daniélou est bien décédé rue du Ponceau dans le studio de passe d’une professionnelle dont le domicile privé était situé rue Dulong... Au grand étonnement du voisinage, son appartement subit pendant plusieurs jours un véritable défilé d’ecclésiastiques de haut rang usant de pressions diverses sur la demoiselle afin que la vérité ne se fasse pas jour. (pour être complet il existe une version « « cousine » (mais inexacte) selon laquelle Daniélou serait bien mort rue Dulong, mais qui tient à préciser que la compagne charnelle de sa dernière heure exerçait bien rue du Ponceau de façon habituelle)"

    Voir en ligne : epectase

    • Pour être exact, vous aimeriez que le Cardinal Daniélou fût mort rue Ponceau, puisque cela rendrait plus vraisemblable sa culpabilité supposée.

      Mais comme le dit le texte que vous citez :

      « Ce journal [Le Canard Enchaïné] fait probablement l’erreur de prendre cette adresse [rue Dulong] comme étant le lieu fatal. »

      Ainsi, lorsqu’on s’est aperçu que la rue Dulong n’était pas le lieu de Passe, certains ont voulu faire mourir le cardinal rue Ponceau. Ils se sont dits : c’est plus probable, et ils ont échafaudé cette hypothèse.

      Deux affirmations gratuites :

      Le cardinal fut rhabillé à la hâte

      Les amis et proches de Daniélou n’avaient pas compris que ce n’était pas le fait de vouloir vivre sa sexualité qu’on lui reprochait, mais son hypocrisie.

      C’est le comble ! on accuse sans preuves le cardinal Daniélou d’avoir payé une prostituée, d’être mort au lit avec elle, et en plus d’être hypocrite ! Sans preuves, voilà qui est grave.

      Pourtant, une autre supposition bien plus vraisemblable aurait dû s’imposer : Le cardinal cherchait à aider cette dame, non à abuser d’elle. Et c’est justement cette dernière version qui a été confirmée par la principale intéressée. Mais dans notre société consumériste, où chacun est sensé ne poursuivre que ses intérêts, selon les principes libéraux, les notions mêmes de charité et de dévouement sont devenues des notions obsolètes, que l’on tourne en ridicule.

      Toute cette affaire est davantage révélatrice de notre société libérale que d’autre chose. Cette même société qui a été incapable de prévenir la crise, et qui est directement responsable du désastre écologique auquel nous devons faire face aujourd’hui. Je ne suis donc pas convaincu que n’accorder son crédit qu’à l’égoïsme soit marqué par le coin du bon sens.

      • Merci Blaise pour votre réaction et pour l’article publié sur la véritable mort du Cardinal Daniélou. J’en suis très heureux. Figurez-vous que je suis religieux prêtre et que je dévore actuellement tous les ouvrages de Daniélou qu’il m’est possible de trouver dans la bibliothèque du couvent ; et je suis absolument émerveillé de cette pensée lumineuse, authentiquement catholique et capable d’une telle profondeur, sans parler de son extraordinaire culture dans tous les domaines, alliée à une vie spirituelle intense ; mais parfois, lorsqu’il m’arrive de parler de lui à certaines personnes qui en ont un vague souvenir, elles accueillent mon admiration avec quelque scepticisme, au regard de cette fin calomnieuse que les journaux de l’époque et l’opinion publique en général lui ont attribuée… Et c’est pour moi une grande peine que de voir son nom et son souvenir ignominieusement liés par certains à ce soi-disant scandale qui a entouré sa mort, scandale auquel je n’ai pour ma part jamais accordé aucun crédit. Votre article a le mérite de faire la vérité sur ce scandale présumé. Je voulais vous en remercier chaleureusement. Le cardinal est mort comme un saint en effet, lui qui fut un grand prophète chrétien pour notre monde contemporain, qu’il n’a cessé de vouloir ramener au Christ, l’unique amour de sa vie. Mais, c’est bien connu, « nul n’est prophète en son propre pays »… Il serait cependant fort regrettable de se détourner de sa pensée parce que son image a été faussement salie par les médias (c’est pourtant hélas une chose courante, surtout en ce qui concerne les hommes d’Eglise, voyez l’acharnement médiatique contre Benoît XVI ces derniers temps…). Mais à ceux qui ne craindront pas de passer outre l’odieuse calomnie, je conseille vivement qu’ils prennent le temps de le lire : c’est une vraie mine d’or ! Je viens de terminer par exemple « Scandaleuse vérité », un ouvrage de 1961 qui n’a pas pris une ride ; il y dresse le constat d’une société qu’on a vidé du sens de la vie parce qu’on a voulu substituer à la vérité du christianisme tous les artifices du mensonge d’une intelligence malade faute de se désaltérer aux sources souterraines de la grâce qui seules pourtant seraient capables de la sauver. Et il n’est pas dès lors tout à fait étonnant de voir qu’un homme qui parle ainsi de la scandaleuse vérité du christianisme se soit fait calomnier par un mensonge scandaleux au terme de sa vie. Le monde préfère « la dictature du relativisme » (pour parler comme Benoît XVI) à la Vérité du Christ qui seule rend libre. Prions, car le monde en a bien besoin ! Et que le Cardinal Daniélou intercède pour lui et pour chacun de nous…

        • Bonjour Jgab

          Je partage entièrement votre admiration pour le cardinal Jean Daniélou. Ma stupeur, lorsque j’ai pris connaissance (longtemps après les faits) du scandale entourant sa mort, a été d’autant plus forte que je l’avais préalablement lu avec passion.

          Voici d’ailleurs quelques textes de lui :

          « Les anges dans la tradition judéo-chrétienne et patristique » (in Les Amis du Bec-Hellouin) :

          http://v.i.v.free.fr/spip/spip.php?...

          « Le péché originel » (in l’ouvrage collectif Notre Foi) :

          http://v.i.v.free.fr/spip/spip.php?...

          « Genèse X : une entreprise de démythologisation des communautés humaines » (in Au Commencement. Genèse 1-11) :

          http://v.i.v.free.fr/spip/spip.php?...

          « L’Annonce à Marie : Messie advenu, Adam nouveau et Dieu parmi nous » (in Les Evangiles de l’Enfance) :

          http://v.i.v.free.fr/spip/spip.php?...

          « Le rôle des évêques au IIe siècle » (in L’Eglise des premiers temps. Des origines à la fin du IIIe siècle) :

          http://v.i.v.free.fr/spip/spip.php?...

          Malheureusement, tous ses ouvrages ne sont pas disponibles, loin de là. Ainsi pour « Scandaleuse vérité ». Actuellement on réédite les œuvres du P. Louis Bouyer et du Cardinal Henri de Lubac. J’espère que le tour viendra pour le Cardinal Jean Daniélou.

          • Bonjour Igab

            Dans votre message, vous faisiez le lien entre l’acharnement médiatique dont a été victime le Cardinal Daniélou et celui que doit aujourd’hui subir le Pape.

            Oui, je vois… la malhonnêteté dont les journalistes sont capables est sidérante.

            Exemple parmi d’autres, que je viens de trouver sur Médiapart : « … alors que des scandales de ce type [la pédophilie des prêtres] ont éclaboussé en mars dernier jusqu’au pape... »

            Le « scandale » est manifestement fabriqué. Jusqu’à présent, personne n’a été en mesure de démontrer chez Benoît XVI la volonté d’étouffer la moindre affaire. Le « scandale » se limite donc pour les journalistes à faire circuler des rumeurs non étayées, puis à s’appuyer sur celles-ci pour conclure qu’il y a bel et bien scandale. Le raisonnement est tautologique.

            Chaque année en Inde, des gens sont accusés de sorcellerie, torturés et tués. C’est la rumeur qui décide de leur culpabilité, non pas les faits. De même, lorsque des journalistes en viennent à fabriquer l’information au lieu de la collecter, on doit s’interroger sérieusement sur l’avenir de leur profession. Car c’est à un procès en sorcellerie qu’on a affaire. Procès qui se renouvelle sans cesse, à chaque « scandale », que nous offrent nos experts en information.

            Le paradoxe est à son comble ! le Pape se dévoue dans la lutte contre la pédophilie des clercs, et on l’accuse d’être de mèche avec eux. Comme on accusait le Cardinal Daniélou de coucher avec une prostituée, alors qu’il cherchait à lui venir en aide !

            L’Evangile dérange, pour qu’on utilise de tels procédés contre les pasteurs de l’Eglise.

  • Une fois de plus, hier soir à la télévision (Paris Première), la mémoire du Cardinal Daniélou a été salie, en l’occurence par Jean-Pierre Mocky. Il s’agissait d’un débat sur la prostitution organisé par Franz-Olivier Giesbert et M. Mocky a énoncé comme s’il s’agissait d’un fait avéré que « le Cardinal était mort dans les bras d’une prostituée ». Il est temps de rétablir la vérité et d’arrêter de laisser les discours infamants et infâmes perdurer par une génération dépassée nourrie au lait du politiquement correct. Cela mériterait un droit de réponse de la part de l’auteur de l’article.

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