Ce que Barbara Anderson a découvert sur les témoins de Jéhovah !

Une ex Témoin
de Jéhovah a été un témoin oculaire privilégié de malversations au sein de
l'organisation.
Introduction
Dans
le courant de l'automne 2005, accompagné de Bill Bowen, un ex ancien du Kentucky
qui vient en aide à de nombreux enfants Témoins de Jéhovah victimes d'abus
sexuels, j'ai rendu visite à Barbara Anderson.
Mon propos,
en contactant Barbara, était de découvrir comment les choses se passaient, pour
elle, depuis la fin de son association avec les Témoins de Jéhovah fin 2002, et
je lui ai demandé si elle voulait raconter son histoire pour mon livre. Elle a
accepté et m'a envoyé plus d'informations que je ne pouvais en imprimer en
seulement dix pages. Nous nous sommes mis d'accord pour que je condense son
histoire pour mon livre, Dommedag må
vente (Le jour du jugement doit attendre), mais je lui ai promis que
j'essaierai de publier la version longue de son histoire sur le site internet
Gyldendal. Dans ce but, Barbara a édité les documents qu'elle m'avait fournis à
l'origine, en y incluant de nouvelles informations qui ne figuraient pas dans
les premiers documents qu'elle m'avait envoyés. C'est pourquoi il y a quelques
différences entre le récit actuel de Barbara et celui de mon livre.
Lorsque j'ai
demandé à Barbara d'écrire son histoire, je ne savais pas grand-chose
des problèmes rencontrés par les enfants Témoins de Jéhovah, victimes
d'agressions sexuelles. Cependant, après avoir lu le récit de Barbara, j'ai été
forcé de réviser mon attitude envers ce problème sensible, et finalement j'ai
décidé, parce qu'il paraît maintenant occuper une part importante de l'histoire
récente des Témoins de Jéhovah quel que soit le nombre des cas avérés, de
dévoiler le témoignage de Barbara.
Je suis sûr
que la question relative à la pédophilie, à l'intérieur de l'organisation des
Témoins, est des plus complexes; en
effet, les Témoins de Jéhovah en tant que mouvement, peuvent
être la proie de pédophiles isolés ou
en groupe, parce que cette organisation est de structure patriarcale et
fondamentaliste.
Cependant,
depuis le début, les mesures concernant les abus d'enfants Témoins semblent
poser problème, et malgré ce qu'en ont pensé les responsables de l'organisation
après avoir changé d'attitude et décidé
de réformer leurs mesures, les problèmes semblent toujours être d'actualité.
Poul Bregninge
Voici
l'histoire de Barbara :
Un choix qui
change la vie
Je suis née à
Long Island, New York, en 1940 au sein d'une famille polonaise et catholique.
Alors que j'étais une jeune fille de 14 ans, inexpérimentée et mécontente, j'ai
fait un choix qui a restreint, pour une période de 44 années, mes possibilités
quant à d'autres choix –j'ai rejoins les rangs d'un des groupes religieux les
plus agressifs et controversés, les Témoins de Jéhovah, devenus le centre de ma
vie. J'ai mis de côté, ce qui me tenait le plus à cœur, l'étude de
l'archéologie, à cause de l'interdiction religieuse émise à l'encontre de tous
ses adhérents de poursuivre de hautes études. J'ai tenu compte des règles,
impliquant le choix d'amis au sein des Témoins de Jéhovah, et dans le choix d'un
conjoint, qui soit Témoin de Jéhovah, lui aussi.
Pourquoi une
jeune fille a-t-elle permis que sa vie soit contrôlée de telle façon? Non
seulement parce que j'étais idéaliste comme on l'est à cet âge, mais parce que
je m'ennuyais. J'étais trop jeune pour apporter une contribution valable à la
résolution des problèmes que le monde connaissait,
mais aussi trop désespérée, une attitude qui laissait la porte grande
ouverte pour accepter l'étude de
Après deux
années au cours desquelles j'ai développé mon zèle, cinq adultes se convertirent
à ma foi. En 1956, alors que j'avais seize ans, une missionnaire Témoin vivant
temporairement à Long Island, dans l'attente de ses papiers pour aller en Inde,
me proposa de l'accompagner pendant deux mois d'été comme pionnier ou
missionnaire à plein temps, à Athèns, Ohio. Durant la seconde guerre mondiale,
quinze ans plus tôt, une foule de patriotes de cette région attaquèrent des
Témoins et les enduisirent de goudron et de plumes, parce qu'ils avaient refusé
de saluer le drapeau et de supporter l'effort de guerre. Il y eut un peu de
tension lorsqu'un homme fort énervé nous pria de quitter sa propriété nous
menaçant de prendre son fusil et de nous chasser hors du conté, comme il l'avait
fait des années auparavant avec les Témoins. Pas trop intimidées, nous avons
continué notre ministère.
Le retour à
l'école en automne a été stressant parce que je voulais être encore dans le
service du champ, et non passer mes journées à étudier en pensant que ce monde
courait à sa fin à tout moment.
C'était une période difficile pour moi, mais quelques mois plus tard ma famille
déménagea pour le sud de
Mon mariage
En 1957, à
l'âge de dix sept ans, j'ai fais équipe avec deux autres filles de Floride et
nous avons accepté une affectation à Columbus, Mississippi. Mais il ne nous a
pas été possible de trouver un travail, à temps partiel, à Columbus les élèves
du collège local occupant tous les postes, après trois mois nous étions abattues
et découragées. Au lieu de retourner en Floride, nous avons décidé d'aller à New
York car nous savions que le quartier général des Témoins de Jéhovah
à Brooklyn, New York, recherchait des volontaires. Le personnel du Béthel
s'activait aux préparatifs de la plus importante assemblée internationale des
Témoins de Jéhovah qui devait se tenir dans le courant de l'année 1958, au
Yankee Stadium et au Polo Grounds. Nous sommes restées avec des amis Témoins à
Long Island jusqu'à ce que nous trouvions un appartement et du travail à temps
partiel; c'est ainsi que pendant quelques semaines nous avons parcouru les
quelques
J'ai
rencontré Joe Anderson quelques mois avant l'assemblée de New York. Sa mère,
Virginia, et moi fréquentions la même congrégation à Hempstead, Long Island, et
elle nous a présenté. La grand-mère de Joe avait été Témoin de Jéhovah, mais son
engagement était faible; en conséquence ses enfants, pour la plupart, étaient
des Témoins de Jéhovah "spectateurs". Joe avait 6 ans lorsque ses parents
déménagèrent à Dallas, Texas, et sa mère commença à assister aux réunions de la
congrégation locale. Son père, un alcoolique intimidant, se désintéressait
totalement des Témoins. La
camaraderie, religieuse et zélée, attira Joe; ses deux sœurs quittèrent le
groupe mais lui se joignit aux autres Témoins en s'engageant dans le service de
pionnier, pour trois ans, dans la région de Dallas. (A cette époque les
pionniers devaient passer cent heures par mois dans l'activité de prédication en
parlant avec des personnes, non Témoins, du message contenu dans
En 1956, Joe
entra comme travailleur volontaire et s'installa au complexe de Brooklyn Heights
connu des Témoins comme "le Béthel". C'est le siège mondial et quartier général
des Témoins de Jéhovah, opérant sous le nom de
Watch Tower and Tract Society, Inc., de
New York ["Watch Tower Society"]. Joe y travailla de 1956 à 1959 comme
opérateur sur les presses imprimantes, c'était son travail au moment ou je le
rencontrais en 1958. Après notre mariage en novembre 1959, nous avons effectué
le service de pionniers à West Palm Beach, Floride, jusqu'à ce que je tombe
enceinte de notre fils, Lance, né le 14 septembre 1961.
Une dévotion
sans faille
Mon mari
servait comme surveillant président (président du collège des anciens) dans la
congrégation que nous fréquentions et s'efforçait d'être un exemple pour le
troupeau, non seulement en donnant des discours, mais également en s'activant
dans le service puisque qu'il a été pionnier pendant trente cinq ans. Nous
étions un couple de croyants zélés et au cours des ans nous avons converti
environ quatre vingt personnes. En 1974 notre famille déménagea pour le
Tennessee, pour former une nouvelle congrégation en compagnie de quelques
dizaines d'autres Témoins du sud de
Au tout début
j'avais foi en la théologie de
Dès le milieu
des années 1960 de nombreux discours, émanant des responsables de
l'organisation, attirèrent l'attention sur 1975 représentant à leurs yeux la fin
du système de chose. Soucieux de faire plus pour Dieu, en 1968,
Joe quitta son emploi auprès de
Une
invitation très pressante pour servir comme volontaire
En 1982
Si nous avons
été invité à venir travailler au Béthel de Brooklyn, c'est à cause de la
profession de mon mari. En effet, lorsque nous avons rendu visite à notre fils
en mars 1982, Joe a salué Richard Wheelock, un haut responsable de l'imprimerie
de
Malheureusement, huit ans plus tard, le 25 juillet 1990, à l'âge de soixante
quinze ans Richard Wheelock se suicida en sautant du 3e étage de
l'immeuble où il vivait. Il souffrait d'une profonde dépression provoquée par le
décès de son épouse, cinq années auparavant.
Quelques mois
après avoir déménagé nous avons découvert pourquoi Richard était si intéressé
par le métier de Joe. Des négociations, ignorées par la communauté locale de
Brooklyn, ainsi que par la plupart des employés de
De plus
l'immeuble, décrépi, de douze étages de l'Hôtel Bossert ouvert en 1900 à
Montague Street au centre de Brooklyn Heights, un district local historique, a
fait l'objet de discussions secrètes en vue de son achat par Cohi Towers
Associates, un organisme formé par un nombre important de Témoins de Jéhovah,
riches, achetant des bâtiments pour l'usage de
Quand
nous avons visité le Béthel ce samedi matin de mars 1982, nous avons vu des
volontaires travailler dur à la rénovation d'anciens édifices et qui étaient
prêts à commencer le travail sur le bâtiment de 12 étages du Standish Hotel
(ouvert en 1903), acquis par
Anticipant
avec enthousiasme notre nouvelle aventure, nous sommes retournés à la maison,
afin de mettre nos affaires en ordre et sommes revenus à New York en juin 1982.
Joe a été affecté au département de la construction, section plomberie, qui
était en train de rénover la plomberie du vieil édifice Squibb, et j'ai commencé
à travailler au département de duplication des cassettes. Après quelques
semaines, j'ai commencé à développer une sévère allergie respiratoire à cause de
mon travail qui me mettait en relation avec des produits chimiques et j'ai été
transférée au département d'expédition où j'effectuais un travail d'entrée de
données.
Expansion
mondiale
Environ une
année plus tard, je faisais partie du personnel du département de construction
et de génie civil en qualité de secrétaire. Le département rassemblait environ
une centaine de personnes –dessinateurs, ingénieurs, architectes, secrétaires
etc. –tous impliqués d'une manière ou d'une autre dans le génie civil, le dessin
et la construction de nouveaux bâtiments ou la rénovation d'anciens édifices
utilisés par les Témoins de Jéhovah dans le monde entier, lorsque les Témoins
étaient considérés comme l'une des religions à l'accroissement le plus rapide.
Peu de temps
après mon arrivée dans ce département,
La
construction d'un édifice de 30 étages au bord de l'eau.
Par la suite
j'ai été affectée comme secrétaire à l'un des architectes, un ancien
missionnaire, qui a dressé les plans du bâtiment résidentiel de trente étages
pour le personnel. Un après-midi, alors que j'attendais, seule, un ascenseur
dans l'immeuble administratif de
Je
n'oublierai jamais ce que Jack m'a dit ce jour là, "Nous avons débloqué
cinquante millions pour ce projet, et miraculeusement le montant de notre
compte bancaire n'a jamais baissé." Et il a ajouté, "Jéhovah pourvoit toujours!"
tout en mimant avec sa main droite une ligne horizontale imaginaire tirée de
gauche à droite indiquant le niveau du compte restant stationnaire. Cependant,
Jéhovah n'a pas approuvé le changement de zone. L'immeuble résidentiel a
finalement été construit quelques blocs plus à "l'intérieur", près des ateliers
de
Des
possibilités de faire des recherches.
Depuis que
Brooklyn Heights, district de Brooklyn, où les immeubles de
En 1989, j'ai
été transférée au département de la rédaction en tant qu'assistante de recherche
du responsable du personnel de rédaction, Karl Adams. Il était en train d'écrire
l'histoire de notre religion qui devint finalement une chronique de sept cent
cinquante pages intitulée, Les Témoins de
Jéhovah –Prédicateurs du Royaume de Dieu, publiée en 1993.
Un autre
responsable de la rédaction, David Lannelli, était affecté, pour travailler avec
Karl, à la rédaction du livre. Au cours de ma première journée au département de
la rédaction, David m'aperçut, seule, dans la bibliothèque du département de
rédaction et vint vers moi pour parler. Je me rappelle clairement lui avoir dit
combien j'étais enchantée d'avoir été transférée à
Tous ceux qui
vivent au Béthel ont été choisis pour faire partie du personnel en raison de
leurs excellentes qualités "spirituelles" démontrées dans leur participation au
travail d'évangélisation. Au lieu
d'exercer un travail de type séculaire dans le cadre du Béthel, la plupart des
Béthélites auraient préféré passer leurs journées en étant totalement immergé
dans un emploi "spirituel". Le département de la rédaction était le centre de
toutes les activités du Béthel parce que la littérature de
David avait
remarqué mon sourire et il répéta ses mots, avec plus de conviction. Il déclara,
"Je sais que des Béthélites iraient jusqu'à tuer pour le poste que l'on t'a
octroyé ne l'oublie pas!" Troublée par sa déclaration et reprenant mon sérieux,
je discutais brièvement avec lui avant de reprendre mon chemin pour sortir de la
bibliothèque, perdue dans mes pensées et me demandant, la raison première de mon
affectation auprès de Karl.
Je me
rappelais les mots de David bien plus tard quand je me demandais ce que j'avais
bien pu commettre de mal aux yeux de Dieu pour avoir été transférée dans ce
département. Oui, je travaillais avec de nombreuses personnes extraordinairement
bonnes, personnes que je considérais comme mes amis. Mais derrière ce tableau
idyllique, certains me souhaitaient du mal et essayaient de saboter mon travail
parce qu'ils voulaient prendre ma place; ou voulaient me voir déguerpir de peur
que je ne découvre leur malhonnêteté. Naïve, j'excusais ces personnes amicales
et serviables, en apparence du moins; peu de temps après elles m'entraînèrent à
commettre un faux pas qui me valu des reproches de Karl. Environ deux ans plus
tard, une situation particulièrement difficile au sein de la rédaction entraîna
le déplacement d'une jeune femme du département; Karl me déclara qu'elle n'était
pas l'amie que je voyais en elle, mais elle m'en voulait d'occuper un poste tant
convoité par elle. Oui David avait bien raison, certaines personnes auraient été
prêtes à tuer pour prendre mon poste.
En dépit de
ces quelques aspects négatifs, le travail journalier au département de la
rédaction était excitant; mon travail était un défi permanent rempli d'activités
variées. Chaque semaine, Karl me
donnait une liste de questions pour lesquelles il désirait une réponse, la
plupart concernant l'histoire des débuts de
Des
découvertes surprenantes
Je fis une
découverte étonnante, c'est en fait William H. Conley, d'Allegheny, banquier de
Pennsylvanie –et non Charles Taze Russell – qui a été le premier président de
Ces faits
importants étaient notés sur la première page d'un petit carnet de comptabilité
recouvert d'une feuille cartonnée rouge, j'ai trouvé dans ce carnet, également,
la charte de l'organisation écrite à
Au cours
d'une de mes fréquentes incursions dans les vieilles archives au quartier
général de
Dans le même
vieux meuble, dans un autre sac en papier, fragilisé par le temps, il y avait
environ une centaine de lettres jaunies par le temps, de même forme et de même
longueur dont personne, à ma connaissance, n'a entendu parler. Les lettres ont
été écrites pour répondre à une demande de Rutherford, désirant avoir le récit
des persécutions subies par les Etudiants de
Je découvris,
dans la même partie du bâtiment, dans quatre tiroirs de vieux bureaux, un tas de
photos et cartes postales diverses. Il y avait aussi bien des photos d'anciennes
assemblées, que des photos prises par des professionnels et des amateurs, du
troisième président de
Je découvris
dans l'un de ces tiroirs des photos personnelles du second président de
C'est à cette
époque que j'ai été "visiter" un grand meuble à dossiers dans le bureau du
quatrième président de
Le procès
Olin Moyle
A la
bibliothèque du service juridique j'ai découvert deux volumes contenant la
retranscription du procès-verbal du procès pour diffamation intenté en octobre
1940 par Olin R. Moyle contre douze cadres de
Compte tenu
de l'importance que joua le procès Moyle dans l'histoire des Témoins de Jéhovah,
je n'ai pas de réponse permettant d'expliquer l'absence de mention de ce procès
dans le livre retraçant l'histoire des Témoins. Peu après mon départ du Béthel,
deux Témoins, des anciens très en
vue, ainsi que leurs épouses m'ont posé la même question alors que je visitais
Burbank, en Californie. La raison qui leur avait fait accepter l'invitation à
dîner tenait dans le fait de pouvoir s'entretenir de mon travail important de
recherches qui les fascinait tant.
Ce soir-là,
j'ai rencontré George Kelly, témoin de longue date, qui avait été le secrétaire
personnel, au Béthel, de l'avocat très connu des Témoins, Hayden C. Covington.
(Sur 138 cas présentés devant la cour suprême des Etats-Unis, au nom des
Témoins, Covington en a défendu cent onze.) Olin Moyle a été l'avocat de
L'autre homme
accompagnant Kelly, Lyle Reusch était lui aussi un ancien bien en vue à Burbank,
représentant spécial pendant de longues années, aux Etats-Unis, de
Selon la
transcription du procès, les problèmes de Moyle ont commencé peu après que ce
dernier ait écrit une lettre personnelle à Rutherford afin de lui exprimer son
aversion quant à sa consommation excessive d'alcool et son comportement
extrêmement abusif envers autrui, comportement dont il a été témoin oculaire,
sans compter les plaintes entendues ici et là. Arthur Worsley, membre du Béthel
pendant de longues années et bien connu de Kelly et Reusch, était l'une de ces
personnes qui se sont plaintes auprès de Moyle des humiliations infligées par
Rutherford. Ce dernier a été si outré par les critiques de Moyle qu'il a chassé
celui-ci et son épouse du Béthel et fait placer leurs effets personnels sur le
trottoir. Moyle a été choqué par le traitement, mais les faits démontrent qu'il
n'a en tout cas pas réagi. Non content d'avoir expulsé Moyle du Béthel,
Rutherford et ses associés ont calomnié de façon vicieuse le caractère de Moyle
dans le magazine
Je
mentionnais par la suite, à Kelly et Reusch, le nom d'Arthur Worsley. Nous avons
parlé de la part prise par Arthur dans le procès Moyle, et tout deux ont admis
qu'il avait présenté un faux témoignage lors de son interrogatoire. Je leur ai
dit qu'après avoir lu la transcription de Moyle, j'ai parlé avec Arthur, un bon
ami, à propos de son témoignage défendant
Pourtant
lorsque Arthur nous a parlé de l'incident survenu, dans la salle à manger, il a
critiqué Rutherford de l'avoir humilié. Nous lui avons demandé pour quelle
raison il a témoigné, sous serment, n'avoir jamais entendu de langage ordurier à
la table du Béthel, ou pourquoi il a nié que les liqueurs occupaient la place
d'honneur, alors qu'en fait il nous avait affirmé le contraire. Apparemment
contrarié, Arthur répliqua que Rutherford l'aurait chassé du Béthel si son
témoignage avait corroboré les déclarations de Moyle. Et comme il ne savait pas
ou aller, il a menti à la cour.
Mais cela ne
servit à rien, car après avoir entendu les divers témoignages, la cour condamna
Rutherford et les autres responsables de
En taisant
volontairement l'affaire Moyle,
A la
recherche de réponses
A ce stade de
mes travaux Karl m'a donné la transcription de l'enregistrement du compte-rendu
du divorce de Russel, et particulièrement le contre-interrogatoire de Charles
Taze Russell. Il n'a pas mis à ma disposition le contre-interrogatoire de Maria
Russell, et je n'ai pas demandé pourquoi, mais bien des années plus tard,
poussée par la curiosité, je l'ai lu. Bien évidemment j'ai vite compris ce qui
avait décidé Karl à ne pas me transmettre la version de Maria Russell, Il savait
que je serais étonnée de découvrir que Madame Russell a eu gain de cause dans la
procédure de divorce, la cour estimant que le Pasteur s'était rendu coupable de
conduite indigne à l'encontre de son épouse. Cette dernière a prouvé que les
rumeurs malveillantes propagées par son mari étaient mensongères: elle était
soi-disant une suffragette (militante pour les droits de la femme, ce qui était
mal vu à l'époque); son but visait la prise en main du périodique
Par la suite,
j'ai découvert en lisant le compte-rendu, de
Un
enseignement spécifique aux Témoins de Jéhovah, laisse entendre qu'après la mort
des apôtres, à la fin du 1er siècle, une apostasie généralisée
déboucha sur une copie du christianisme en donnant naissance à l'Eglise
catholique romaine. Les Témoins de Jéhovah prétendent qu'en dépit de cette
situation il y a toujours eu de "vrais" chrétiens sur terre, de la mort du
dernier apôtre de Jésus jusqu'aux jours de Charles Taze Russell et de ses
associés, eux-mêmes ayant adhéré aux enseignements de Jésus et de ses apôtres.
Karl reçut la mission d'identifier ces vrais chrétiens, ce qui fut un véritable
défi.
Mon examen a
porté sur 4 points ou critères permettant, sans aucun doute, d'identifier "les
fils du Royaume"; les trois premiers points se rapportaient au rejet de la
trinité, de l'enfer et de l'immortalité de l'âme. Cependant, le 4e
point était le plus difficile à justifier, il avait trait au sacrifice
rédempteur du Christ, selon la compréhension des Témoins de Jéhovah. Pendant des
mois le département de la rédaction collecta de nombreux ouvrages dans les
bibliothèques spécialisées d'Europe, d'Angleterre et bien sûr des USA. J'ai lu
la traduction anglaise de nombreux ouvrages écrits en diverses langues, à propos
des mouvements non-conformistes qui sont sortis avant ou après le schisme de
l'Eglise orthodoxe, et pendant la période de
Karl a acquis
la conviction, en tenant compte de mon analyse des faits présentés, qu'il n'y
avait pas une génération de vrais chrétiens pouvant être reliés à la génération
suivante, si l'on tentait de le faire sur la base des 4 points mentionnés
précédemment. Karl termina son travail de recherche en promettant que cette
déclaration ne serait jamais faite, bien que cet enseignement n'ait pas été
rejeté. Dans le livre "Les Témoins de Jéhovah: Prédicateurs du Royaume de Dieu",
à la question suivante (p.44): "Qu'est-il advenu du vrai christianisme après le
1er siècle?", Karl a essayé d'apporter la meilleure réponse possible,
soit: "Le vrai christianisme n'a jamais complètement disparu". Il ajouta: "Au
fil des siècles, il y a toujours eu des humains qui aimaient la vérité", et
dressa une liste de personnages, remarquables, fidèles à
Au cours
d'une autre mission que Karl m'a confiée, j'ai dû examiner la période allant de
1917 à 1918 afin de déterminer ce qui a permis au gouvernement des USA de lancer
un acte d'accusation fédéral à l'encontre du Président Rutherford et de ses
associés pour, entre autre chose, conspiration en violation de l' "Espionnage
Act of june 15, 1917", et tentative de conspiration; ainsi que d'obstruction au
recrutement et au service d'enrôlement des USA, durant la 1ère guerre
mondiale. Quand il a appris que le gouvernement avait soulevé des objections à
propos des pages 247 à 253 du livre "Le mystère accompli", 7e volume
de l'étude des Ecritures, Rutherford a donné l'ordre de supprimer ces pages de
tous les livres encore en stock. Ensuite la distribution du livre a été
suspendue lorsque Rutherford a compris que l'ouvrage lui-même représentait une
violation de l' "Espionnage Act". Mais malgré ses efforts, Rutherford et sept de
ses plus proches associés ont été condamnés à purger de lourdes peines de prison
dans une maison d'arrêt fédérale; ils ont été relâchés peu de temps après, à la
fin de la guerre.
Karl et
moi-même avons été stupéfaits en prenant connaissance des paroles de Rutherford
figurant dans la transcription du compte-rendu,
Rutherford et al. vs United State; ce
n'était ni plus ni moins que des atermoiements afin d'apaiser la cour et le
gouvernement, un gouvernement si souvent qualifié, par Rutherford,
de "satanique". Il ne fait aucun doute que Rutherford tenta par tous les
moyens de calmer les autorités. Comme Karl le déclara franchement, le 2e
président de
Au cous des
deux ans pendant lesquels j'assistais Karl, mon travail de recherches me réserva
bien des surprises, bonnes ou mauvaises, au sujet de l'organisation, mais malgré
l'aspect négatif de certaines découvertes le doute ne s'est pas insinué en moi
et mes convictions ne vacillèrent point. Bien sûr j'étais désappointée par le
comportement de l'organisation qui n'était pas toujours sans reproches.
Cependant, il n'est pas dans ma nature de manifester une suspicion tenace à
propos de choses que je considérais comme véridiques. Etant une croyante
fervente, il m'était plus facile d'imaginer que le comportement choquant des
responsables de
Des gens
inoubliables
Lorsque j'ai
appris que je ferai partie du personnel du département de la rédaction, j'ai
considéré qu'être associée quotidiennement avec les hommes les plus spirituels
du Béthel, hommes chargés de nourrir le troupeau, avec les dernières mises au
point tirées des Ecritures, représentait un grand privilège. Trois membres du
Collège central, soit Lloyd Barry, Jack Barr et Karl Klein, occupaient les
postes de directeurs de
Lloyd était
originaire de Nouvelle-Zélande tout comme Frank Dewar, missionnaire pour
Dans le
nouveau livre retraçant l'histoire des Témoins de Jéhovah à la page 446, Karl
Adams a écrit que lorsque Frank Dewar faisait route pour le Siam (actuellement
Mais le compte rendu figurant
dans le livre, omet un élément profondément humain. Après l'accident Frank était
resté inconscient et un peu plus tard il se réveilla dans un lit de ce qui lui
apparaissait être un hôtel de 2e ordre; en réalité, selon les
déclarations de Frank, il s'agissait d'une maison close réputée et ce sont des
prostituées qui l'ont soigné jusqu'à ce qu'il recouvre
A partir de 1989 j'avais la
certitude que Karl Klein avait connu ses meilleures années. Il était maintenant
décrépi, un peu loufoque et se comportait presque comme un enfant, beaucoup
l'évitaient non seulement à cause du timbre particulier de sa voix, mais aussi à
cause de son excentricité inquiétante due à son âge. Il m'arrivait parfois
d'apercevoir Karl assis, immobile à son bureau alors qu'il venait de terminer la
lecture de l'ébauche finale d'un magazine ou d'un livre de
Un jour, en 1992, alors qu'il
était à la recherche d'une oreille attentive, Karl Klein déclara avec excitation
à un autre membre de la rédaction et à moi-même, qu'il avait fait une suggestion
à ses collègues du Collège central et que cette nouvelle lumière serait révélée
ce matin même, selon les procédures du Béthel, qu'il connaissait bien. Au cours
du petit déjeuner, les 6000 membres du Béthel, installés dans les salles à
manger dans 3 sites à New York, ont entendu pendant la discussion matinale
(lecture du texte du jour), la déclaration suivante: Jéhovah n'a pas besoin de
justifier son nom, son dessein principal étant de justifier sa souveraineté. Les
Témoins de Jéhovah avaient pensé auparavant, particulièrement depuis 1935, que
le dessein principal de Jéhovah n'était pas le salut des humains mais la
justification de son nom propre. Et 57 ans plus tard, Karl Klein était certain
qu'il avait agi, avec cette nouvelle interprétation, comme le visionnaire de
Dieu et il voulait que nous l'apprenions, répétant, tout
excité à qui
voulait bien l'entendre que ce dernier changement venait de lui.
Jack Barr que
nous considérions comme un ami personnel, était un homme bienveillant marchant
dans l'ombre de Barry et faisant tout ce que celui-ci lui disait de faire.
Malheureusement il était doux – non comme "une main de fer dans un gant de
velours", mais plutôt comme une chiffe molle. La faiblesse de Barr devint plus
évidente lorsque Lloyd Barry s'absenta pendant quelques temps et que trois
rédacteurs principaux pressèrent Barr de se rendre à la salle des rotatives ou
se trouvait Ted Jaracz; ce dernier avait intimé l'ordre de ne pas imprimer le
Réveillez-vous! du 9 avril 1992
contenant des matières qui ne lui plaisaient pas, cependant en agissant de
Un jour, je
me suis plainte auprès de Jack à propos d'un rédacteur principal,
particulièrement insupportable, qui venait d'être nommé comme assistant auprès
du Collège central. Cet homme m'avait menacé parce qu'il pensait que je mettais
mon nez dans des affaires ayant un lien avec la disparition d'archives très
importantes prêtées à
Harry Peloyan,
responsable principal du personnel de la rédaction, coordinateur et rédacteur du
magazine Réveillez-vous! devint un de
nos meilleurs amis. Harry était diplômé de Harvard et membre du personnel depuis
1957. Sous des cheveux gris se cachaient un esprit vif et une intelligence sur
laquelle l'âge n'avait pas d'emprise. Il s'était converti alors qu'il était un
jeune adulte et restait une personne talentueuse et charismatique; sa conversion
lui avait coûté, tant sur le plan matériel, il avait laissé une carrière bien
rémunérée pour aller au Béthel, que sur le plan familial, son père, riche,
l'avait déshérité parce qu'il n'avait pas voulu abandonner sa nouvelle religion.
Harry est toujours intimement convaincu que seuls les Témoins possèdent "la
vérité". Cependant, au fil de nos conversations je me rendis compte que son
opinion et ses croyances n'étaient pas coulées dans le bronze et qu'il pourrait
changer son point de vue face à un enseignement théologique ne provenant pas des
Ecritures ou devant une loi organisationnelle choquante.
C'était
toujours un plaisir de pouvoir discuter avec Harry sur des sujets qui nous
passionnaient tous les deux, soit religieux ou séculiers, et même si nous ne
partagions pas toujours la même opinion nous considérions l'autre avec respect.
Il arrivait souvent que les articulations de ses mains, posées sur le bureau,
qu'il serrait fortement, l'une contre l'autre, deviennent violettes,
particulièrement lorsqu'il argumentait sur un point au cours d'une conversation
animée. Sa colère à l'encontre de ceux qui refusaient de s'engager dans une voie
menant à une organisation plus compatissante, bouillonnait sous un calme
extérieur apparent et pouvait entrer en éruption lorsqu'il était finalement
poussé dans ses derniers retranchements.
Nous parlions
de l'éducation des enfants, avec ses joies et ses peines, même si Harry et sa
chère épouse, Rose morte en 2005, n'avaient pas eu d'enfants. Dans les années
1990, le périodique Réveillez-vous! contenait des articles démontrant la valeur
des conseils bibliques et l'amélioration, par leur mise en application, de la
vie courante. Aussi lorsque notre fils écrivit une lettre pleine de prévenance
et déclarant son appréciation pour le magnifique témoignage que nous lui avions
donné, Harry décida-t-il de la reproduire en bas de page dans le numéro du 8
avril 1993 (anglais) de Réveillez-vous!
comme un exemple de succès remporté par des parents, qui ont suivi
Il
y avait toujours un besoin d'idées nouvelles pour maintenir l'intérêt des gens
pour la littérature de
Pendant la
période au cours de laquelle j'apportais des réponses aux questions de Karl
Adams, Harry a lu une partie de mon travail et nota que j'avais un certain
talent pour l'écriture. Sous sa
tutelle et celle de Colin Quackenbusch, j'ai écrit une partie de sept articles
de Réveillez-vous! La plupart des
articles ont été écrits, et les recherches ont été effectuées, après ma journée
de travail. Avec le temps j'ai réalisé que de nombreux articles de
Réveillez-vous! étaient écrits par
des hommes et des femmes qui n'appartenaient pas au service de la rédaction et
édités par le personnel de
Une marque de
respect pour les femmes
Harry jouait
le rôle d'avocat contre la domination abusive et tyrannique à l'encontre des
femmes et des enfants, par des hommes croyants et patriarcaux usant des
enseignements de
Je me
souviens d'une conversation que j'ai eue, en janvier 1992, avec Harry et un
autre responsable de la rédaction, Eric Beveridge; nous nous trouvions dans le
bureau de Harry et je leur ai dit ce que m'avait rapporté des femmes Témoins,
pendant mes vacances. Selon elles trop d'hommes, dans l'organisation, traitent
les femmes avec bien peu de respect et les considèrent comme étant inférieures.
Une femme, en colère, m'avait raconté qu'une Témoin s'était plainte d'avoir été
violée par un homme, lui aussi Témoin, alors qu'elle faisait le ménage dans la
maison de cet homme. Quand il a été questionné l'homme a admis devant les
anciens avoir eu des rapports sexuels, mais selon lui la femme était
consentante, de plus il manifesta de
Mon récit a
contrarié Harry et Eric. A la suite de cette discussion Harry demanda à Eric
d'écrire une séries d'articles (15 pages) parus dans le numéro du 8 juillet 1992
de Réveillez-vous! sur le thème
suivant: " Les femmes sont dignes de respect" à propos du respect dû aux femmes;
il me demanda de faire des recherches afin de fournir des matières pour ces
articles. De nombreuses femmes écrivirent des lettres d'appréciation peu après
la parution de ce numéro de
Réveillez-vous! Ce qui nous a le plus déconcerté c'est que 75% des lettres
n'étaient pas signées, parce que les femmes qui les avaient écrites, avaient
peur des représailles éventuelles tant à la maison qu'au sein de la
congrégation, si
Des articles
sur les agressions sexuelles enfin publiés dans
Réveillez-vous!
La politique
de stricte confidentialité de l'Organisation exige des Témoins impliqués dans
une affaire judiciaire, au sein de la congrégation, de ne parler que devant le
comité judiciaire, (actuellement comité de discipline religieuse) et de ne rien
dire en dehors de ce comité. C'est pour cette raison que je n'entendis parler
d'agression sexuelle sur mineur au sein de l'Organisation qu'en 1984, pour la
première fois.
Une jeune
femme qui travaillait avec moi au département de construction et de génie civil
raconta, avec animation, à quelques membres du département, qu'un ancien très en
vue de la congrégation qu'elle fréquentait avant de venir au Béthel, avait été
arrêté pour pédophilie. Je découvris par la suite que l'agresseur avait été
condamné et envoyé en prison où il a purgé une peine de trois ans. Cet ancien,
populaire et charismatique, avait abusé de sa propre fille ainsi que de
nombreuses autres jeunes filles de sa congrégation, pendant des années, les
menaçant afin qu'elles se taisent; ce qui lui fut très facile à cause de son
autorité naturelle et de l'âge de ses jeunes victimes.
A ce moment
là j'ai pensé qu'il s'agissait d'un comportement isolé, mais par la suite je
découvris combien je me trompais. A l'évidence, il y avait plus que ce seul cas
relaté, dans lequel des enfants de Témoins ont été abusés, cependant beaucoup
avaient gardé le silence; le
Réveillez-vous! du 22 janvier 1985 portait le titre suivant en couverture: "
Les agressions d'enfants – Le cauchemar des mamans". De par l'expérience acquise
au sein du département de la rédaction, j'ose dire qu'il apparaît improbable que
Le
Réveillez-vous! du 8 octobre 1991
portait le titre suivant en 1ere page:
"Abus
sexuels sur
les
enfants:
comment
en
effacer
les
séquelles?" et contenait une série
d'articles contre les agressions sexuelles sur enfants. La publication
présentait de nombreuses informations spécifiques écrites dans le but d'apporter
aide et assistance aux victimes d'agressions sexuelles pour surmonter le
contrecoup dévastateur suite aux agressions subies. De plus des informations
complémentaires expliquaient aux familles et aux amis des victimes pourquoi
celles-ci adoptaient un comportement si souvent destructeur. Ce périodique fut
publié un peu avant la fin de mon travail de recherches pour la rédaction du
livre de l'histoire des Témoins.
Ma réaction à
la lecture de ces articles dut être la même que celle de nombreux Témoins de
Jéhovah –je pensais que la raison d'être de ces informations était d'atténuer
les effets durables de ce que beaucoup considéraient comme un crime abominable.
Nombre d'entre nous ont pensé que la couverture médiatique toujours plus
importante, pendant les années 1980, dans la révélation de secrets cachés à
propos d'agressions sexuelles sur mineurs au sein même des églises et d'autres
organisations était la raison principale de la publication de tels articles.
Après tout, raisonnablement parlant il y avait certainement des adultes qui,
avant de devenir Témoins de Jéhovah, avaient pu être sexuellement abusés et pour
lesquels les informations parues dans le
Réveillez-vous! étaient fort utiles.
Le quartier
général, après la parution de ce périodique, a reçu des milliers de lettres et
d'appels téléphoniques exprimant leur reconnaissance au Collège central pour
l'aide fournie par le contenu des articles; bien plus que pour tout autre
article de son histoire, bien loin devant un autre thème, à forte connotation
émotionnelle paru dans le Réveillez-vous!
du 8 juillet 1990: "L’expérimentation
animale —
Crime
ou
bienfait?".
Les agressions sexuelles
d'enfants au sein de l'organisation posent problème.
A la fin de
l'année 1991, par l'intermédiaire d'Harry j'appris les raisons qui en ont motivé
la rédaction, et après l'autorisation de Lloyd Barry, la publication des
articles écrits par deux membres de la rédaction à savoir, Lee Waters Jr., et
Harry lui-même. Lee était connu comme un homme plein de compassion
et très à l'écoute des besoins et des droits de groupes minoritaires.
Harry m'apprit que Lee et lui-même avaient lu un essai intitulé: "Aller
de l'avant, de l'aide pour les Témoins, dans le traitement des questions d'abus,
et de victimisation dans leur vie." (http://www.silentlambs.org/education/movingforward.htm)
qui avait circulé parmi les Témoins aux USA entre 1989 et 1990. Je ne me
rappelle pas de quelle façon cet essai est arrivé au département de la
rédaction, mais il a laissé une profonde impression. Il a été écrit par Mary
Woodard, Témoin de Jéhovah, qui a discuté des effets des agressions sexuelles
sur mineur, elle était elle-même impliquée ainsi que d'autres femmes Témoins de
Jéhovah. Un ancien de Floride a contacté Mary et l'a invitée à venir au
département de la rédaction pour discuter du sujet avec Harry et Lee et c'est
son apport qui a servi de base au
Réveillez-vous! du 8 octobre 1991 pour les articles traitant des abus sur
les mineurs.
En 2003, j'ai
eu une longue conversation avec Mary, qui avait tenté de se suicider en 1992, au
sujet de l'invitation qu'elle avait acceptée de venir au département de
Il y était
mentionné des accusations à l'encontre de personnes qui avaient abusé de mineurs
alors qu'elles étaient Témoins de Jéhovah, ce que
Réveillez-vous! ne pouvait
mentionner la plupart de ces crimes n'ayant pas été dénoncés. J'appris
par la suite que les Témoins de Jéhovah de ma congrégation suivaient
scrupuleusement les règles établies en ne dénonçant qu'exceptionnellement auprès
des autorités les affaires de ce genre. Cependant, personne à ma connaissance
travaillant dans le département de la rédaction, moi-même y compris, n'a jugé
une telle situation comme déplorable, car nous pensions que
l'Organisation de Dieu pouvait
proposer des solutions bien meilleures à ce problème que les autorités
gouvernementales. De plus, nous n'avions pas envie d'aller laver notre linge
sale sur la place publique, pensant que cela porterait atteinte à la réputation
des Témoins de Jéhovah. Généralement ce genre d'accusations conduisait à la
tenue d'un comité judiciaire qui statuait secrètement au sein de la
congrégation. (Quand le collège local d'une congrégation apprend une faute
commise par un membre de la congrégation, il forme un comité composé de 3
anciens ou plus, qui est chargé d'examiner l'affaire et de prendre les mesures
nécessaires). Cependant, si les accusations des victimes peuvent être mises en
doute, (par manque de précision sur le lieux, dans le temps etc.) et de ce fait
le pédophile non repris, les malheureuses victimes Témoin seront priées de
garder leur opinion pour elles-mêmes au risque d'être réprimandées et
disciplinées. De telles situations
engendrent de l'aigreur et nombreux sont ceux qui gardent le silence au sujet
d'abus dont ils ont été victimes pensant qu'il s'agit d'une circonstance tout à
fait inhabituelle au sein de l'organisation Watch Tower. "Laissons Jéhovah
opérer" se disent de nombreux membres insatisfaits, pensant que ce dernier
essuiera toutes les larmes dans le futur paradis terrestre.
Comme j'avais
terminé mon travail concernant le livre de l'histoire des Témoins, vers la fin
1991, j'ai été à nouveau assignée
pour des recherches au département d'architecture, mais quelques mois après,
Jack Barr est venu à mon bureau pour me dire qu'Harry ainsi que d'autres
responsables de la rédaction avaient besoin de moi pour effectuer des
recherches. C'est ainsi que, dans le courrant de l'année 1992, j'en encore
appris un peu plus, des membres de la rédaction, au sujet des agressions
sexuelles sur mineurs perpétrés au sein des congrégations des Témoins de Jéhovah
dans le monde entier.
Puis Lloyd
Barry autorisa la préparation d'un autre article sur le sujet, qui parut dans le
Réveillez-vous! du 8 avril 1992, sous
le titre:"J'ai pleuré de joie". Cet article présentait des extraits de lettres
envoyées à
De nombreux
lecteurs Témoins ont ressenti les informations, du
Réveillez-vous! du 8 octobre, comme
une brise rafraîchissante circulant au sein de l'organisation, mais en réalité
on avait ouvert la boîte de Pandore en permettant aux milliers de survivants qui
avaient été, alors qu'ils n'étaient encore que des enfants victimes d'abus
sexuels, de chercher le traitement pouvant les aider sur les plans mental et
physique, et de se confier aux membres Témoins pour dénoncer ceux qui à
l'intérieur de l'organisation ont abusé d'eux.
Vers quelles thérapies faut-il
se tourner?
Les articles
de Réveillez-vous! tentaient
d'apporter une aide aux victimes, devant faire face aux répercussions suivant
les agressions dont elles avaient été victimes enfant, en suggérant; soit de
recourir à la consultation d'un psychiatre si nécessaire, ou de chercher une
oreille attentive et amie auprès d'un membre de
Le réveil fut
rude pour toutes les victimes d'abus qui espéraient, après la parution du
Réveillez-vous! du 8 octobre 1991,
observer un changement d'attitude à leur égard au sein de l'organisation. La
plupart des anciens ont gardé, sans se remettre en question, leur approche du
problème, à savoir: seule la mise en application des Ecritures peut guérir les
victimes de mauvais traitements en dehors de toute référence provenant
d'ouvrages publiés dans le "monde", et ce contrairement à ce qui avait été
suggéré par le Réveillez-vous! du 8
octobre qui en contenait une liste. (Ceci explique pourquoi tant de responsables
des Témoins sont toujours en opposition avec les informations paraissant dans
Réveillez-vous!)
Lorsque la mémoire des
victimes refoule le passé
Un point
important abordé par Réveillez-vous!
concerne une étrange réaction connue sous le terme de "mémoire refoulée". Ce
sujet n'était pas du goût des Témoins influents. De nombreux Témoins ayant été
abusés alors qu'ils étaient enfants ont encore en mémoire ces événements des
années après, ce que Lee a remarqué et qui est corroboré par les lettres
d'anciennes victimes d'abus, ainsi que par leurs thérapeutes. La fiabilité de
ces souvenirs est devenu le centre d'un débat et de controverses au sein même
des professionnels de la santé mentale, et qui plus est dans l'organisation
Watch Tower. Au quartier général, à Brooklyn, les congrégations sont supervisées
par le département du service. Les hommes travaillant dans ce département, sous
la direction de Ted Jaracz, membre du Collège central, répondaient
négativement, lorsque des anciens les interrogeaient à propos de
l'anomalie appelée "la mémoire refoulée". En fait, je savais que Jaracz était un
partisan de la mouvance luttant "contre la mémoire refoulée". Mais ce sujet ne
fut plus abordé après qu'Harry ait démontré que la mouvance contre la mémoire
refoulée a été mise en doute par des enquêteurs.
Le trouble de
la personnalité multiple (TPM) remplacé par le trouble dissociatif de l'identité
(TDI) est devenu un sujet de débat brûlant. Même si le syndrome TPM n'est jamais
indiqué dans les publications de
La confusion perdure
Le département
du service adopta une ligne de conduite qui ne réconforta pas les victimes
d'abus. Ainsi il fut répondu aux
requérants de "lire plus souvent
A la fin de
décembre 1991 tous les anciens des congrégations assistèrent à l'Ecole du
ministère du Royaume pour une formation complémentaire et une mise à jour des
prescriptions de
A l'intérieur
de ce que l'on peut considérer comme un refuge formé par les congrégations, les
secrets mauvais ou dégoûtants perduraient, et pour des raisons incompréhensibles
la protection était assurée au profit des abuseurs, comme si rien ne s'était
passé. En fait, un secret particulièrement déplaisant se rapportait à des
instructions personnelles envoyées, en 1992 à des surveillants de districts ou
de circonscription, par un membre du Collège centrale qui selon Harry, n'était
autre que Ted Jaracz : les surveillants devaient rencontrer les victimes d'abus
en vue d'obtenir leur silence et dans le cas contraire de procéder à leur
exclusion. En 1994 mon mari et moi-même étions, dans le bureau de Harry, en
train de feuilleter une pile de lettres récemment arrivées au quartier général
en provenance de toutes les parties du pays se plaignant de cette situation. On
peut noter que l'un des surveillants, dont le nom est fréquemment cité à propos
de ces mesures d'intimidation, est devenu par la suite un membre du Collège
central.
"Ne jetez pas
le bébé avec l'eau du bain" voilà ce que nous répétait plusieurs fois par jour
Harry lorsqu'il voyait, à la lumière des derniers développements, les nouvelles
rapportées par les responsables du département de service, faisant état
d'aggravation à la suite de la ligne dure préconisée. Il était personnellement
concerné par l'impact que la saga des agressions sur enfant, rapporté jour après
jour, pouvait avoir sur nous et souhaitait que cela ne nous amène pas à quitter
l'organisation.
Nous retournons chez nous au
Tennessee
Nous avons
pris la décision, en août 1992, de terminer notre séjour dans le complexe
immobilier de
Pendant plus
de 10 ans nous avions côtoyé plusieurs milliers de personnes de "la famille du
Béthel", ce qui a représenté une expérience tout à fait originale. Ainsi en
retournant à notre domicile au Tennessee, nous avons quitté, littéralement, des
centaines d'amis, et bien entendu notre fils et notre belle fille. Dans les
jours qui ont précédé notre départ, Joe et moi-même avons reçu des centaines de
messages pour nous dire au revoir. Je conserve comme un trésor un petit livre,
confectionné par mes collègues du département de la rédaction, rempli
d'expressions d'affection et de regrets de ne plus pouvoir collaborer ensemble
plus longtemps et qui nous souhaite de bonnes choses pour le futur. Si seulement
ils avaient pu imaginé ce que le futur nous réservait! Dans le petit livre,
Harry exprima le plaisir qu'il avait eu de travailler avec moi, et dit combien
ma serviabilité, ma détermination et ma compassion allaient lui manquer. Lee
déclara qu'il ne pouvait pas encore imaginer combien j'allais lui manquer. Il
rajouta que mon soutien, mon apport et mes recherches étaient inestimables. Un
autre responsable des rédacteurs, Jim Pellechia, me remercia d'avoir un peu
secouer les choses. Toutes ces observations se rapportaient spécifiquement à mon
travail, en vue de persuader le Collège central de changer certaines règles de
l'organisation dans le traitement des cas d'agressions sexuelles sur enfants. Je
me rappellerai toujours de mon dernier jour de travail et particulièrement,
lorsque David Lannelli me dit au revoir et me remercia chaleureusement d'avoir
découvert ce que plus personne dans l'organisation ne savait –que William H.
Conley, et non Charles Taze Russell, avait été
le premier président de
Je partis sans
regrets. Pendant que je me trouvais au centre mondial des Témoins de Jéhovah,
j'avais donné le meilleur de moi. Bien que j'aimais ces personnes, j'avais un
dilemme. Après avoir quitté New York pouvais-je laissé tomber ma compassion et
oublier tout ce que j'avais appris au sujet du scandale caché des agressions
sexuelles sur enfant au sein de l'organisation Watch Tower? Je savais que si par
compassion je remuais ces choses en dehors du Béthel, je risquais d'être exclue.
Quand j'ai quitté New York je n'ai pas abandonné la compassion sincère que
j'avais pour les victimes de ces loups malhonnêtes déguisés en brebis opérant au
sein de l'organisation, mais à présent que pouvais-je faire?
Les années qui suivirent furent stressantes pour ne pas dire plus.
Peu après
notre retour au Tennessee, une lettre datée du 3 février
J'ai continué
mes recherches pour le département de la rédaction depuis mon domicile. Parmi
les choses examinées je me suis penchée sur le problème de l'agression sexuelle
sur mineur au sein des autres religions et plus généralement de
Cependant, au
lieu de voir les premiers résultats de mon travail, j'appris avec horreur,
quelques mois après notre retour à la maison, qu'au sein des congrégations de
notre région un grand nombre d'agressions avaient eu lieu dans un passé récent
et qu'aucune d'entre elles n'avaient été annoncées aux autorités. Ces agressions
étaient rapportées à des hommes n'ayant peu, voire pas d'idées sur le processus
à suivre dans ces affaires complexes d'accusations pour agressions sexuelles,
voilà qui était pour le moins dérangeant, ou même effrayant.
Des réactions tardives
Un ancien de
ma congrégation a confessé avoir agressé la fille d'une Témoin. Il perdit sa
charge d'ancien parce que le père, non Témoin, de l'enfant porta plainte auprès
de la police ce qui fit grand bruit. Quelques années plus tard à la suite
d'habiles manœuvres l'agresseur
recouvra, contre toute logique, ses privilèges au sein de
Pour augmenter
mon inquiétude j'appris qu'en dehors des congrégations les noms, y compris celui
du repenti, n'avaient jamais été communiqués au public; peut-être certains
avaient-ils été mis à la disposition des autorités après un long délai
d'attente. Par conséquent ils étaient toujours potentiellement dangereux et
susceptibles de continuer d'abuser de nouveaux enfants, ce que certains n'ont
pas manqué de faire. Lorsque j'ai visité, en 1994, le quartier général de
Et
contrairement au changement espéré dans la politique à l'égard des agresseurs,
ces derniers purent continuer dans le ministère et retrouver leur position
d'autorité si ils se montraient repentants.
Je compris cependant que la décision à propos de ces situations devenait
difficile et avait des ramifications. La complexité et la portée de la situation
de tous les enfants abusés sexuellement au sein de l'organisation prenaient des
proportions énormes. Mais quant aux
enfants, envers et contre tout, ils continuèrent d'être abusés par leurs
agresseurs Témoins, et comme je le savais, je décidai de mettre fin à cette
situation. Je fus heureuse d'apprendre que le recours à des thérapeutes, en vue
d'atténuer les effets à long terme subis par les enfants victimes d'agressions
sexuelles, n'était plus considéré avec dédain comme c'était le cas en 1992 et
1993. Toutefois, en décembre 1994 on en
revint à un point de vue des plus rigides comme cela avait déjà été le cas
pendant le cours de l'Ecole du Ministère du Royaume. Il avait été dit, durant le
cours, aux anciens que les accusations portées contre un Témoin pour donner
suite à la mémoire refoulée ne sont plus admissibles pour entreprendre une
action judiciaire. Il avait été précisé qu'en l'absence du témoignage de deux
témoins oculaires de l'agression, et de l'abandon automatique de l'accusation,
il ne serait pas pris de sanctions ni d'excommunication prononcée.
Je me rappelle
combien je me suis sentie inquiète, dans la période s'étendant de 1993 à 1997, à
propos de ces règles de confidentialité. Je me suis ouvertement exprimée auprès
de mes amis du département de la rédaction au sujet de l'aveu d'agresseurs
paraissant repentant, au sein de ma congrégation et qui continuaient de prendre
dans leurs bras des bébés ou de tenir sur leurs genoux de jeunes enfants; de
plus les anciens ne disaient rien et n'avertissaient pas même les parents. Une
lettre du 1er août 1995 adressée à tous les collèges d'anciens,
semblant faire suite à mon inquiétude, incita les anciens à faire preuve de
prudence vis-à-vis d'anciens agresseurs d'enfants, et attira particulièrement
l'attention "sur le danger évident
lorsque ces derniers prennent dans leurs bras des enfants ou les tiennent sur
leurs genoux cette lettre suggérait également de ne pas les laisser seuls avec
des enfants sans la présence d'un autre adulte".
Je sais que
Harry et bien d'autres essayaient toujours d'être différents. Finalement, en
1997,
Une loi lacunaire, et une autre inapplicable:
celle
des deux témoins
A première vue le Collège
central semblait avoir progressé en indiquant que quiconque est un agresseur
reconnu ne peut plus exercer de privilèges au sein de l'organisation. Ainsi on
avait finalement reconnu qu'un ancien agresseur est toujours un agresseur
potentiel. Donc, si un agresseur exerce déjà une responsabilité dans la
congrégation, il peut en être démis. Les Témoins manifestèrent leur enthousiasme
pour la nouvelle politique, pensant qu'ainsi plus aucun agresseur connu ne
pourrait obtenir de responsabilité dans la congrégation; le Collège central
s'était, à leurs yeux, montré bien supérieur dans la gestion du scandale des
agressions d'enfants que les autres églises, en proie à de nombreuses
difficultés, à travers tout le
pays.
Mais très vite
une lacune apparut dans le texte de la nouvelle politique. Elle apparaissait
dans la phrase suivante: "un homme ayant
abusé sexuellement d’un enfant ne remplit pas les conditions requises pour
assumer des responsabilités dans la congrégation"; exprimé de cette façon le
texte était trompeur et dangereux. Les mots clés ne permettant pas à un
agresseur de garder ses responsabilité dans la congrégation sont:"…ayant
abusé…". Tout ceci a bien été
clarifié dans la lettre du 14 mars 1997 envoyée aux collèges des anciens
répondant à la question:" Comment savoir si un homme est un agresseur "ayant
abusé"? Notez bien la réponse: "Un individu est peut-être connu, non
seulement de la communauté mais également de la congrégation chrétienne, pour
avoir été autrefois un agresseur d'enfant". Ainsi on comprend que si la
communauté ou la congrégation chrétienne connaît l'homme comme un agresseur, ce
dernier ne remplira pas les conditions requises pour exercer des
responsabilités, ou le cas échéant sera démis de ses fonctions dans
Bien sûr peu
de Témoins lambda ont bien compris la signification des mots "…un
homme ayant abusé…" comme cela a été expliqué plus haut –et des anciens dans
de nombreuses congrégations ont passé outre l'implication de
Cette lettre,
si claire, ajoute en plus: "Quelqu'un a pu se rendre coupable d'agressions
sexuelles sur des enfants avant d'être baptisé. Il n'est pas nécessaire de
questionner les personnes à ce sujet." A l'heure ou les organisations séculaires
et religieuses forment et contrôlent les employés et les volontaires ayant de
fréquents contacts avec les enfants, le Collège central ne juge pas nécessaire
de questionner individuellement,
sur leur passé, les hommes qui exerceront une responsabilité. C'est pour le
moins irresponsable, peut-être même criminel, et peut passer aux yeux des
autorités, en cas d'investigations, pour plus grave qu'il n'en paraît.
Découvrons la
position officielle de
"Si la filiale
a décidé qu’ [un ancien agresseurs d'enfants] peut être nommé ou peut continuer
de servir dans une position de confiance,
parce que le péché a été commis il y a très longtemps,
et que depuis ce temps il a mené une vie exemplaire, il n'est pas
nécessaire de faire figurer son nom dans la liste, de même il n'est pas utile de
parler du péché passé du frère s’il change de congrégation et ce contrairement
aux instructions données par la filiale". (La liste est constituée par la
congrégation et porte le titre: "protection des enfants –Psaumes 127:3". La
liste contient des données concernant le ou les agresseur (s) repentant (s);
ceux qui ont été accusé par deux témoins crédibles ou plus, et ceux qui ont
reconnu leur culpabilité devant la cour).
La lettre
poursuit en disant: "Il y a, cependant, bien d'autres situations en rapport avec
les agressions d'enfants. Par exemple, si il n'y a qu'un seul témoin et que le
frère accusé nie les faits. (Deutéronome 19:15; Jean 8:17) Il est peut-être déjà
l'objet d'investigations policières à la suite d'une plainte pour agressions
sexuelles sur un enfant; l'agression n'a pas encore été clairement déterminée.
Dans ce cas et pour des cas similaires on ne portera aucune écriture dans la
liste "protection des enfants".
Lorsque je
pris connaissance la première fois de cas d'agression sur enfant au sein de
l'organisation de
Les illusions perdues
J'appartenais, en fait, à une
organisation dont les membres ne sont pas si différents des gens en général. En
surface ils ont l'air différents dans leur approche de la vie; en effet, les
Témoins de Jéhovah croient que leur organisation est guidée par Dieu et qu'ils
vivent leurs convictions au sein d'une théocratie. Les responsables des Témoins,
donc représentants de la théocratie ont édicté toutes une série de règles gérant
tous les aspects de la vie des membres, ils ont également émis des règles pour
les protéger des mauvaises influences. Malgré leur bon vouloir les responsables
des Témoins se sont petit à petit mis à ressembler aux Pharisiens en donnant des
instructions pour toutes les situations imaginables. La nouvelle règle des deux
témoins mentionnée dans
En 1992, mon inquiétude au
sujet des problèmes posés par les procédures mises en place par
C'est en 1998 que je quittais
officiellement l'organisation, après m'être effacée depuis quelques années. En
mettant de côté mon anxiété je me rendis au collège local pour passer quelques
examens et je reçus une bourse, ce qui me donna la force de faire mes premiers
pas loin de mes amis Témoins de Jéhovah de par le monde. (Je savais, à coup sûr,
que certains me rejetteraient lorsqu'ils réaliseraient que je n'étais plus une
des leurs) En fréquentant le collège, je me rendis compte qu'il y avait une vie
après
Ma famille proche, Témoin,
ainsi que mes amis intimes ne m'abandonnèrent pas. Bien sûr, au début, ils
furent consternés par mon choix, mais avec respect ils considérèrent de mon
droit de le faire. Finalement deux d'entre eux ont quitté à leur tour
l'organisation. En 1997, après 16 années passées au Béthel, mon fils et ma
belle-fille désirant avoir des enfants, ont quitté le quartier général. Mon
petit fils, Luke, est né en 1999 et comme je n'étais pas exclue nous nous sommes
régulièrement vus chez l'un ou chez l'autre. Mon mari était toujours ancien et
les autres anciens ne savaient pas pourquoi je m'étais retirée et ne semblaient
pas particulièrement pressés de le savoir.
Dans tous les cas je ne disais rien de négatif à l'encontre de
l'organisation des Témoins, de ce fait je n'étais pas perçue comme une
traîtresse.
Bill Bowen et le site "Silentlambs"
A la fin de l'an 2000 un de
mes amis, ancien surveillant de circonscription de
Mon ami avait pris contact
avec cet ancien ce que je fis également.
Ce que je lui ai appris à propos des agressions sexuelles sur enfants au
sein de l'organisation fut une révélation inattendue pour lui. Immédiatement
nous avons décidé de mettre le public au courant de l'irresponsabilité et de la
négligence coupable de l'organisation Watch Tower qui
portait, à cause de ses règlements, la responsabilité d'avoir couvert au
niveau international le crime d'agressions sexuelles sur enfant, et d'autre part
de convaincre le Collège central de changer ses règlements.
Mais comment pouvions-nous accomplir cette tâche? L'ancien en question,
Bill Bowen, décida de renoncer à sa position et rendit public le problème des
agressions sur mineurs le 1er janvier 2001. Dans l'Etat du Kentucky,
où Bill est domicilié, la couverture médiatique, prit une ampleur sans
précédent, à la suite de sa démission de la charge d'ancien, en raison des
agressions sexuelles dont sont victimes les enfants de Témoins. Bill et moi-même
avons décidé de nommer Silentlambs.org, un site sur Internet que Bill avait
ouvert auparavant. Ainsi les Témoins de Jéhovah victimes d'agressions sexuelles
par des prédateurs Témoins, pouvaient dorénavant déposer leur histoire sur un
site accessible au public. Au bout de quelques semaines il y en avait une
centaine, et après 5 ans plus de six mille.
Je ne m'étais pas encore fait
connaître du grand public alors que Bill l'avait déjà fait, mais quelques
semaines après nous nous trouvions, Bill et moi, en avion pour nous rendre à New
York où nous devions être interrogés par les producteurs de NBC qui désiraient
préparer un documentaire sur les problèmes d'agressions sexuelles sur enfants
pour leur émission nationale de télévision,
Dateline. Après avoir vérifié la
justesse de nos déclarations, et effectué d'importantes recherches, les
producteurs nous contactèrent pour prendre rendez-vous afin de filmer notre
entretien pour
L'excommunication
A la suite d'appels répétés à
D'autres Témoins,
apparus au cours de l'émission, pour dénoncer le problème, furent
excommuniés également. Les personnes excommuniées sont généralement perçues
comme des pécheurs non repentants et incroyants,
Ce qui suivit ne manqua pas de
me surprendre. La société envoya une lettre datée du 24 mai 2002 à toutes les
congrégations des Etats-Unis, avec instruction de la lire dans le courant de la
semaine précédant l'émission Dateline.
Après avoir entendu la lecture de la lettre contenant un grand nombre de demi
vérités sur l'affaire, Joe, mon mari, rendit les clés de
Joe fut excommunié en juillet
2002 pour avoir causé des divisions. Parce qu'il avait pris ma défense et
exprimé son point de vue sur les agressions sexuelles sur mineur, point de vue
qui ne correspondait absolument pas à celui de
Avant que l'émission
Dateline ne soit diffusée, les
reporters ont demandé à
Moins de 10 ans sont passés
depuis la parution de la lettre dans
Réveillez-vous! du 8 août 1993 dans laquelle notre fils chantait les
louanges de nos vertus parentales; maintenant il a complètement changé son
optique à notre égard et il nous a totalement rejeté depuis notre exclusion à la
suite de notre témoignage sur le problème caché des agressions sexuelles sur
enfants au sein de l'organisation. Il a déclaré à la presse que je faisais une
chose noble en cherchant à protéger les enfants de Témoins; mais il ne pensait
pas que j'avais choisi la bonne voie en mettant le public au courant.
(Apparemment je n'avais pas respecté le "onzième commandement", le plus
important pour les Témoins de Jéhovah:"Tu ne dois jamais colporter de mauvaises
choses de l'organisation en public.")
Peu après la diffusion de
l'émission Dateline mon fils et sa
femme se sont rendus à New York pour entendre, personnellement, l'opinion des
responsables de
Un nouvel engagement
Quand je repense à ma vie
depuis mon baptême comme Témoin de Jéhovah à l'âge de 14 ans,
je suis émerveillée par le chemin parcouru. Mon unique désir, à cette
époque, était d'aider les personnes à comprendre les mystères de la vie comme
l'enseignaient les Témoins de Jéhovah. Maintenant je n'entretiens plus
l'illusion que les mystères de la vie puissent être expliqués, ou que
l'association des Témoins de Jéhovah soit une religion bienveillante.
Bien que l'un de mes plus
chers amis, Harry Peloyan, m'ait comparé à "Judas" pour avoir rendu public le
problème des agressions sexuelles sur enfant au sein de l'organisation des
Témoins, je vais continuer mon engagement, le reste de ma vie, de partager mes
expériences de témoin oculaire privilégié. J'espère que mes paroles aideront les
gens à comprendre les secrets cachés de cette organisation religieuse, une
religion qui a été très adroitement dirigée par son Collège central depuis 1881.
Je fais connaître la vérité de cette manière; afin de pouvoir aider d'autres
personnes sincères de ne pas faire le même choix malheureux qui m'a conduit à
être un témoin oculaire de la malhonnêteté.
Barbara Anderson,
1er
mai 2006
La règle des deux témoins est toujours en vigueur au sein
des congrégations des Témoins de Jéhovah. Aux Etats-Unis dans le cas d'une
accusation d'agression rapportée au collège des anciens, ces derniers désignent
un des leurs pour prendre contact avec le département juridique de
Mais si l'agression est perpétrée dans un Etat où le clergé
n'est pas tenu de dénoncer le cas d'abus, les anciens, selon les instructions
reçues, vont informer les parents ou le mineur victime d'agression sexuelle de
cette situation. Les anciens restent neutres et laissent les parents ou la
victime rapporter l'agression aux autorités.
Les instructions, précises, de
Avant la diffusion de
Dateline
les parents Témoins ne voulaient pas reporter d'agressions par peur de jeter
l'opprobre sur "l'organisation de Jéhovah." Cette attitude n'était pas
exceptionnelle bien au contraire. Par exemple, Bill Bowen a enregistré un avocat
Témoin du quartier général lui déclarant que l'Etat de domicile de Bill
n'exigeant pas le report automatique de cas aux
autorités, Bill se devait de rester neutre et de ne pas encourager, ni
décourager les accusateurs de porter plainte auprès des autorités. De plus le
représentant de
Ainsi un pédophile
Témoin
soi-disant
repenti ayant
confessé
sa faute, ne risque pas d'être démasqué dans un Etat ne
demandant pas de dénonciation automatique, si la famille ou la victime ne porte
pas plainte auprès des autorités.
Les règles de confidentialité sont une garantie
contre toute révélation d'agression au sein de
Sans tenir compte de la décision des parents
de porter ou
non
plainte auprès des autorités, les anciens continuent d'utiliser la règle des
"deux témoins" afin de déterminer s’il convient d'excommunier l'accusé. Si
l'accusé nie les faits et qu'il n'y a pas deux témoins de l'agression (deux
témoins, soit la victime plus un témoin oculaire), il ne sera pas excommunié.
L'excommunication n'est prononcée que lorsque la règle des deux témoins peut
s'appliquer. Cependant,
si "une repentance sincère" est démontrée
l'agresseur ne sera pas excommunié. Dans tous les cas, la victime et les parents
n'ont pas la permission de mettre au courant de l'agression les autres familles
de la congrégation.
Depuis la diffusion de
Dateline
les parents Témoins sont plus enclins de rapporter toutes agressions aux
autorités. Cependant, même si les parents ont rapporté l'agression à la police,
l'accusé arrêté, et sa culpabilité prouvée, l'excommunication ne sera pas
prononcée si la victime ne peut pas présenter aux anciens un témoin de
l'agression. Récemment un agresseur a été libéré après avoir purgé plus de 5 ans
de prison, mais il n'a jamais été excommunié parce que la victime n'a pas pu
satisfaire à la règle des deux témoins. Durant son incarcération et après sa
mise en liberté l'agresseur a été traité comme un innocent, par les anciens
s'entend. La réaction du comité formé d'anciens considérant l'accusé innocent ne
facilita pas la tâche des enquêteurs de la police.
Aux Etats-Unis les agressions sexuelles sur mineur sont
considérées comme un crime. Les parents ne doivent pas se préoccuper de l'action
des anciens et doivent aller dénoncer l'agression aux autorités, car la loi
fédérale des Etats-Unis l'exige, même si la loi d'un Etat ne le demande pas.
Mais il semble que
"
À notre époque aussi, le viol est un crime passible de lourdes peines. La
victime a
parfaitement le droit de signaler l’agression à
Source :
Traduction française : Jean-Pierre Huber
février 2008
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