Dans l’enfer des Témoins de Jéhovah

Par Julien Ribic

De Dany Bouchard aux Éditions du Rocher 2001 (env. 15Euros )

Présentation du livre sur la reliure :  

« 1953 Les Témoins de Jéhovah sonnent à la porte du domicile familial. La petite Dany a quatre ans et s’apprête à connaître près de quarante ans de réclusion. Interdiction de jouer comme les autres enfants, de fêter les anniversaires, d’écouter la musique « païenne », de mener la vie d’une adolescente ordinaire. Le moindre écart entraîne des sanctions d’autant plus sévères que son père a des responsabilités au sein de la communauté et veut montrer l’exemple. Punitions violentes et mises en quarantaine répondent aux tentatives de Dany de vivre une vie plus libre. Mariée, il lui faudra encore de nombreuses années à quitter les Témoins de Jéhovah. Et les brimades qu’elle a subies dans son enfance, elle va à son tour les imposer à ses enfants, incapable de rompre avec une communauté en dehors de laquelle elle a  le sentiment de ne pas exister. Les barreaux de la prison que la secte construit petit à petit dans l’esprit de ses disciples sont les plus difficiles à franchir. C’est au terme d’un long combat qu’elle réussira finalement à s’extraire de cette cage, et pas à pas à reconquérir ce qu’elle croyait à jamais perdu : liberté et joie de vivre. »

         Aujourd’hui, Dany ne veut plus se taire. Pour donner la force à d’autres de sortir de l’engrenage, et pour prévenir le plus grand nombre, elle a choisi de livrer son histoire. Au cours de son long combat contre la secte et contre elle-même, elle a rencontré des mains secourables et a su trouver la force de vivre autrement. C’est cette force qu’elle veut transmettre ».

Quelques extraits pour apprécier ce livre :  

Les réunions

Ce chapitre mentionne les femmes et leurs privilèges.

        « Dans une secte une femme n’est pas à sa place si elle pense par elle-même, si elle manifeste de l’intelligence, un certain esprit critique, si elle a une quelconque ambition qui lui permettrait de s’élever dans la société… Femme chrétienne, femme crétine, voilà ce qu’on lui demande… «Soumise à son mari» comme à un chef, de cette citation, on use et on abuse chez les témoins de Jéhovah ...

        Pendant l’école théocratique du mardi soir, une femme n’a pas le droit de s’adresser directement à l’auditoire. Elle doit s’asseoir à une table et s’adresser à une autre personne de son sexe, puisqu’une femme ne doit pas «enseigner» un homme non plus. Les deux femmes n’ont pas le droit de se tourner vers le public, mais faire semblant d’avoir une conversation privée. Des règles strictes, bien que non écrites, régissent la façon dont les sœurs doivent être vêtues…Il est extrêmement mal vu et même périlleux de venir assister à une réunion en pantalon… alors chez les témoins de Jéhovah, on fait la chasse aux pantalons, parce qu’ils choquent la conscience collective de la congrégation…

        Bien entendu, quelques années plus tard, je me suis parfois rendu aux réunions en pantalon…rien que pour voir. Je n’étais pas là depuis cinq minutes qu’un ancien arrivait vers moi pour me tancer sévèrement et me donner mauvaise conscience… j’avais des yeux pour voir que personne, jeune ou âgé, n’était perturbé par ma tenue vestimentaire…

        Un soir, une sœur doit présenter un sujet, elle est absente. Le responsable demande une volontaire… je me propose… Le frère me dit, du pupitre et devant toute l’assistance : «Je regrette, ta tenue n’est pas suffisamment modeste et théocratique pour te permettre de monter sur le podium…»

        Je porte ce soir là, et je m’en souviendrai toujours, un pantalon noir accompagné d’une longue tunique écrue par-dessus… Je suis mortifiée par cette réflexion en public. Mais quelle n’est pas ma surprise lorsqu’une autre sœur… une femme grosse, âgée d’une cinquantaine d’années, les cheveux teints de rouge, affublée d’une minijupe en cuir qui moule disgracieusement son corps à l’abandon et laisse voir des cuisses obscènes… je suis dans une colère noire. Laquelle de nous porte une tenue choquante qui la rend indigne de monter sur le podium et de délivrer le message ? L’affront qu’on m’a fait devient du coup une mesquinerie de plus, une injustice flagrante destinée à briser mon esprit rebelle… mais au lieu de la briser… les anciens la font croître.  »

Le comité judiciaire (page 77).  

« …Mon crime ? Je suis allée au cinéma, en cachette de mes parents, en compagnie d’un garçon ordinaire qui me fait rire… Je ne pense pas aux conséquences… Seulement pour ajouter à ma faute, il n’est pas témoin de Jéhovah… sa sœur vient de se faire baptiser. Mon jeune homme à moi a dix-sept ans. Il porte une veste de cuir noir, ce qui est irrémédiablement antithéocratique ... Je reçois mon premier baiser ».

Elle est convoquée devant le comité judiciaire.

         « J’ai déshonoré Dieu par mon attitude scandaleuse. J’ai jeté l’opprobre sur son peuple tout entier… Me voici devant mes juges. Ils sont trois. Mon père, d’abord juge et partie. Comme il est le Surveillant-Président de la congrégation, il est d’office le responsable de cette justice-là… Les deux autres « frères » qui composent ce Comité sont des hommes béats d’admiration devant mon père, lui qui représente ce qu’ils voudraient être un jour. Comment sauront-ils juger ma faute, moi qui n’ai que quinze ans ? … Celui qui est à ma droite a le plus grand désir de devenir quelqu’un qui compte dans la congrégation.

        … La peur paralyse le corps et l’esprit, … tous mes sens sont en éveil… ils veulent que j’ai honte… je suis juste la souris et eux les chats... Mes larmes coulent toutes seules… J’apprends l’hypocrisie… je m’entends demander pardon, plus d’une heure plus tard… Je me dégoûte pour cela, mais je n’en peux plus, je suis moralement et physiquement épuisée… En écrivant ces lignes, trente-six ans plus tard après cette séance de torture, je pleure et je me méprise toujours, tout comme je méprise tous les adultes du monde capables d’infliger cela à un enfant… Je sens le sadisme jubilatoire de mon père… Je sens la pitié des deux autres « frères », ainsi que leur mépris… »

Sentence :

       « Lors de la prochaine réunion publique, je serai désignée nommément du pupitre comme celle qui a eu une conduite indigne d’une chrétienne, afin de recevoir publiquement, avec la réprimande, la réprobation de la congrégation toute entière. On m’annonce que je vais être tenue à l’écart, mise en quarantaine ».

        Elle raconte ensuite ce dimanche et l’information faite par son père devant 150 personnes. « On m’a donné l’ordre de me lever pour ajouter à mon humiliation…. Je me sens étrangère… Je me demande où est cet amour de Dieu dont on me rebat sans cesse les oreilles, mais que, pour ma part, je n’ai jamais constaté ni dans ma famille ni  à la salle… Je me vois telle que je suis, une jeune fille très ordinaire, dont la seule ambition est d’être comme toutes les autres, vivante, aimée, protégée par sa famille…Mais cela m’est refusé avec cruauté… ».

Elle décrit son retour à la maison et la réaction de son père.

« …il m’a injuriée et m’a criée que j’étais mauvaise… qu’il veillerait à ce que plus jamais personne ne me fréquente… Tout ce qui avait été dit ce matin, serait consigné par écrit, afin de le montrer plus tard… ».

Elle se pose un tas de questions.

« Ai-je raison de trouver ces procédés révoltants, ou bien est-ce que ce sont eux qui ont raison ? Son discours me paraît interminable… »…

« Je ressens encore le rejet de cette communauté, les regards hostiles de ceux qui ne savent rien, la formulation «conduite indigne d’un chrétien» sans  autre précision ouvre la porte de leur imagination…je dois avoir fait une faute très grave pour mériter une telle punition…personne ne sera jamais là pour me tendre une main secourable… »  

Les loisirs

« Chez les témoins de Jéhovah , le mot « loisirs » devient une incongruité, comme une perversion, quelque chose d’un peu obscène. Plus ou moins implicitement, il est enseigné que Dieu n’ayant nullement besoin de loisirs, l’homme créé à son image, aurait beaucoup à gagner à s’en abstenir également. Toutefois, devant l’évidence de l’humaine nature, on se penche souvent dans les hautes sphères des responsables de la secte sur ce sujet trivial, cherchant les meilleures périphrases pour démontrer la vanité de n’importe laquelle des distractions existant sur terre… Ces discours n’ont d’autre but que d’édicter, semaine après semaine, des sortes de règlements dans lesquels rien n’est formellement interdit, mais tout est fortement déconseillé… »  

Elle cite alors les différentes prescriptions et s’étonne des connaissances exactes des orateurs sur les pièges à éviter.  

 « Ils avaient l’alibi de leur discours à préparer et la cuirasse de leur maturité spirituelle pour les protéger. Et puis, n’est-ce pas l’Esprit Saint qui veillait sur eux. Je m’étais cependant vite aperçue que cette sorte d’hypocrisie s’étendait à une grande partie de l’auditoire ».

Elle raconte ensuite comment les petites histoires sur les faiblesses des frères et sœurs circulent à voix basse dans la congrégation… 

« C’est simple, chez les Témoins de Jéhovah., n’importe quelle musique moderne est condamnable…Vraiment, Dieu n’aime plus du tout la musique ! Mais qu’on t-ils fait du Jéhovah de l’Ancien Testament, celui que son peuple charmait au son de la harpe et du tambourin, instruments hautement à la mode à cette époque ? Ils en ont fait un Dieu qui n’apprécie plus que la musique « théocratique », composée dans les studios appartenant aux TJ… Cette musique sirupeuse et mièvre, on ne risque pas de la voir interprétée un jour à la télévision ».

Et la musique classique ? Elle en parle : 

« Il faut prendre garde que cette musique ne s’empare de votre esprit, qu’elle n’emporte vos pensées vers un univers dangereux, suicidaire…On donne l’exemple de tel compositeur ou de tel prodige : n’était-il pas inspiré par les démons, puisqu’il menait une vie licencieuse, ou trop austère au contraire ? C’'est selon … Mozart ou Beethoven ne possédaient-ils pas des personnalités torturées, preuve évidente que leur don ne pouvait provenir d’une source divine ? Et pas question non plus d’écouter de cette musique composée spécialement pour l’Église catholique au cours des siècles, ce serait participer en quelque sorte à la fausse religion. Que des humains aient pu, de si près, atteindrent le divin dans le domaine de la musique  indisposemt les collèges d’anciens qui ont la charge de régir le domaine des loisirs, c'est-à-dire de le réduire au minimum... »

Il faut se garder de cette musique prenante. Elle continue :

« Et surtout n’allez pas croire qu’ils peuvent avoir composé ces œuvres si belles, si pleines d’émotion, pour racheter leurs erreurs quotidiennes, comme une prière…Non, disent-ils, écouter de la musique, s’en imprégner, c’est s’identifier à son auteur, c’est approuver sa conduite implicite. Je cite maintenant une phrase tirée d’un article du 8 juin 1993 : «Presque tous les styles de musique peuvent présenter un caractère avilissant»…E

Évidemment, on ne nomme jamais aucun artiste ni aucun morceau en particulier, mais le lecteur devine facilement de quoi il s’agit …Les périodiques bimensuels, qui avec une régularité remarquable traitent de ce sujet, agrémentent leurs propos très habilement : on y relate quelque fait sordide divers, américain en général, qui met le rapport entre le rock et le suicide d’un jeune, ou le rap et la violence sexuelle…faits divers ramassés sans doute  dans les poubelles des journaux à scandale et dont personne ne viendra contester l’authenticité puisque aucun nom ni aucune source ne sont cités…Les musiques populaires, aucune d’elle ne constitue une «bonne fréquentation»; elles  sont qualifiées tour à tour de langoureuses, violentes, frénétiques, décadentes ; elles incitent forcément celui qui les écoute à l’abus de sexe, de drogue, de violence et le mène vers la folie. A partir de faits isolés, les rédacteurs généralisent sans vergogne : toujours plus d’austérité… ».

Les lectures  

« La Bible, bien sûr, et les publications de la Société constituent l’essentiel des lectures des Témoins de Jéhovah. Entre les réunions et leur préparation, l’obligation de la prédication, la lecture des quatre périodiques édités  chaque mois et autres nouveaux livres, il ne reste  plus beaucoup de temps  pour lire autre chose. On se retrouve encore une fois dans ce domaine comme dans les autres, enfermé dans un ghetto mental, ayant atteint sans en avoir conscience l’objectif précisément recherché par les responsables de la secte… Les conseils concernant les lectures des adeptes sont tout aussi restrictifs que ceux régissant les autres activités »

Pas de journaux ni de magazines

« Quant aux grands écrivains classiques, Zola, Maupassant, Balzac…ce n’était pas de «vrais chrétiens» ».

 La politique  

« C’est un terme répugnant, un mot que l’on prononce seulement pour le discréditer, une parole impie qui exhale le péché, ‘le monde» avec ses pestilences…Et surtout, il ne faut jamais se hasarder à évoquer une opinion personnelle dans ce domaine : elle serait immanquablement rapportée aux anciens par une quelconque voie détournée, et les sanctions seraient immédiates ».

La raison est simple, partis et pouvoir ne peuvent être que l’œuvre du Diable.

« Il ne faudrait pas, entre frères se hasarder à donner son avis sur la guerre du Golfe, la Bosnie, le Rwanda ou la situation en Israël…ce serait prendre parti, ce serait avoir des opinions politiques, ce serait donc être contre Dieu. Toutes ces affaires ne concernent que Lui Seul, et l’homme qui a foi en la « vérité » ne doit même pas y penser. Avec cette belle théorie, on apprend un peu plus chaque jour à devenir complètement indifférent aux misères de l’humanité, puisque, seuls à être à l’abri, on se remet totalement à Dieu pour changer la situation.  C’est ainsi que chez les témoins de Jéhovah, il est déconseillé de s’associer à une œuvre humanitaire, parce qu’elles font également «partie du monde», de ce monde que le Christ a condamné ».  

La nature humaine (p. 163)  

« Au sein de la congrégation, certains incidents plus ou moins fréquents permettent à ceux qui ne sont plus tout à fait aveugles de se rendre compte que l’humaine nature reste toujours ce qu’elle est, même sous le vernis théocratique le mieux affiché ».

        Elle raconte alors l’histoire d’une soeur très âgée et financièrement à l’aise. Un matin, un frère de ses amis se rend chez elle. Surprise, elle est morte. Il ne sait pas bien ce qu’il faut faire, il téléphone à un ancien de cette communauté de témoins.

« Il lui fit alors cette suggestion stupéfiante : «Prends tous les bijoux et tout l’argent que tu peux trouver dans la maison. Tu comprends, sœur X n’a pas d’enfant, et le reste de la famille n’est pas dans la vérité. Tout ce qu’elle possède va tomber entre leurs mains, alors, ne perds pas de temps» ».

        Il ne l’a pas fait, mais mal lui en prit, il fut traité de menteur. Malgré tout ce qui est arrivé, cet ancien occupe toujours la même position aujourd’hui. Elle écrit encore :

« À une autre occasion, l’annonce publique de l’exclusion d’un ancien stupéfia l’auditoire. Il s’agissait en effet d’un membre redouté du Comité judiciaire d’une congrégation voisine, qui jugeait et punissait ses semblables avec une sévérité toute biblique. Comme toujours, son exclusion fut motivée par une «conduite indigne d’un chrétien», mais le téléphone arabe, toujours lui, donna des nouvelles. Ce frère exemplaire entretenait depuis plusieurs années une relation adultère avec une sœur de sa congrégation, mariée elle aussi…»

        Durant la longue période pendant laquelle j’ai partagé l’existence des témoins de Jéhovah, j’ai pu observer un certain nombre de situations aussi bizarres que malsaines, principalement dans le domaine des relations sexuelles….Un témoin de Jéhovah, serviteur ou ancien, marié, même avec deux enfants, ne s’entend pas avec son épouse. Elle est irréprochable, et donc, il ne peut divorcer. Il tombe amoureux d’une autre femme, en général une sœur ce qui est tout de même fort curieux puisque, plus que tout autre, elle doit repousser de telles avances. La relation suit son cours. Le frère s’arrange pour se faire pincer en flagrant délit. Sommé de s’expliquer devant le comité judiciaire, il s’explique et le voilà exclu.

        C’est l’humiliation nécessaire, le prix à payer pendant quelques mois. Comme il n’est plus sous les lois internes de la secte, il règle le divorce qu’il attendait, et il se remarie avec la sœur qu’il s’est choisie et qui partage le fardeau de son humiliation.

        Une fois sa situation clarifiée, les mois passant, le nouveau homme est de nouveau en règle avec les principes moraux des témoins de Jéhovah. Il est marié, et est fidèle à son épouse. Il suffira qu’il fasse preuve de repentir, d’assister assidûment à toutes les réunions sans adresser la parole à quiconque…et au bout de quelques mois, au pire une année ou même deux, le couple est réintégré au sein de la congrégation. Ils sont libres de s’afficher avec leurs anciennes connaissances, et mener une vie libre.

Mais comment l’épouse bafouée, elle, comment peut-elle admettre la «justice divine» d’une telle situation ? 

L’auteur de ce livre a pu personnellement observer des situations de ce genre.  

        La Bible ne commande-t-elle pas «Réjouis-toi avec la femme de ta jeunesse» ? Et les tenants d’une morale aussi sévère ne doivent-ils pas se tenir plus que d’autres à ce que commande la Bible ?

        Les pratiques de ce genre sont le révélateur de cette perfection d’apparence seulement, dont se parent toutes les sectes de ce monde… Les témoins de Jéhovah veulent donner au monde une impression de perfection, d’honnêteté, de fraternité, comme une leçon qu’ils lui jettent à la face. Vu de l’extérieur, ce n’est pas bien difficile, mais vu de l’intérieur pendant trois décennies, ils ne sont pas, en vérité, bien différents de ce monde qu’ils méprisent. Ils connaissent tout simplement mieux l’art subtil de la dissimulation ».  

Ce livre est indiqué sur ce site. Cliquer sur l'image pour plus d'informations.

A lire à tout prix !

 


Vos commentaires et témoignages sont toujours appréciés, n'hésitez pas ! 


 

       


FastCounter by bCentral
Site Meter