Sans la Watchtower ma mère serait encore en vie !
Par Lionel

     Je veux vous apporter mon témoignage. J'ai vécu ce qu'il y a de pire à l'intérieur de la congrégation des témoins de Jéhovah.

Tout a commencé avant ma naissance en 1986 quand ma mère a reçu la visite de 2 soeurs lui apportant le message des témoins. Peu après ma naissance, elle déménage et pensant avoir perdu contact avec les témoins, a une grande surprise quand les 2 mêmes soeurs repassent à notre nouveau domicile !

Ma mère a donc étudié pendant des années, subissant l'opposition de mon père qui devient de plus en plus réticent à ce qu'elle sorte 3 soirs par semaine pour les réunions.

"Bientôt tu vas coucher là-bas !" disait-il avec ironie.

Ayant trouvé un compromis avec mon père, ma mère a pu continuer ses activités jéhovistes. Elle le laissait s'occuper de son association de football avec ses amis et en contrepartie, il lui laissait faire ses activités.

N'étant pas proche du tout de mon père dès mon enfance, j'ai suivi ma mère dans toutes les activités et ce, malgré les tentatives de mon père pour me prendre avec lui.

À l'age de 4 ans, je commence à étudier le livre "Recueil d'histoires bibliques" avec ma mère. À l'age de 6 ans, je donne mon premier exposé à l'école du ministère théocratique. Au grand étonnement de tous dans la congrégation, je lisais et expliquais mon discours comme un adulte ! Cela était dû à ce que ma mère m'avait appris à lire, écrire, et compter parfaitement dès ma plus petite enfance. J'ai même sauté ma classe de CP et entrais donc directement en CE1 à l'âge de 6 ans.
J'ai donc continué pendant des années à "progresser spirituellement" étant assidu à toutes les réunions, prêchant avec ma mère de temps à autre, donnant des discours, participant beaucoup à la Tour de Garde etc...

Mon entrée au collège à l'âge de 10 ans me fut particulièrement difficile. Je me retrouvais seul, sans ami, le plus jeune, le plus doué dans mes études, avec toute une classe me jalousant et m'insultant 8 heures par jour. Cela allait durer durant 5 ans même après plusieurs changements de classes. Rien y faisait. J'étais détesté de tous. Mon comportement de témoin y était pour beaucoup. Je ne participais pas à leurs discussions sur le sexe, ne sortait jamais en ville avec des amis, ne pratiquait aucune activité en dehors des cours à part mes activités de témoin.

Le seul ami que je me suis fait durant ces 5 années finit par se retourner violemment contre moi quand il m'a proposé de participer avec lui à une séance de magie noire. Lui expliquant que j'étais témoin, je refusais. Il entra alors en grande fureur contre moi et utilisa tout pour me faire du mal, y compris ses pratiques spirites. Ce fut un moment très difficile de ma vie. J'ai vu la mort de près à plusieurs reprises, ma mère veillant sur moi à chaque instant pour me protéger.

Entrant au lycée à l'âge de 14 ans et m'étant sorti de toutes ces épreuves, je réussis enfin à me faire quelques amis dans ma classe mais attention j'avais toujours l'interdiction et surtout le manque de temps pour sortir avec eux. C'était des "gens du monde"  et il fallait éviter de les fréquenter trop souvent et se consacrer aux activités spirituelles.

C'est à ce moment-là que la congrégation se retourna contre moi à ma plus grande surprise. Tout commença lors du changement arbitraire des horaires des réunions par les anciens de ma congrégation à des moments qui ne nous convenaient pas du tout ! Selon ma petite enquête plus des 3/4 de la congrégation n'étaient pas d'accord avec ces nouveaux horaires mais personne ne disait rien de peur de se faire considérer comme des "rebelles" contre l'autorité des anciens. Seule ma mère et moi avons osé dire que cela ne convenait à personne et qu'il fallait modifier cela le plus rapidement. Là, le regard de la congrégation et des anciens sur nous et particulièrement sur moi, le petit toujours sage ne disant jamais rien qui faisait des bons discours à la salle, a changé radicalement. Nous étions désormais considérés comme des rebelles.

Dans ce contexte, il me fut extrêmement difficile de prendre le baptême, les anciens étaient contre moi et malgré tout ce que je faisais dans la congrégation, ma demande fut repoussée. Il fallait faire passer avant moi le jeune dont le surveillant président faisait l'étude. J'entrai alors dans une grande colère et osai dénoncer ce que les anciens et particulièrement le surveillant président m'avaient fait. Ce n'était pas la première fois qu'il m'avait mis des bâtons dans les roues pour me freiner. Déjà, lorsque j'avais voulu devenir proclamateur non baptisé, il m'avait rejeté plusieurs demandes et interdit de participer à des campagnes spéciales de prédication. Maintenant, toute la congrégation était au courant de ses agissements envers moi.

La méthode qu'il a utilisé pour nous faire taire est la menace d'exclusion. Il entreprit de convoquer ma mère devant un comité judiciaire mené par ses collègues anciens et étant de son côté. Il a trouvé 2 faux témoins de ses amis dans la congrégation pour témoigner contre ma mère et prétexter la calomnie contre lui. Ma mère voulant éviter à tout prix l'exclusion a présenté un repentir mais fut quand même restreinte (interdiction de participer aux réunions, de présenter des exposés et des démonstrations etc...). Je fus également puni. On m'a radié de l'école du ministère théocratique pendant 6 mois et on m'ignorait quand je voulais participer aux réunions. Ayant surmonté ces 6 mois de mise à l'écart de la part de la congrégation, je décidais de renouveler ma demande de baptême auprès des anciens et je fus surpris qu'ils l'acceptèrent. Maintenant que l'on était rentré dans le rang, je me suis fait baptiser le 10 mai 2003. Je pris le service de pionnier auxiliaire pendant le mois de vacances scolaires qui a suivi.

À cette époque, ma meilleure amie que je n'avais plus revue depuis des années (elle avait déménagé en Normandie pendant environ 8 ans) est revenue dans ma congrégation. Elle avait beaucoup changé, mais était très séduisante. Je m'épris pour elle. C'était la première fois que je ressentais cela pour quelqu'un. J'avais alors 16 ans. Mais sa réaction fut un désespoir profond pour moi : elle m'a affirmé qu'elle était amoureuse d'un autre frère originaire de Clermont-Ferrand qui était passé dans notre congrégation. Peu de temps après, leurs relations ont coupé court. Ce frère a ensuite été exclu.

Lors de mon baptême, je sentis qu'elle se rapprochait de plus en plus de moi et un mois après, elle est venue me voir après une réunion à l'écart pour me demander en mariage, rien que cela ! On se réservait l'un pour l'autre jusqu'à la fin de nos études et que l'on se marierait ensuite, tel est le pacte que nous avons passé en ce 12 juin 2003.

J'étais bien sûr très heureux mais mon bonheur allait être de courte durée. Lors de l'assemblée de 3 jours en juillet, elle fit connaissance d'un frère d'une congrégation voisine et j'ai tout de suite vu qu'il se passait quelque chose d'anormal. Ce n'était pas qu'un simple ami comme elle me l'avait toujours dit. Résultat : le 30 décembre 2003 elle est venue chez moi m'annoncer qu'elle voulait me quitter et partir avec lui. Ils se sont d'ailleurs mariés le 30 avril 2005. Cette rupture fut un choc pour moi qui a entraîné une dépression nerveuse durant plusieurs mois.

J'ai une nouvelle fois contacté les anciens pour leur demander de sanctionner cette attitude qui était à l'époque condamnée sévèrement par les publications de la WT.

Mais là, au lieu de la condamner, c'est sur moi que la faute a été attribuée : j'étais trop jeune pour penser au mariage, je n'avais pas à rechercher des soeurs etc... À coup de livre " Les jeunes s'intérrogent et de Réveillez vous" à ce sujet, ils m'ont encore plus démoli. Quant à elle, son père étant ancien, elle ne fut même pas réprimandée. Scandalisés par ce qui venait de se produire, ma mère et moi avons entamé une dénonciation ouverte auprès de la congrégation. Plusieurs fois lors d'exposés à la salle, je dénonçais publiquement sur une base biblique le favoritisme et l'hypocrisie manifestée par tous. Ce qui ne plut pas du tout aux anciens bien entendu : répliques lors du sujet "besoins de la congrégation" suppression de tous mes discours, et menaces d'exclusion une nouvelle fois.

L'année 2004 commençait plutôt mal pour moi mais le pire était encore à venir. Ma mère n'a pas supporté ma dépression et le manque de soutien de la congrégation envers nous. On lui découvrit un cancer de l'utérus. Celui-ci fut mal détecté par les médecins puis mal soigné à cause du refus de ma mère de recevoir une transfusion sanguine. Elle décéda le 29 juin 2004 à la clinique.

Ma dépression ne fit qu'empirer : j'ai fait 2 tentatives de suicide durant les mois qui ont suivi. La congrégation qui, au lieu de soutenir un orphelin, m'a délaissé totalement. Ils sont tous partis en vacances comme si de rien n'était. Peu d'entre eux, qui pourtant étaient des amis intimes voulurent venir à l'enterrement car mon père l'avait organisé à l'église. Une cérémonie réunissant les 2 congrégations de ma ville s'est déroulée peu après mais elle fut dénudée d'émotions et vite bouclée.
Le manque d'amour était flagrant : je continuais d'assister aux réunions mais au fond de moi, je n'y croyais plus. Je remettais en cause la doctrine sur les transfusions sanguines puis une à une toutes les doctrines furent mises à mal.

À ce moment, j'ai recherché l'aide de frères et soeurs sur Internet et j'ai rencontré une fille qui voulait en savoir plus sur les témoins. Je lui ai expliqué tout ce que j'avais vécu ainsi que les doctrines enseignées par les témoins. Nous avons discuté 4 mois sur internet avant de décider de nous rencontrer. Habitant sur la Côte d'Azur et moi le nord de la France, ce fut difficile. L'invitation de ses parents pour les fêtes de Noël ne se refusait pas: je fêtais Noël pour la première fois de ma vie ! Nous nous sommes revus en février puis en avril 2005. Nous nous sommes fiancés le 14 juillet 2005.

Bien entendu, je l'ai amenée avec moi aux réunions et me voir en couple avec une "fille du monde" a soulevé un tollé général dans la congrégation. Je fus convoqué par les anciens à de nombreuses reprises et enfin, après m'avoir proposé d'avoir un chaperon quand nous nous voyions, (ce que j'ai refusé bien entendu), ils m'ont exclu en juin 2005. La décision a été annoncée à la salle en mon absence. Ils ont profité de mon départ en vacances pour l'annoncer.

Désormais, je vis avec ma fiancée et suis extrêmement heureux avec elle. Je me suis aperçu que les doctrines des témoins de jéhovah étaient erronées sur toute la ligne. Je n'ai bien sûr plus aucun contact avec la congrégation. Mes anciens amis dans la congrégation ayant l'interdiction de m'adresser la parole, m'évitent quand je les croise dans la rue. Ma tante, également témoin de jéhovah ne m'a plus adressé non plus la parole depuis mon exclusion. Je suis seul. Je n'ai plus aucun ami, ni famille ni contact avec le monde extérieur. Je dois être suivi par un centre médico-psychologique.

Autrement dit, je suis détruit de A à Z. J'ai vécu toutes ces épreuves pour rien.

Je ressens de la haine contre la Watchtower car sans elle, ma mère serait encore en vie et j'aurais eu une enfance normale, une adolescence normale et je serais entré d'une bien meilleure façon dans ma vie d'adulte. Je vais avoir 20 ans mais je n'arrive plus à vivre. Je comprends bien les ex-témoins qui ont mis fin à leurs jours suite à leur exclusion.

Je veux mettre ce témoignage pour me soulager de ce passé difficile à porter et montrer les dégâts que peuvent faire les témoins de jéhovah. 


Vos commentaires et témoignages sont toujours appréciés, n'hésitez pas ! 

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