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Éloge à Julia Nyssens au travers de notre histoire |
Nous remercions pour cet éloge :
Michèle,
BASTIN, Vice-Présidente A.V.C.S.
et Jean-Marie BASTIN, Président A.V.C.S.
Le 9 novembre 1996 J’ai eu mon déclic suite à un dossier sur la pédophilie dans le VIF L’EXPRESS. Il faut dire que depuis quelques semaines je me remettais en question car les Témoins de Jéhovah, auxquels j’avais donné 23 ans de ma vie, m’avaient demandé d’abandonner mon métier de reporter photographe aux fins de pouvoir être reconnue comme pionnier pendant un mois (60h. de prédication que je voulais depuis toujours offrir à Jéhovah le dieu auquel je me sentais redevable et que j’avais envie de remercier en offrant plus de mon temps malgré une santé précaire). Les témoins de Jéhovah affirmaient qu’en fixant le bonheur de jeunes époux catholiques, je fixais également et perpétuais ainsi le faux culte ! Mon mari adepte également, sachant que ce métier m’avait sorti d’une dépression grave, leur avait laissé entendre que si je leur obéissais, je jetais mon médicament : « la photo » à la poubelle. A quoi mes « frères » m’avaient laissé entendre que mon cher mari n’aurait dès lors pas d’avancement dans la congrégation. Belle manipulation ! En femme soumise je n’avais pas obtempéré ! J’ai fait dans le secret mes 60 heures. Considérée comme « faible ou contagieuse » par mes frères et sœurs, beaucoup ne me saluaient plus et m’évitaient. C’est ainsi que je perdais le goût des réunions et ne fréquentais plus beaucoup ma congrégation. Nous n’étions plus invités dans leurs soirées et mes chers amis rejetaient ma compagnie ainsi que celle des miens. Toutefois une amie sincère décida de nous inviter pour ses dix ans de mariage. Parmi les convives il y avait deux anciens et lors de l’apéritif l’un d’eux posa la question fatidique : « avez vous vu dans le VIF L’EXPRES ? » L’autre avait mis le doigt sur la bouche et avait redirigé la conversation. Nous étions tous imprégné de l’affaire DUTROU. Comme j’avais pris du recul, l’esprit critique réactivé par ma remise en question, contrairement aux autres invités, cette question avait éveillé ma curiosité.
Le lendemain dès mon
réveil je suis allée à la librairie.
Quelle ne fut pas ma surprise de lire
sous-titré en rouge : Un témoin de
Jéhovah. Un certain frère Raymond avait abusé d’une
petite fille de 9 ans, fille de
témoin de Jéhovah.
Elle en avait parlé à sa maman, qui
elle-même en avait parlé aux anciens. Et le
tribunal interne (Comité Judiciaire) avait
décrété que la petite devait pardonner à son
agresseur et ce dernier avait juré ne plus
recommencer !!! Vingt ans s’étaient
écoulés, la
petite devenue femme avait enfin pu témoigner
grâce au téléphone vert que le juge instruisant
l’affaire DUTROU avait mis à la disposition du
public afin de remonter d’éventuelles
filières. Cette
lecture déclencha chez moi une avalanche de
questions. On
nous demandait d’être tellement
irréprochables, presque parfaits !!! Qu’aurais-je
fait, moi, maman dans ce cas ?
Et cette petite fille comment pouvait-elle
vivre sa vie de femme ? Et la maman comment
pouvait-elle vivre avec un tel poids sur le coeur ?
– il est vrai qu’on ne va pas en justice
frère contre frère !!! .
Poursuivant ma lecture j’apprenais que ce
fameux frère avait été pris sortant de chez un
photographe des photos d’enfants compromettantes
entre les mains, qu’après perquisition la
police avait emmené de très nombreuses K7
pédophiles … Je me demandais combien d’enfants
étaient encore passés entre ses mains … J’étais
révoltée, c’en était trop, je ne voulais plus
jamais appartenir à cette organisation qui se
vante de venir de Dieu
Quelques semaines plus tard la providence me fit rencontrer Madame Julia NYSSENS-DUSSART, fondatrice de l’ADIF (association de la défense de l’individu et de la famille) qui donnait une conférence sur les sectes dans notre petite ville. La salle était pleine à craquer. Un de nos voisins m’a demandé à voix bien haute si je venais représenter les témoins de Jéhovah et du tact au tact je lui répondais que je n’étais plus témoin de Jéhovah. Ouf, ce fut ma première prise de position publique. Les personnes qui m’entouraient sont venues me poser des questions et me féliciter. Voyant mon désarroi, Madame NYSSENS est alors venue vers moi et gentiment m’a invitée à m’asseoir au premier rang et m’autorisa à enregistrer tout ce qui allait être dit. Cette petite femme débitait son expérience, son combat, toujours appuyée des textes de loi, respectueuse, « Face aux ravages des sectes, elle avait décidé d’en faire un combat personnel en portant sur les fonds baptismaux en 1976 l’ADIF. Il n’est nullement exagéré de rappeler que c’est à elle que l’on doit la mobilisation générale antisectaire qui a débouché en 1997 sur la commission d’enquête parlementaire belge. Et ce ne fut pas un hasard non plus si son audition, fin mars de cette année-là fut un des temps les plus forts de tous les travaux parlementaires » La libre Belgique – samedi 2 et dimanche 3 octobre 2004. A la fin de la conférence je me permettais de l’aborder. Elle me reçu aimablement et me demandait de lui envoyer ma lettre de démission aux témoins de Jéhovah. Dans les jours qui suivirent je la rencontrai chez elle à TERVUREN avec mon mari et ma fille Aurore. Elle nous accorda un grand réconfort, nous permit de parler de notre peine d’avoir laissé au sein de ce mouvement notre fille aînée, nous promulgua de sages conseils quant à la façon de nous comporter vis-à-vis d’elle afin de ne pas couper le fil d’Ariane qui nous reliait à elle.
Nous restions en contact par téléphone et elle ne cessait de nous écouter, de nous aider à déposer nos lourdes chaînes …
Un matin alors que j’écoutais les informations à la radio, quelle ne fut pas m’a surprise d’entendre que le rapport des sectes était terminé. Je lui téléphonai et elle me demanda si je voulais témoigner. C’est ainsi que je témoignai pour la première fois au Journal Télévisé Belge.. Vous ne pouvez imaginer l’impact. Aux côtés de ma fille cadette j’affirmais avoir appartenu 23 ans aux Témoins de Jéhovah, que s’il y avait eu à cette époque plus de renseignements peut-être ne me serais-je pas laissée prendre par leur boniments. Ce fut là le coup d’envoi d’une série de témoignages médiatiques – une trentaine à ce jour via la presse écrite, radio et télévisée.
Début avril 1998, notre fille nous a quittés en
claquant la porte.
Je criais comme une bête blessée sachant
que les témoins de Jéhovah avaient rapporté à
mon enfant, à leur façon, notre prise de
position. Je ne la reverrais sans doute
plus ! C’est
encore à Julia que nous avons ce dimanche soir à
21.00h déposé
notre chagrin, notre désarroi. Elle a écouté,
consolé comme elle pouvait et laissé un message
d’espérance. « Qui sait peut être
reviendra elle un jour lorsque les coquilles lui
tomberont des yeux et qu’elle aura besoin de
vous. Maintenant
il faut penser à vous reconstruire.
Je ne vous abandonnerai pas ! »
MERCI JULIA !
Elle nous a mis alors en contact avec d’autres victimes et l’idée nous est venue de créer notre association. Ce qui fut fait le 14 mars 1999, avec Julia comme administrateur. Mon mari (clerc de Notaire) comme président, Monsieur Siggy DAVREUX assistant social comme vice-président (de l’Observatoire des Sectes à Louvain-la-Neuve) Monsieur Jean-Claude MAES (psychothérapeute et spécialiste en matière de comportements sectaires au CCPFM), Les époux Jacques LUC et Monsieur Patrick KAYE ces trois derniers victimes et co-victimes des Témoins de Jéhovah, et moi-même ayant fonction de secrétaire. A.V.C.S. (Aide aux Victimes des Comportements Sectaires) était née avec la visite à la signature des statuts de notre association de Monsieur le Ministre Antoine DUQUESNE – à cette époque Ministre de l’Intérieur en Belgique, qui avait participé à l’élaboration du rapport de la Commission.
Chaque fois qu’il était question des lois Julia nous conseillait tous, sa formation d’Avocate nous était nécessaire. Elle avait été attachée aux barreaux de Bruxelles et d’Elisabethville (Lubumbashi). En sa présence nous avons organisé tous ensemble le premier colloque d’aide aux victimes à l’U.C.L. (Université Catholique de Louvain) ; il y eu trois. Avec le plus d’interventions médiatiques possible, des orateurs internationaux de premier ordre..
Julia est devenue notre amie, toujours présente à l’écoute des victimes, de bons conseils, me formant pour présenter des conférences dans les écoles, les lieux publiques. Il m’arrivait de rentrer à la maison et d’avoir un message d’amitié sur le répondeur. Elle était là lors de notre mariage à l’église pour nos 25 ans de mariage. Sa santé ne lui permettait pas toujours de se déplacer mais elle ne manquait jamais d’être de coeur avec nous notamment lorsque notre fille cadette s’est mariée et a eu sa petite fille.
Julia nous a quittés le 28 septembre 2004 des suites d’un accident, elle avait 73 ans, mais à tout jamais elle restera un exemple pour nous ainsi que pour toutes les victimes et co-victimes qu’elle a soutenu dans leurs difficultés.
Pour Monsieur Henri de Cordes, président
suppléant du Centre d’information (CIAOSN -
Centre d’information et d’avis sur les
organisations sectaires nuisibles) Julia
NYSSENS se caractérisait par une très grande
ouverture d’esprit.
Mais ce qui ressortait de son engagement
était son très grand souci de respect des lois.
Légaliste, elle n’attaquait jamais les
mouvements sectaires sur le terrain religieux,
trop attachée à la liberté de conscience et à
celle des cultes, mais pas question de permettre
des infractions en leur nom ! »
Une analyse confirmée par le P. Charles DELHEZ le
rédacteur en chef du journal
« Dimanche », qui a beaucoup
travaillé sur les phénomènes sectaires.
« Mme Nyssens avait ce qu’on pourrait
appeler, mais au sens positif de l’expression, l’obsession
des sectes » commente Charles DELHEZ
« Mais jamais elle en fit prévaloir ses
propres convictions ; son action suivait
toujours le mode de l’expertise juridique.
Reste que sa connaissance encyclopédique
des mouvements sectaires lui a permis en même
temps de montrer une réelle passion pour les
hommes d’aujourd’hui, surtout lorsqu’ils se
retrouvaient face à certains périls … »
- article de Christian Laporte de La Libre
Belgique samedi 2 et dimanche 3 octobre 2004.
Merci Julia pour ton combat, pour ton respect, pour ton dévouement, pour ton amour. Tu nous as donné de quoi aider ceux qui veulent se libérer des organisations sectaires, et ceux qui en souffrent car un de leur proche a été « ensecté ».
Vos commentaires et témoignages sont toujours appréciés, n'hésitez pas !