Viens Rubis Rose

Par Guylaine

Voici mon témoignage d’ex-témoin de Jéhovah ou d’inactive pour être plus précise 

Départ de l’histoire : 1984 

        J’étais encore jeune femme de 21 ans à l’époque. Je vivais avec un homme de 30 ans que nous appellerons Denis.  Il avait une fille de 3 ans et un garçon de 9 ans. J’avais loué son appartement avec une copine d’école à l’époque.  Nous étions aux études et sur le party… 

        J’étais stagiaire dans une garderie, période où je fis la connaissance d’une éducatrice qui était évangélique chrétienne.  Ce qui nous donnait l’occasion de parler spirituel car depuis peu de temps, j’avais la visite de deux femmes témoins de Jéhovah. 

        Je dirais que depuis ma tendre enfance, j’avais toujours été attirée par Dieu, l’église et les mystères qui entouraient tout cela.  Quand j’avais 7 ou 8 ans, je prenais ma bicyclette et j’allais à l’église de mon village toute seule sans ma famille.  J’allumais des lampions pour Maman lorsqu’elle me le demandait.  Le dimanche de Pâques, à l’aube, j’allais recueillir l’eau de la rivière, l’eau de Pâques et je la rapportais pour guérir les "bobos" ou blessures qui surviendraient dans l’année. 

        Je viens d’une famille québécoise reconstituée, cette famille était très dysfonctionnelle.  Ma mère s’est mariée trois fois, le premier mon père est décédé alors que je n’avais que 2 ans.  Ma mère et mon père eurent un garçon et moi.  Après sa mort, ma mère se remaria avec un homme duquel naquit deux autres enfants, un garçon et une fille.  Un jour, le frère de ce nouveau beau-père vint s’installer chez nous et tout à coup, je changea à nouveau de papa…  Ils eurent deux autres enfants, un garçon et une fille encore une fois.  Bagarre, alcool, violence, police faisaient maintenant partie de mon quotidien, non pas envers moi mais pour ma mère.  Ce qui fait que je vivais énormément dans ma tête et pourtant je puis vous assurer que je suis une femme maintenant, tout ce qu’il y a de plus extravertie !  Je parle fort, je rie fort et m’exprime sans craindre nullement autrui. 

        Mais à cette époque, cela était très différent.  Je vomissais sur le bureau de la maîtresse tellement j’étais gênée de m’exprimer devant la classe et je priais Dieu de me venir en aide dans ce monde si difficile à affronter avec le maigre équipement affectif dont je disposais. 

        Finalement, de mauvaises expériences avec le « mon oncle », le beau-frère et compagnie.  Je fis mes bagages et fuguait, j’avais 11 ans.  Je n’ai pas été violée ni subi d’agression trop grave.  Certes, j’ai montré mes griffes, j’ai hurlé à plus d’une reprise.  Je me suis sauvée régulièrement.  Bref, j’ai développé un très mauvais caractère pour quiconque s’approchait trop de moi jusqu’au jour où je n’eus d’autre choix que de quitter la maison pour ma propre protection. 

        Comme je suis reconnaissante d’avoir été capable de me défendre et ainsi préserver mon intimité de jeune fille.  Je crois que Dieu me donnait alors cette force ou ce petit coup de pouce.  Je ne veux nullement insinuer que tous les enfants qui ont subi l’inceste n’étaient pas écouté par Dieu ou que cela était leur faute.  Non ! je dis simplement merci à la vie pour mon cas !  Mais la vie est aussi une jungle pour une jeune fille de 11 ans, seule le soir dans les rues de Montréal sans aucune expérience de la vie.  Toujours est-il que je me suis retrouvée en centre d’accueil pour  jeune fille délinquante.  Mais encore là seule dans le dortoir le soir, je priais Dieu qu’il m’aide. 

        Pourquoi raconter tout cela ?  Eh bien pour prouver à quel point les témoins de Jéhovah approchent et recrutent des gens qui ont eu des parcours qui les ont rendus fragiles pour ce genre de prédateurs. 

Revenons à 1984 

        Finalement, après les études, ma colocataire changea de région.  Nous nous séparâmes et je décidai d’ouvrir une garderie pour enfants en milieu familial avec mon copain. 

        Les années passèrent et en 1986, l’année internationale de la paix, deux soeurs me contactèrent chez moi et me remirent le livre : "Paix et sécurité !"  Ce fut une révélation qui bouleversa ma vie.  J’avais dit à la soeur que mon conjoint n’appréciait pas leur visite et les livres qu’elles me laissaient.  Donc, je leur demandais de ne plus venir chez moi lorsque le camion serait là puisqu’il indiquerait la présence de mon copain. 

        Mais savez-vous quoi ?  À partir de la semaine suivante, des collègues de Denis décidèrent de voyager ensemble pour amortir les coûts reliés à l’essence et l’usure de leurs véhicules.   Ce qui fait que deux mois passèrent sans que je ne reçoive à nouveau la visite des témoins de Jéhovah et vraiment, voici ce qui se passa. 

        J’avais lu le livre : Paix et sécurité et celui-ci avait éveillé en moi un appel,  j’étais persuadée que les témoins de Jéhovah avaient été envoyés par Dieu en personne pour me le faire connaître.  Mais je sais à présent, chose que j’ignorais de moi à l’époque, que je suis du genre à m’emballer rapidement et à m’enthousiasmer pour les idées nouvelles. 

        Toujours est-il,  j’étais si désespérée que les soeurs ne reviennent pas me voir au point où j’étais décidée à écrire une petite annonce dans le journal local pour que les témoins de Jéhovah me contactent ! 

        La veille de leur visite, je me revois à genoux au bord de mon lit, les bras étendus en croix, faisant la prière la plus sincère et la plus émouvante que je ne fis jamais avec toute la fougue de mes 20 ans.  Je me souvins vaguement avoir dit : "Dieu Jéhovah, si tu existes, envoies-moi tes serviteurs et je te servirai à mon tour ! " 

        Ding ! Dong ! Ding ! Dong !  Le lendemain, 9 h 30 du matin, les deux soeurs étaient de retour!  Coïncidence ….  Dieu ….  Satan  ….  Qui sait !  Je dirais maintenant coïncidence...  Je les accueille en disant : "enfin vous voilà,  je désespérais de vous revoir !"  Nous commençâmes une étude biblique sur le champ.  J’avais neuf enfants à ma charge et beaucoup de boulot mais tout le monde coopéra et je pus recevoir une étude biblique à domicile. 

        Mon conjoint, lui, était moins crédule que moi et il tenta ce qu’il put pour me mettre en garde contre cette secte.  Je le remercie aujourd’hui et je sais qu’il ne ménagea pas ses efforts pour me faire revenir de cette mauvaise décision.  Il jeta mes livres aux poubelles, versa de l’huile sur le tout mais je les retirais le lendemain de la poubelle et je les ai cachés. 

        Mon étude se poursuivit semaine après semaine et Denis fut mis au  courant par les voisins des visites fréquentes que les témoins de Jéhovah me rendaient.  Alors, les menaces commencèrent pour que je cesse de recevoir les témoins de Jéhovah.  Je mis les "soeurs" au courant.  Elles redoublèrent de prudence, laissant la voiture à une rue différente, changeant de manteaux, de coiffure.  C’était une vraie histoire de Sherlock Holmes. 

        De fil en aiguille, les voisins repérèrent quand même les soeurs et les déclarèrent à Denis.  Aussi, prit-il la chose très au sérieux et me prit rendez-vous avec un homme qui enseignait, si ma mémoire est bonne, la théologie à l’université de Montréal, mais dont je tairai le nom. 

        Donc, je me préparais bien à l’aide des soeurs, au genre de questions que j’allais lui poser.  Il me déçut tellement concernant la genèse !  Selon lui, il me dit que cela était des fables, des mythes et des légendes. 

       " Mais non, c’est vrai tout cela, voyons le diable, le serpent, Adam et Ève, Noé, la bible au complet, sont basés sur ces histoires...  "

        Tu crois vraiment cela alors c’est ton choix !  Déjà, il ne s’intéresse plus à moi !  Pourquoi d’ailleurs, avait-il accepté de me rencontrer ?  L’avait-on payé ?  En tout cas, son "job" était fait.  Je le voyais à son attitude.  Je revins à l’assaut en lui parlant d’Alexandre le Grand qui périt et dont la succession se divisa en quatre généraux et ce qu’il y correspondait dans la bible à savoir « La corne brisée et les quatre cornes qui ont poussé à sa place, sont quatre royaumes issus de sa nation mais qui n'auront pas sa force. ». Daniel  8 :22 C’était de l’histoire véritable cela, mais rien n’y fit.  Il nia et me laissa partir. 

        Après Denis prit rendez-vous pour moi avec le curé de la paroisse.  Je me présentais donc avec des questions à l’heure prévue.  Le curé me reçut donc avec une cigarette au bec.  Malheur à lui, je lui mentionne d’entrée qu’il polluait son corps et que sans doute, le Christ ne fumait pas !  Pauvre curé !  Je n’étais pas très diplomate.  Il faut dire que moi j’étais entrée en guerre et que j’avais des opinions !  Je continuais à travers différentes questions à l’affronter sans aucune réponse satisfaisante de sa part.  Ce dont je me souviens, c’est qu’il me dit qu’il était vieux, fatigué...  Qu’il avait mal aux yeux pour trouver les versets bibliques que je lui demandais et que finalement, il était tard ! 

        Je compris, me levais avec ma bible témoin de Jéhovah, mes questions et repartis plus convaincue que jamais que j’avais trouvé la « vérité ». 

        Comme dernière aide, Denis me fit rencontrer un exclus témoin de Jéhovah.  Celui-ci me mit en garde du changement de personnalité que j’allais subir et des traumatismes qui m’attendaient si je persévérais dans cette voie.  Mais nous ne discutâmes pas à mon souvenir, de sujets bibliques. 

        Les "soeurs" revinrent et un matin qu’elles étaient là, Denis le sut.  Le téléphone sonna : "elles sont là, n’est-ce pas ?",  "Oui ! mais ceci est mon choix !", " Non ! Ce choix concerne toi et mes enfants !",  "Alors, ce soir quand j’arriverai, nous verrons quel est ton choix !" et il raccrocha.  Je pris peur, jamais il n’avait été violent mais compte tenu de mon passé et ma fragilité, je décidai sur le champ de déserter le foyer familial… 

        En une heure, je fis mes bagages dans des sacs verts.  Une jeune soeur vint s’occuper des enfants qui étaient à ma charge et voilà encore une fois, la fuite de ma vie fut ma solution du moment. 

        Ma nouvelle vie de témoin de Jéhovah commença. La soeur d’une quarantaine d’années qui m’accueillit, était mariée, avait trois adolescents et une grande maison.  Elle m’installa dans une chambre et elle me prit à sa charge.  Je me mis à lire jour et nuit.  Je suis une vraie boulimique de lecture.  La terre s’était arrêtée de tourner.  Je trouvais même les annuaires passionnants !  Peu à peu, je me conformais à mon nouveau mode de vie.  J’avais coupé tout lien avec mon entourage d’un seul coup.  Denis ne savait même pas où j’étais !  

        Puis, une autre histoire commença.  Je rencontrai un jeune homme qui lui aussi, étudiait avec les témoins de Jéhovah.  Nous nous sommes fréquentés 8 mois et après nous nous mariâmes au grand désespoir de nos familles !  J’avais 22 ans.  Nous sommes restés mariés 5 ans.  Il m’a quitté et il a quitté les témoins de Jéhovah aussi car il était homosexuel... 

        Je continuais mon chemin seule, plus déterminée que jamais.  La famille qui m’avait hébergée au début de mon histoire avait pratiquement tout abandonner.  Trois exclusions et un suicide, une bien triste histoire !  Je n’allais pas me décourager.  Je déménageais dans ma première congrégation d’origine et devint pionnier auxiliaire (je servais dans le porte à porte, 60 heures par mois à vendre des publications et à étudier la bible).  Avec mon travail dans un service de garde en milieu scolaire, mes semaines étaient bien remplies. 

        Les années ont passé... 27... 28... 29... 30 ans...  Je priais fermement Jéhovah de me garder intègre.  Je ne voulais pas l’abandonner mais il y avait de beaux jeunes hommes, des collègues de travail qui me courtisaient mais je résistais et redoublais mes efforts dans la prédication. 

        Ce fut une période, somme toute agréable.  J’habitais avec deux soeurs.  Nous avons voyagé, joué au tennis, tenu des virées de magasinage démentes et nous fréquentions un groupe où il y avait des frères et soeurs célibataires tout à fait charmants. 

        J’étais tellement étourdie par les constructions de salles, mon service, les démonstrations, les études bibliques que je dirigeais jusqu’à 7 parfois simultanément, que je n’avais pas le temps de penser à ce que la "Société" nous enseignait mais je commençais à avoir des doutes et toutes ces années, je commença à cacher sur mon milieu de travail, ma différence.  Je ne parlais jamais que j’étais témoin de Jéhovah. 

        Lorsque Noël et mon anniversaire (je suis née le 20 décembre) s’approchaient, j’étais prise de migraines et je me sentais tellement coupable d’avoir honte de Jéhovah lorsque je lisais le verset qui dit « qui prendra honte de moi devant les hommes et me reniera, je le renierai » ou quelque chose comme cela.  Je me sentais « cheap » pourtant, je restais fidèle et je ne menais pas une double vie. 

1995 

        Je me mariais à nouveau à un frère et changeai de région.  Je fus sérieusement ébranlée, loin de mes amis et de ma famille, la nouvelle où j’avais atterrie, avait des clans et des clics de longue date.  Tous étaient parents ou se connaissaient depuis toujours.  Mais j’étais si heureuse d’avoir trouvé un bon frère d’ailleurs, celui-ci est toujours à ce jour mon mari et c’est un homme bon, doux et amoureux.  Mais voilà en 1995, lorsque la société Watchtower annonça sa nouvelle compréhension sur la génération de 1914 qui ne passerait pas et qu’en conséquence, on éloigna la date d’Harmaguédon.  Cela passa comme du beurre dans ma tête.  J’étais amoureuse et toute satisfaite de ma nouvelle vie. 

1997 

        Je commençais à me poser des questions sur cette nouvelle compréhension et je repris pied dans le monde du travail également en ce temps. 

        Je suis responsable en service de garde d'enfants.  Mon travail n’existait pas dans cette région éloignée mais en quelques années, je le développai avec l’aide de collègues et je fus bien occupée pendant quelques années.  Encore une fois, je tus mon appartenance aux témoins de Jéhovah. 

        J’étais toujours mal à l'aise lorsque c’était l’anniversaire de quelqu’un.  J’avais l’air d’une vraie folle.  Je me sauvais pratiquement en courant lorsque mon anniversaire approchait.  J’avais des migraines.  Je priais fort Jéhovah pour qu’il m’aide à demeurer intègre parce que voyez-vous dans mon milieu de travail, l’anniversaire des gens est affiché au babillard du salon du personnel.  Donc, à l’approche du 20 décembre, mon anxiété augmentait.  Le 19, j’attendais au soir que l’édifice soit vide et j’allais enlever et mettre aux poubelles le « Joyeux anniversaire Guylaine » et je prenais congé souvent le lendemain.  Cela dura 8 ans mais cette année, je l’ai laissé là.  Ouf !  Cela a été dur mais le soir du 20, j’arrachais le joyeux anniversaire et le mit aux poubelles …  Mais bon, cela faisait 2 mois que j’avais découvert le site de Michel Leblanc.

        Un monde s’est ouvert lorsque je découvris le passé de la société, les nombreux témoignages qui franchement m’ont aidés chaque jour.  J’ai imprimé des centaines et des centaines de pages que j’ai lues et relues d’anciens témoins de Jéhovah.  La première histoire qui m’a révélé les vraies couleurs de cette société fut celle de Raymond Franz, ancien témoins de Jéhovah membre du collège central, habitant au Béthel pendant 30 ans, qui fit partie de cette famille du Béthel et en fut chassé… après sont venues s’ajouter les histoires de Russell, de la franc-maçonnerie, de l’ésotérisme, le subliminal possible dans les publications ! 

        Tout m’allumait des soirées et des nuits, mes pauses du dîner, du matin, de l’après-midi sur mon lieu de travail.  Tout mon temps disponible était consacré à la lecture de ce que je trouvais sur le site de Michel, sur des livres empruntés à la bibliothèque, sur des comparaisons de versets bibliques à travers différentes parutions.  J’étais bien décidée à en avoir le coeur net. 

        Lorsque j’envoyai mon premier émail, j’ai mentionné SOS (ceci en dit long sur mon état d’esprit à ce moment-là) !  Je ne savais pas même si quelqu’un le recevrait.  Cela peut paraître invraisemblable mais en tant que « bonne soeur pilier de congrégation », bien enseignée par la société, je m’approchais le moins possible de tout ordinateur.  C’était diabolique, les apostats, les démons, le diable même, Satan s’y trouvait et selon la société, beaucoup se laissaient égarer par cet outil.  Bref, à part le logiciel pour mon travail, jamais je n’allumais cet instrument "diabolique" au cas où d’une manière ou d’une autre, il ne me corrompe. 

        Étrange quelquefois les choix que nous faisons.  Si ce matin-là, je n’avais pas tapé sur mon clavier, témoin de Jéhovah, est-ce que j’en serais là présentement ? 

        Il n’a suffit que de quelques secondes et ma vie en a été toute chamboulée par ces découvertes sur le passé de la Watchtower.  Je comparerais cela à lorsque nous avons un diachylon sur une plaie.  Le moins douloureux, c’est de tirer d’un seul coup pour l'enlever.  Cela fait mal sur le coup mais après c’est fait.  Nul besoin de se torturer en tirant sur le diachylon lentement.  Le site de Michel Leblanc est conçu comme cela.  Dès que j’y ai pénétrer, le diachylon s’est arraché d’un coup. 

        Ma foi et ma croyance que j’avais placées dans les témoins de Jéhovah, cette secte, m’est apparue comme fausse immédiatement.  Je savais que je venais de faire fausse route depuis presque 20 ans… 

        Au début, j’avais le vertige, je tremblais physiquement.  J’avais des palpitations et des sueurs froides.  J’étais en déséquilibre mentalement mais avec mon corps aussi.  C’était une sensation étrange, nouvelle et pas agréable du tout.  J’avais le souffle court.  Je ne connais rien en médecine mais je crois que j’ai subi un choc nerveux ! 

        Depuis, cette sensation me quitte peu à peu grâce à la correspondance et au soutien de Michel et des différentes personnes rencontrées sur les forums de discussions « Enfant prodigue » et de « Témoins de Jéhovah ».  Ceux-ci bien que je ne les connaisse pas en personne mais cela seulement virtuellement, m’encourage par la fraîcheur de leurs commentaires et cette liberté de penser et de s’exprimer.  Je n’ai nulle crainte d’être jugée. 

        Je sais maintenant qu’elle est la cloche que les témoins de Jéhovah ont fait sonner en moi pour me sortir de ce long coma.  Cela s’est passé à l’assemblée de circonscription de l’été 2004.  J’entendais une expression nouvelle qui fut celle-ci : « frères et soeurs, il faudra rester fidèles jusqu’à la fin pour hériter du paradis, fidèles jusqu’à la fin du système de choses ou fidèles jusqu’à notre propre fin ».  NOTRE PROPRE FIN !!!

Soit l’équivalent de notre mort ! 

        Cet après-midi-là, je n’entendis plus aucun discours, je méditais sur cette simple phrase et je réalisais qu’il y avait là quelque chose d’anormal. La société Watchtower repoussait encore Harmaguédon sans vraiment nous le dire pour ne pas nous décourager mais par ce nouveau langage, nous apercevions le nouveau tournant que la Watchtower s’apprêtait à faire. 

        Une simple phrase, mais quand cela fait près de 20 ans que nous entendons les mêmes discours, les mêmes phrases, on est sous anesthésie.  C’est pourquoi, lorsque j’entendis cette nouvelle expression, je fus mentalement allumée. 

        Après l’assemblée, j’en parlais autour de moi mais pour tous, il n’y avait rien d’exceptionnel dans cette expression : rester fidèles jusqu’à la fin ou rester fidèles jusqu’à notre propre fin…  Cela allait de soi ? 

Stop !  Stop ! 

Voilà, tout le reste de mes vacances d’été, je fis un bilan personnel : 

Étais-je dans la bonne religion ?

Est-ce que Dieu existait ?

Est-ce que son nom était Jéhovah ?

Est-ce j’aimais ma vie, mon travail, mon mari, ma maison, mes amis ?

Est-ce que finalement, j’aurais des enfants ?

Bref, je remis tout en question à ce qui paraît, c’est la crise de la quarantaine !  De fil en aiguille, c’est sans doute tout cela qui m’amena à taper Témoin de Jéhovah sur mon clavier. 

        Et depuis, j’ai découvert le passé de notre société Watchtower, la vie de débauche de Rutherford, l’ésotérisme et la franc-maçonnerie de Russell, les histoires de service militaire obligatoire et puis après plus obligatoire... ce qui a brisé des vies. La pédophilie, le sang, peut-être les techniques subliminales à travers les publications, la manipulation dont nous avons été victimes, les vies de familles brisées. 

        J’ai été choquée d’apprendre autant sur ces mensonges en si peu de temps !  Depuis, j’ai cessé d’assister aux réunions des témoins de Jéhovah et à la prédication.  J’ai même « boycotté » le mémorial au désespoir de mon mari. 

        Pour l’instant, je suis inactive et je reste dans l’ombre.  Je n’ai pas mis mon entourage qui habite au loin, au courant de mes nouvelles décisions. 

        J’attends, je laisse passer le temps.  Il est certain que la congrégation à laquelle j’appartenais, fait tout son possible pour me récupérer.  Une soeur m’envoie une carte par semaine.  D’habitude, je la déchire sous les yeux de mon mari et je chiale en la mettant aux poubelles.  Mais cette semaine, je ne l’ai pas déchirée.  Je l’ai placée telle quelle dans une autre enveloppe et je l’ai retournée à sa destinataire. 

        Il y a aussi des "soeurs" qui me harcèlent sur mon lieu de travail mais quand même de moins en moins.  Je reçois des cartes, des fleurs, des cadeaux et j’envoie le tout valser aux poubelles.  Où était tout ce monde depuis dix ans ?  Quand tout allait pour le mieux en apparence ! 

        J’ai quand même eu des bonheurs au cours de toutes ces années.  J’ai côtoyé des frères et des soeurs avec lesquels nous nous sommes faits des bonnes bouffes.  Nous avons ri en masse lors de soirées ou d’après-midis consacrés aux jeux de société.  J’ai dansé dans des party de mariages, partagé de belles soirées, des vacances mais malgré tout, j’ai été surprise à plus d’une fois par le "mémérage", le commérage, le manque d’amour, de pardon et la méchanceté de certaines... 

        Jamais plus, je ne veux laisser des hommes, « des anciens » venir me dire quoi faire sur le choix de mes vêtements, coiffure, films, livres, musique, qui fréquenter, qui ne pas fréquenter. Bye ! Bye !  See you later !  Au revoir !  Adios amigos !  Hasta Maniana !  Arrivederci !  Gérer vos vies ensemble. Ingérez-vous dans la vie d’autrui tout seuls bande d’hypocrites ! 

        Je prends de longues marches seule, je prie seule, je parle toute seule parce qu’il n’y a plus personne autour de moi... mais je suis libre, libre en paix, en sainte paix !  Débarrassée du porte à porte, des réunions une après l’autre, de la course folle dans laquelle j’étais engagée depuis 20 ans.  Je ne sais pas de quoi sera fait demain mais savez-vous quoi ?  J’ai 41 ans.  Longtemps, je me suis fait juger et même dire que de mettre des enfants au monde dans ce système, ce n’était pas le temps et je les ai crû ! 

        Mais jeudi dernier, j’ai subi une toute petite intervention que j’avais remise à plus tard depuis dix ans.  Cette intervention avait pour but de remettre ma machine à bébé en ordre si possible parce que jusque là, j’étais stérile. 

        Mon chirurgien m’avait dit que dès que je réveillerais de l’opération, il serai en mesure de me dire si mes trompes étaient o.k.  Si il avait réussi à les débloquer et si j’avais des chances de grossesse future. 

        Lorsque dans la salle de réveil, j’ai entendu mon docteur dire : « tout a bien été.  Vous êtes o.k.  Les trompes sont débloquées. »  J’étais dans un état semi-comateux.  J’étais incapable d’ouvrir les yeux parce que l’anesthésie faisait encore son effet mais la joie qui m’a envahie alors, mon coeur gonflait de reconnaissance, de joie, d’amour, je disais merci ! merci ! merci !  Je sais maintenant oui je sais et j’en suis certaine, j’aurai des enfants car voilà mon nouveau projet de vie et pied de nez à cette horrible société ! 

Vive la liberté de penser !  Vive l’amour et je l’espère la vie de famille !  

Guylaine. 


Je joins un poème que j’ai écrit il y a trois ans alors que j’ais crû être enceinte :  

Rubis Rose, comme un parfum ton nom s’impose.

Comme une pierre précieuse, ta venue, ta découverte me rends heureuse.

Es-tu là mon trésor, caché dans ce ventre au plus profond de moi ? 

Viendras-tu enfin sur cette jeunesse en déclin ?

Je t’attend, je te veux, viens mon ange, mon coeur, ma poupée.

Je veux te découvrir d’amour, de savoir, de vie.

Viens ma fleur, viens ma pierre précieuse, viens Rubis Rose.

Rubis Rose était le nom de mon arrière-grand-mère.


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