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MON EXPÉRIENCE CHEZ LES TÉMOINS DE JÉHOVAH |
Avant
les Témoins de Jéhovah ma vie n’était pas
parfaite, j’avais mes déboires comme tout le
monde. Mais ce que je m’apprête, à vous
raconter, je vous assure que ça n’a rien à
voir avec les
problèmes de monsieur et madame tout le
monde.
En 1983 j’avais trente ans, à la suite à d’une
rupture, je ressentais un grand vide, quoi de plus
normal, Alors au prochain passage des Témoins de
Jéhovah j’ai accepté une étude biblique. Une
année plus tard, après avoir renié ma famille
et mes amis j’étais baptisé, j’avais une
fille de quatre ans à l’époque, Maude que je
visitais assidûment une fin de semaine sur deux.
Alors conformément aux directives de l’organisation,
j’ai utilisé mes droits de visites, pour l’intégrer
à ma vie de témoin, c’est-à-dire, études
bibliques adaptées pour enfant, réunions à la
salle du Royaume, et plus tard le porte à porte.
Tout ceci s’est produit sans la bénédiction de
sa mère, en
fait la tension s’est élevée considérablement
entre elle et moi,
à quelques reprises il a fallu recourir
aux services d’un avocat pour régler certaines
questions. Entre autres, j’ai tout fait pour
obtenir la garde de l’enfant, et je l’ai
obtenue, tout ça parce que j’aimais ma fille,
et que je voulais à tout prix, la sortir, des
griffes du « monde ». Cette situation
tendue a persisté jusqu’à ce que Maude ait
atteint l’âge de seize ans. Aujourd’hui, ma
fille a vingt ans et ne manifeste pas un
enthousiasme débordant, pour ce qui est de garder
le contact avec moi. Que voulez-vous que je fasse?
Ce n’est pas parce que je comprends et respecte
ses sentiments que ça ne me fait pas mal, après
tout, qui avait tord dans cette affaire?
Un peu plus d’un an après mon baptême, j’ai épousé Denise, elle avait deux enfants à la maison, suffisamment zélée pour avoir mené une bonne douzaine d’études bibliques à destination, et comme j’avais moi-même un enfant, j’ai pensé que c’était une bonne chose. Mais les enfants ont grandi, et les problèmes aussi. Sa fille, l’aînée, qui servait à plein temps, abandonna son service, et fut quelque temps plus tard exclue parce qu’elle fréquentait un garçon du «monde» Son garçon, le plus vieux, a présenté des troubles de comportement propre à l’adolescence, et il fut lui aussi exclu. C’en était trop pour Denise, quelques mois plus tard, elle amorça une grave dépression nécessitant son hospitalisation. Comme elle présentait des troubles de comportement reliés à sa condition, elle fut aussi exclue pendant qu’elle était toujours en traitement. Dans cette même période, son fils le plus jeune, fut hospitalisé aux soins intensifs pour une hémorragie interne, et c’est dans ces conditions que nous avons été confrontés à la question du sang. Elle, exclue et malade, et moi totalement dépassé par les événements. Le support des anciens où était-il? Dans les cas d’exclusions, aucun support n’est prévu.
Les anciens savaient que
Denise avait fait une tentative de suicide. Un peu
après que les choses se soient tassées, l’un d’eux
m’a affirmé au téléphone, que ça aurait
mieux fait leur affaire, que ça se termine ainsi.
Il me semble que ça aurait dû me secouer
suffisamment pour me réveiller, j’aurais dû
réagir, je ne l’ai pas fait, ça fait partie de
tout ce que je n’arrive pas à m’expliquer.
Rien n’empêche que lorsque je pense à des
choses comme celles là, je ne puis faire
autrement que de m’en vouloir.
Comme tous ces événements avaient passablement
ébranlé mes nerfs, j’ai présenté des
troubles de caractère au travail, alors j’ai
été congédié. Puisque toute
ma famille avait été décimée par l’exclusion,
que je n’avais plus de travail, et que j’avais
renié parents et amis, je n’avais plus rien,
Pour passer au travers je me suis accroché à la
seule chose qui restait, l’organisation,
Quelques temps plus tard, le divorce a
été prononcé. Par la suite j’ai cherché à
oublier, j’ai tenté de m’investir davantage
dans le porte en porte pendant quelques mois, mais
le cœur n’y était pas vraiment, alors je me
suis anéanti dans le travail. J’effectuais de
longues heures la nuit dans l’entretien
commercial, sept jours par semaine, et pendant une
certaine période, je représentais simultanément
«Surf Line» sur la route. J’allais aux
réunions, et de porte en porte quand j’en
trouvais encore la force, et je continuais d’entraîner
ma fille dans l’organisation, pour qu’elle
puisse survivre à la fin imminente du monde, à
par cela je n’avais plus de vie.
J’ai passé environ
deux ans de cette manière, je pleurais dans mon
camion en me rendant au travail, je me sentais
complètement épuisé, déboussolé.
Après avoir vu un médecin quelques fois
à ce sujet, j’ai commencé à voir une
intervenante en psychiatrie externe,
quelques temps plus tard je fus
hospitalisé à l’interne pour une période de
trois mois, c’est-à-dire tout l’été de
1990. Est-ce que c’était
suffisant pour tuer définitivement le témoin en
moi? Pas du tout, je donnais encore le témoignage
sur l’étage de psychiatrie, je vous prie de
croire que ça n’a rien à voir avec le zèle,
si ce n’est pas de la démence, le moins qu’on
puisse en dire, c’est pathétique.
Quoiqu’il en soit, je suis parvenue à débuter
discrètement une étude, avec une jeune femme
présentant un trouble maniaco-dépressif. Comme
je n’approuvais pas le traitement, réservé
aux personnes atteintes de problèmes de
santé mentale dans l’organisation, à ma sortie
de l’hôpital, j’ai fait une affaire
personnelle de la supporter dans ses périodes
difficiles, le temps qu’elle soit suffisamment
stable pour se livrer à une étude régulière.
Je voulais prouver qu’il était possible de
récupérer ce genre de personnes, et éviter que
leurs vies soient ruinées par l’exclusion. La
jeune femme s’est rendue jusqu’au baptême,
mais ça m’a valu d’être appelé sur un
« comité judiciaire », une
réprimande en public, une note à mon dossier et
cela m’a coûté ma réputation. Certains
témoins ont approuvé tacitement ma démarche,
mais dans les faits, j’ai profité de la
faiblesse de cette personne tout comme ont avaient
profité de la mienne, je
l’ai conditionné en utilisant les procédés de
l’organisation, pire encore, je l’ai utilisée
pour satisfaire mes intérêts.
L’ambiance de la congrégation était morbide,
nous avions deux suicides à notre actif,
plusieurs étaient déprimés et prenaient des
médicaments dont moi-même, plusieurs
déménageaient pour changer de congrégation, et
la répression au nom des « hauts standards
de moralité » continuait son train, avec
une exclusion de temps en temps, pour inciter les
autres à bien garder les rangs. Comme je n’y
pouvais rien, je me suis contenté de faire ma
petite affaire. En 1995 je suis retourné aux
études, question de me changer les idées. Je n’étais
plus capable de respirer l’air de la
congrégation, alors j’y allais quand j’en
trouvais le courage, surtout pour Maude car j’en
avais obtenu la garde suite à des procédures
légales. À la fin de la deuxième session,
pendant la période d’examens, les anciens m’ont
laissé savoir qu’ils voulaient me rencontrer, j’avais
raconté l’histoire de Régis qui s’était
suicidé suite à son exclusion à quelqu’un qui
venait de commencer dans la congrégation. Je
savais très bien ce qu’ils avaient contre moi,
j’ai été accusé d’avoir remis en question
leur décision dans l’affaire de Régis ce qui
est une faute passablement grave. Je leur ai
expliqué en quelques mots, qu’il y a une
différence entre énoncer les faits et remettre
en question, c’était suffisant pour m’en
sortir et ils sont repartis bredouilles. Je crois
qu’ils auraient bien aimé me prendre en
défaut.
En effet, je ne valais plus grand chose
pour l’organisation, ni pour personne d’ailleurs,
les événements qui ont précédé, m’avaient
usé les nerfs jusqu’à la corde, mes activités
étaient au plus bas, j’étais devenu agressif
et intolérant avec ma propre fille, je n’étais
plus la même personne j’avais perdu le sens de
la vie. Lorsque Maude était petite, je passais
des heures à jouer avec elle, nous regardions les
nuages ensemble, pour voir s’il y avait des
formes qui nous rappellent quelque chose, je
fabriquais des jouets et cerfs-volants, que nous
allions faire voler ensemble. Bien sûr, je n’étais
pas parfait, mais je savais être son ami. J’avais
beau m’acharner plus rien ne marchait. Mes nerfs
ont flanché pendant les examens de deuxième
session, je n’étais plus en état de continuer
avec les études je me sentais constamment
épuisé. Ce que j’étais devenu n’avait plus
rien à voir avec ce que j’avais déjà été,
pas toujours sage, mais ingénieux, intelligent et
sensible, et même si je ne dépensais pas
toujours mon énergie de la bonne façon, au moins
j’en avais une. Maude est finalement retournée
chez sa mère à la fin de son année scolaire,
depuis on ne se voit presque plus.
Par la suite, je me suis rendu à Ste-Adèle pour
prendre en charge la construction d’une maison
adaptée pour mon frère handicapé par la
sclérose en plaques, c’est d’ailleurs la
seule chose dont je suis fier depuis les 18
dernières années. Dans mon sommeil, je faisais
des cauchemars je me réveillais en criant ou en
frappant dans le mur au coté de mon lit, mon
frère l’a remarqué et m’a demandé si j’avais
fait le Vietnam. Je réalisais bien que quelque
chose n’allait pas, mais de là à comprendre, j’avais
encore du chemin à faire. En effet, malgré tout
ce qui c’était passé, j’avais encore la
conviction, que l’organisation des témoins de
Jéhovah était la seule et unique dépositaire de
la vérité. Vous allez me dire comment est-ce
possible?
C’est simple, la Société Watchtower s’associe
intimement à la Bible qui est une référence
fiable en matière de moralité, elle en fait la
promotion, la distribution et l’enseignement,
sur une échelle internationale. À prime abord,
cette œuvre est éminemment louable et perçue
comme telle. L’essentiel du piège réside dans
cette association. En effet, la Société, la
Bible, et Dieu lui-même, sont tout aussi
amalgamés qu’un seul Dieu en trois personnes,
bien qu’on ne le déclare pas publiquement, l’organisation
découlant de cette Société est un dogme. Par
conséquent, tout enseignements et toutes
autorités qui lui sont déférés, a valeur de
décret divin, et ne supporte aucune critique.
Exemple : l’abstention du sang, une
interprétation de la Bible, propre à la
Société Watchtower a valeur de décret divin, s’y
soustraire entraîne l’exclusion.
Observé de l’extérieur, on verra clairement la
manœuvre, consistant à maintenir l’obéissance
et l’esclavage par la menace et les sanctions.
Vous penserez sans doute, que seul un imbécile
peut tomber dans le panneau. Détrompez-vous, j’ai
« formé » un diplômé d’études
post-doctorales, et la jeune femme dont je vous ai
parlé détenait une maîtrise. À l’intérieur,
après une période d’assimilation, chacun
accepte ces procédés, comme étant l’expression
de la volonté de Dieu, et si nécessaire, se
soumet jusqu’à la mort, en refusant une
transfusion sanguine. Le seul moyen d’en sortir
en récupérant sa liberté d’opinion et d’expression
c’est l’apostasie qui est un état de
disgrâce pire que la mort. Pourquoi Galilée
accusé d’hérésie s’est-il rétracté sur sa
théorie du mouvement de la terre? Parce qu’il a
été menacé voyons. Voilà comment on musèle la
vérité et les consciences et je vous assure que
ceux qui utilisent de tels procédés, n’ont d’intérêt
que pour eux-mêmes.
Pour continuer mon histoire, non je n’étais pas
encore guéri.
Quelque temps après avoir complété la
maison de mon frère je me suis rendu en Colombie
Britannique travailler pour un témoin qui m’a
offert du travail en menuiserie. Par la même
occasion j’ai intégré la congrégation. Après que mon patron eut
découvert que j’étais en mesure de pallier
seul au travail lorsque ça s’avérait
nécessaire, celui-ci a pratiquement arrêté de
travailler. Il profitait de son temps pour se
faire du capital spirituel dans les activités
théocratiques de la congrégation, je lui ai fait
remarquer que c’était non seulement illégal de
me laisser travailler seul dans les échafauds
mais aussi et contre l’enseignement de la Bible,
mais il n’en tenait pas compte. Je m’étais
débarrassé de tous mes meubles avant de partir
et je n’avais plus d’appartement, que faire?
Je suis resté là et j’ai enduré. Comme c’était
plutôt stressant de travailler en hauteur, tout
en sachant que si un accident arrivait personne ne
serait là pour aider, ça grugeait tranquillement
mes nerfs. En effet, je me voyais mal attendre
tranquillement l’ambulance en arrière d’une
maison perdue avec une fracture ouverte au fémur,
une commotion cérébrale ou quoique ce soit d’autre.
Il y avait aussi des principes bibliques
importants en cause concernant la responsabilité
de l’employeur, Comment dire, j’étais juste
plus capable de comprendre que de telles choses
puissent se produirent dans l’organisation de
Dieu. Si j’avais été dans le
« monde » je n’aurais pas pris des
gants blancs pour lui faire comprendre, je l’aurai
possiblement déclaré.
Après un an et demi d’exil, au printemps de
1998, je ne pouvais plus tenir le coup, j’étais
sous médication depuis huit ans pour m’aider à
contrôler mon état, mais ça ne marchait plus.
Alors je suis retourné au Québec avec tout ce
qui me restait, ça tenait dans quelques boîtes.
Mon frère pour qui j’ai construit la maison m’a
ramassé, j’étais en très mauvais état, sans
lui je serais peut-être mort aujourd’hui. A
partir de là j’ai cessé de fréquenter l’organisation
pas tellement parce que je parvenais à rassembler
mes esprits, pour tenir un raisonnement logique,
non, tout simplement parce ce que j’allais y
laisser ma peau. Alors je suis devenu ce qu’on
appelle un inactif, c’est quand même moins
définitif qu’apostat. J’ai continué de
chercher à comprendre,
sans vraiment obtenir de réponses
jusqu'à ce que je tombe sur un manuel de
procédures secret, réservé à l’usage
exclusif des anciens, Alors j’ai compris dans
quelles conditions, Régis, Denise et tous les
autres ont été exclus, et ont vu leurs vies
ruinées, j’ai aussi compris que tout ça n’avait
rien à voir avec la Bible et son enseignement,
qui demeure dans son essence fondamentale et dans
toutes ses applications une leçon d’amour et de
respect.
Maintenant que j’en suis sorti, vous allez
penser que ma vie doit aller mieux. Ce que vais
vous dire va sans doute vous sembler dur, mais c’est
comme cela que je le sens et je suis pas le seul
dans mon cas. Sortir des
Témoins de Jéhovah c’est comme sortir d’un
viol, en sort-on vraiment? L’image peut sembler
forte, elle est au contraire très appropriée, et
même la ressemblance est
frappante. Un futur témoin est
progressivement dépouillé
de son jugement et de ses valeurs, s’il s’agit
d’un converti, il sera aussi dépouillé de sa
famille et de ses amis et ça n’est qu’un
commencement.
Pendant toute sa vie active il sera pris en
otage, lié
à l’organisation par tout un ensemble de
doctrines qui suscitent la crainte :
Harmaguédon, le « monde pourri sous la
tutelle de Satan », l’exclusion, la liste
est longue. Il sera abusé, utilisé, reniera ses
opinions et son droit de les exprimer, il
réprimera sentiments et émotions par crainte d’être
pris en défaut et
battu davantage, et lorsque le viol sera
consommé on l’abandonnera sur le bord de la
route, vidé de lui-même
comme une dépouille ou une épave, ce viol
combien de temps peut-il durer, souvent c’est
toute une vie, dans mon cas 18 ans seulement,
peut-être parce qu’une petite parcelle de ma
conscience, a refusé de se soumettre.
Vous dire ce que j’ai perdu dans cette
organisation, ce serait donner dans le voyeurisme
et je serai sans doute taxé d’apitoiement sur
mon sort, et ça j’en ai pas besoin, alors je
vous dirai seulement que j’y ai perdu plus que
18 années de ma vie. Pendant l’écriture de
cette lettre, je me suis dit qu’il faudrait
bien, que je trouve un moyen de finir sur une note
positive, mais je n’y arrive pas, du moins pas
encore. Alors si vous lisez cette lettre, priez
pour que je trouve la force de faire mentir ceux
qui disent que la vie après les Témoins de
Jéhovah, c’est pire que la mort.
«Un homme avisé en vaut deux.»
Afin
d’éviter que des représailles soient
dirigées, contre des personnes susceptibles d’être
reconnues, les noms ont été changés, et je
donne un nom que je n’utilise pas.
André.
Vos commentaires sont toujours appréciés, n'hésitez pas !