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DELIT D’ESPERANCE |
( En référence à une émission radiodiffusée sur France Culture en avril 97 « Carrefour des Religions »- Questions d’un journaliste à un représentant des Témoins de Jéhovah de France qui lui répond : « mais vous n’allez tout de même pas nous accuser de délit d’espérance ! » )
En
ayant réécouté l’enregistrement récemment,
devant tant d’hypocrisie,
JE M’INSURGE !
« Oui, l’espérance est un délit lorsque son fruit est un espoir mensonger, lorsqu’elle détruit la vie de milliers de personnes, quand pour elle sont bafoués les droits de l’homme les plus élémentaires : Liberté de conscience et d’expression, quand à cause d’elle on ne fait aucun cas de la sensibilité des enfants , quand elle tue le désir de vivre, quand elle débouche sur la mort… »
MON
TÉMOIGNAGE (dans un espoir d’aide et de
partage, comme j’ai moi-même été aidée)
Mon
mari et moi-même nous sommes officiellement
retirés de l’Organisation des Témoins de
Jéhovah il y a seulement quelques jours. Ce
retrait est le point final d’une longue et
douloureuse démarche personnelle vers la liberté
spirituelle, qui a duré bien des années et s’est
faite par étapes. Ce « mauvais
voyage » chez les Témoins de Jéhovah ,
nous l’avons fait d’abord à deux, puis nous y
avons entraîné pour un temps nos deux fils
.
Cependant, je ne dirai ici que mon propre ressenti, ne voulant prendre la parole pour autrui fut-ce mon mari, tout aussi impliqué que moi, ayant parfaitement conscience que toute expérience, bonne ou mauvaise est avant tout intime, que chacun a sa propre sensibilité, et que tout témoignage est subjectif. C’est pourtant en prenant connaissance du vécu chez les Témoins relaté par d’autres qui se sont posé les mêmes questions que nous, enduré les mêmes souffrances , qu’il nous est apparu évident qu’il y avait un point commun à l’origine de notre malaise, qu’il était le fruit d’un système de pensée, de croyances qui nous avait été astucieusement distillé durant de longues années, nous avaient aliénés longtemps avant que nous soyons capables de réagir. Quand je me demande comment cela a été possible, comment ai-je pu accepter, consentir à vivre un tel enfermement qui m’a conduite aux portes de la folie et du suicide, je suis obligée d’effectuer un grand retour en arrière, de m’analyser en profondeur, car j’ai bien conscience aujourd’hui que si j’ai été prise dans ce piège, ce n’était pas par hasard : je me suis laissée séduire , je n’ai pas cherché à résister au piège qui se tendait parce qu’il était terriblement attirant et paraissait si sécurisant que je n’ai pas su tenir compte des mises en garde que m’adressaient ceux qui m’aimaient pourtant, mes amis, mes proches…
Si
j’évoque mon histoire personnelle c’est qu’elle
doit ressembler à celle de bien d’autres et qu’elle
constituait un terreau propice
pour qu’y germent les graines des
Témoins.
J’ai grandi dans une famille très protectrice, mes parents s’inquiétaient d’un rien, mes frères et moi avions souvent l’impression d’étouffer…De plus, nous étions logés dans le lycée dans lequel mon père, enseignant, exerçait. C’était une vie plutôt facile, un monde protégé, à l’écart des réalités quotidiennes. J’étais une enfant très sensible ; je ne supportais pas l’idée que pendant que j’étais dans le bien-être, d’autres de par le monde enduraient de terribles souffrances ; je ne supportais pas non plus que l’on fasse du mal aux animaux…Sans doute parce que j’ai été marquée très tôt par le récit des propres souffrances de ma mère qui, enfant, avait été traumatisée par des atrocités dont elle avait été témoin durant la deuxième guerre mondiale ; et aussi par la douleur de ma grand-mère qui ne s’était jamais remise de la perte d’un jeune enfant alors qu’elle était enceinte de mon père. Mais c’est beaucoup plus tard que j’ai pu faire un lien avec ma façon d’appréhender la vie. Enfant, j’avais tout naturellement trouvé consolation dans l’idée qu’il existait un Dieu capable de tout réparer et je sentais toujours Sa présence à mes cotés. Mes parents, catholiques, ne pratiquaient pas : la religion, chez nous, n’avait pas grande importance. Pour ma part, je ressentais une immense soif de Dieu, d’absolu. Vers l’age de douze ans et jusqu’à quinze ans environ, j’ai fréquenté des religieuses carmélites dont le couvent était situé près de chez moi. J’allais le dimanche aux matines et à vêpres, ce qui laissait mes parents perplexes. J’aimais la paix qui se dégageait des offices , la sérénité et le silence des lieux. Une des religieuses cloîtrées m’a prise en amitié et j’ai eu le privilège de pouvoir la visiter au parloir. C’est avec elle que j’ai eu mes premiers contacts avec la Bible (il n’y avait chez moi d’autre ouvrage religieux que le missel de ma mère), l’évangile de Jean d’abord, qu’elle m’aidait à lire et traduire dans le texte grec original (j’apprenais le grec ancien au collège et l’évangile de Jean est un texte relativement facile à traduire ; il était même parfois utilisé en cours). Cet évangile me touchait beaucoup. Plus tard, elle a essayé de m’initier à l’hébreu, pour que je puisse un jour lire la Parole de Dieu dans son texte original. Sa foi était profonde, mure, apaisante. J’ai toujours gardé précieusement une vieille Bible de Jérusalem qu’elle m’avait offerte et dont les commentaires m’ont été utiles par la suite. J’aimais aussi la foi simple et lumineuse de Thérèse de Lisieux. Vers quinze ans, suite à des lectures de Sartre et Camus, j’ai eu des doutes déchirants sur l’existence de Dieu et le sens de la vie. Je suis devenue nihiliste et désemparée. Cette première crise existentielle n’a pas duré très longtemps : malgré tout j’aimais la vie et j’avais de bons amis. Au lycée, j’ai fait la connaissance d’un groupe de jeunes évangélistes. Nous nous réunissions régulièrement pour discuter de Dieu, de la foi, Bible Segond en mains. Je n’avais aucune idée précise sur Lui, sinon qu’Il était Amour ; c’était du moins ce que je retenais de plus important à Son sujet. « Aimez-vous les uns les autres », ces paroles du Christ, à y réfléchir, me paraissaient révolutionnaires. Je me reposais sur cet amour de Dieu que je ressentais inconditionnel et qui me donnait des ailes. J’avais eu également l’occasion de méditer sur le livre de l’Ecclésiaste et j’en avais conclu qu’il me serait très difficile, voire impossible de vivre sans Dieu.
Un
peu plus tard, vers dix sept ans, j’ai annoncé
à mes parents que j’avais hâte d’avoir
dix-huit ans (la majorité) pour pouvoir m’engager
pour quelques années dans une organisation
humanitaire. Devant ma détermination ils ont pris
très peur, m’ont envoyée chez une psychologue
qui a « diagnostiqué » chez moi une
personnalité fragile (comme cela allait me
poursuivre plus tard !) Presqu’au même
moment, j’ai fait la rencontre de S. qui venait
de quitter Paris pour s’installer à la campagne
avec quelques amis (c’était la fin de l’époque
peace and love) vivre en
« communauté » dans le village ou je
passais toutes mes vacances. Bien que de
caractères très différents, nous avions la
même façon d’envisager la vie, nous aspirions
à plus de justice, à d’autres rapports entre
les hommes. Nous avons attendu impatiemment que j’aie
dix huit ans pour commencer une vie commune, à la
grande déception de mes parents qui ne me
voyaient pas d’avenir : nos relations
pendant quelques années ont été froides et
distantes. Nous nous sommes installés dans une
petite ville du sud-ouest ou je venais de trouver
du travail comme laborantine dans une
fromagerie ; en parallèle, je poursuivais
par correspondance des études de lettres. J’étais
pour la première fois confrontée à la vie
réelle sans y avoir du tout été préparée. Ce
fut un grand bouleversement : j’étais
rejetée de mes parents, il me fallait apprendre
à m’assumer, à vivre en couple, alors qu’affectivement
j’étais tout à fait immature. Tout ce que je
raconte là est un peu long et pas vraiment
intéressant : je l’écris tout de
même parce que c’est dans cet état d’instabilité,
de fragilité que j’ai rencontré les Témoins
pour la première fois. Nous avons tous une
histoire personnelle, des moments ou nous sommes
plus faibles et malheureusement plus réceptifs à
toute parole réconfortante pourvu qu’elle nous
soulage momentanément ; cela nous pousse
parfois à faire des choix de vie qui sont loin d’être
judicieux. Les Témoins, eux , et pourtant de
bonne foi, n’ont pas attendu que je sois plus
solide, moins vulnérable (ils m’ont pourtant
dit plus tard qu’ils en avaient conscience) pour
me presser de me joindre à eux.
Un soir de décembre 78, une jeune femme et un jeune homme ont frappé à notre porte et nous les avons aussitôt invités à entrer sans savoir ce qu’ils voulaient (nous n’avions rien compris à leurs paroles d’introduction) mais nous avions pour principe de recevoir quiconque se présentait chez nous. Ils nous ont dit plus tard avoir été très surpris de cet accueil, y voyant « la main de Jéhovah », car avant de frapper chez nous ils avaient hésité à cause de l’heure tardive. Nous avons vite saisi que nous allions parler de religion, ce qui m’intéressait beaucoup car j’avais envie de partager ce que je ressentais à propos de la foi et j’en avais rarement l’occasion. Moi qui pensais connaître la Bible, je n’ai pu répondre à leur question : « en tant que croyants vous récitez le Notre Père , mais savez-vous ce que signifie « que ton Royaume vienne sur la terre » ? » Évidemment, la réponse : « le Royaume est dans le cœur de l’homme s’il accueille Dieu »n’était pas satisfaisante et paraissait inefficace à résoudre les problèmes dans lesquels était embourbée l’humanité. La « vraie » réponse appelait un développement. Voilà tout simplement comment j’ai fait mes premiers pas vers l’enfer. Nous avons accepté des discutions régulières (études bibliques) S. parce qu’il trouvait les Témoins de Jéhovah sympathiques et que ce qu’il entendait était vraiment nouveau, moi parce que j’avais une grande soif spirituelle. Très vite, nous avons cru que Dieu allait réellement intervenir sur la terre et rétablir un paradis pour tous les opprimés : démontré par les Témoins de Jéhovah à l’aide de la Bible , non seulement cela nous paraissait crédible mais encore évident ! Tout ce que l’on nous disait nous paraissait limpide, logique. Aucune question existentielle ne restait en suspens (du moins au début), ils avaient réponse à tout : le monde, enfin, devenait cohérent et il était confortable de savoir qu’un jour la souffrance, la misère et la mort n’existeraient plus ; je ne me sentais plus coupable de ne pouvoir rien y faire et mon sentiment d’impuissance s’atténuait à l’idée qu’en parlant de Dieu autour de moi j’allais aider plus efficacement que ce que je ne l’avais fait jusqu’ici. Paradoxalement, je ressentais une étrange angoisse, comme si je savais que ma vie était sur le point de changer du tout au tout sans que j’ai pris le temps de le décider vraiment. Mais cette peur n’avait aucun objet concret : après tout, nous ne faisions qu’échanger des idées sur Dieu et la Bible…Bien vite cependant, les TJ nous ont invités à leurs réunions ; nous n’avions aucune envie d’y aller, nos discussions nous suffisaient et nous ne voulions pas nous engager d’avantage. Mais le couple qui étudiait avec nous (un ancien et son épouse) devenait insistant et un dimanche après-midi, pour leur faire plaisir, nous nous sommes rendus à leur Salle du Royaume. Nous n’avons rien retenu de la conférence ni de l’étude du périodique qui a suivi (l’enseignement nous paraissait confus) mais par contre, nous avons été très touchés de l’accueil chaleureux et de l’intérêt sincère que chacun semblait avoir à notre égard : oui, il devait entre possible de vivre une réelle fraternité ! Nous n’allions plus manquer une réunion. Pourtant, nous n’aimions ni le style des publications, ni le ton lourd et empesé de bien des discours, ni les cantiques braillés plus que chantés (dans les premiers temps nous faisions de réels efforts pour ne pas succomber au fou rire) mais les Témoins de Jéhovah étaient tous si gentils ! Nous ne comprenions pas toujours l’enseignement dispensé, nous étions parfois heurtés par certaines explications doctrinales mais pour chacun de ces points que nous avions du mal à accepter les Témoins de Jéhovah nous présentaient un argument imparable, logique ou alors assaisonné de : « faisons confiance en Jéhovah, tout s’éclaircira en son temps ». De toutes façons, nous avions saisi l’essentiel : Dieu allait enfin soulager la misère humaine, cela très prochainement, avec en plus la perspective de ne jamais mourir. Nous avions le désir sincère de nous mettre à Son service. Notre vie avait un sens, un but lumineux ; de plus nous avions trouvé , mieux que des amis, des frères et des sœurs. Sept mois plus tard, lors d’un grand rassemblement d’été, nous prenions le baptême. Je nous revois, S. et moi, sortant de la piscine, très émus, nous donnant un baiser : oui, nous allions avancer ensemble vers une merveilleuse éternité, notre amour avait la perspective de durer toujours, de n’être même pas brisé par la mort ! Nous venions d’officialiser notre union quelques jours auparavant (pour respecter la loi de César et de Dieu sur le mariage) Ce fut l’occasion de ma première contrariété : pour les Témoins de Jéhovah nous vivions dans le péché et au début, le couple avec qui nous étudions nous avait présenté comme un couple marié pour ne pas heurter la sensibilité des frères et ne pas se compromettre à leurs yeux à cause de nous (un Témoins de Jéhovah ne doit pas fréquenter de « pécheurs » surtout s’il est ancien). C’est une des choses que je n’ai toujours pas accepté : comment qualifier de péché notre amour sincère ? (à l’époque, un papier attestant nos sentiments nous semblait inutile, voire scandaleux et notre véritable mariage avait déjà eu lieu sans témoins). De plus, sous la pression et dans l’urgence du baptême nous n’avions même pas pu en choisir la date ( mes parents étant dans l’impossibilité de ce déplacer le jour convenu en ont toujours gardé du ressentiment). Nous avions averti tout le monde que nous désirions une cérémonie très intime avec seulement nos parents proches. Pourtant lorsque nous sommes arrivés à la mairie, les trois quarts de la congrégation (heureusement celle-ci ne comptait que 50 membres) nous y attendait déjà (selon eux pour compenser le discours de mariage auquel nous n’avions pas droit puisque vivant dans le péché). J’ai été très peinée de ce que notre volonté ne soit pas respectée et surtout, j’ai réalisé en une seconde que désormais notre vie n’allait plus nous appartenir. C’est en pleurant que j’ai dit « oui » et j’ai tant pleuré ce jour là que ma belle-mère craignait que je regrette déjà d’avoir épousé son fils…Mais l’espérance était plus forte que tout, nous faisait passer sur tout…Trois jours plus tard, nous étions baptisés.
Peu à peu, nos anciens amis s’étaient éloignés, agacés par nos prêches, notre famille aussi. Mes parents ont du rajouter à leurs ressentiments la honte que je sois devenue Témoin. Nous avions désormais pour seuls amis les membres de la congrégation, et par égard pour eux (mais aussi sous les pressions non formulées) nous avons fini par renoncer à notre personnalité : S. a coupé barbe et cheveux et a revêtu l’uniforme Témoins de Jéhovah : costume-cravate ; quant à moi j’ai cessé toute fantaisie vestimentaire. Nous aimions lire : pour ne pas choquer certains « à la conscience plus faible » et comme l’étude et la lecture d’ouvrages « du monde » étaient très mal vues nous nous sommes séparés d’une bibliothèque entière (c’était pour moi une véritable mutilation ; inutile de préciser que j’ai également arrêté mes cours à la fac : les auteurs au programme étaient loin d’être de « bonnes compagnies »et la matière : droit ou maths, éventuellement, auraient pu passer, mais lettres et philo !!!) ; nous nous sommes aussi débarrassé de toutes nos musiques « sataniques » : disques de rock et chanteurs « engagés »…
Nous avons fini par nous
auto-censurer en toutes choses. Très
vite, nous n’étions plus nous-mêmes, allant
pour ma part jusqu’à renier tout ce qui avait
été ma vie avant de connaître la
« Vérité ». Je crois que je n’étais
pas loin d’être devenue schizophrène !
Mais nous étions persuadés que Dieu
interviendrait bientôt, que « le temps
était écourté » et que finalement, en
regard de la Vie Éternelle et des félicités à
venir « tout était déchet » comme l’écrivait
Paul. Quel que soit le sacrifice auquel nous
consentions, c’était de tout cœur, à cause de
cette magnifique espérance que nous avions pour l’humanité
et pour nous.
En 81, vient au monde notre fils aîné. J’ai ressenti à sa naissance un immense bonheur, une joie intense. Hélas, cet état d’euphorie ne dura que quelques heures : l’accouchement, très douloureux, m’avait laissée épuisée , sans plus aucune force physique et morale, dans un état de grand abattement qui allait perdurer (on parlait peu à l’époque de la classique dépression « post-partum »). Je suis devenue hypersensible, très dépressive. Je réalisais qu’à la Salle du Royaume nous entendions bien plus les termes : « grande tribulation », « châtiment », « destruction », « jour de vengeance de Jéhovah », qu’ « amour », « compassion ». Il m’est apparu que beaucoup marchaient plus par la peur de la destruction finale que motivés par un authentique amour chrétien. Les petits défauts et mesquineries des uns et des autres devenaient plus voyants. D’ailleurs, il était courant de dire « heureusement que Jéhovah nous a caché tout cela au départ, sinon nous ne serions jamais devenus Témoins ». Je prenais conscience que la plupart des frères était comme le reste des hommes, enclins à la bonté mais aussi à l’orgueil, l’égoïsme, la médisance…Mais pour autant ils ne se privaient pas de critiquer le « monde » avec beaucoup de suffisance. Combien de fois ai-je entendu : « les gens du monde me dégoûtent, ils sont tous pourris, on ne peut jamais leur faire confiance… » Autant tous les manquements des frères étaient excusables « nous sommes tous imparfaits », autant le moindre défaut de quelqu’un qui n’était pas Témoin était « monté en épingle ». Cela m’irritait profondément, S. aussi remarquait tout cela mais ne voulait pas s’y arrêter ; il pensait que « j’en rajoutais », que ma fatigue me donnait un mauvais état d’esprit. Plus j’allais à la Salle, plus j’étudiais, plus je m’efforçais d’être régulière en tout ce que nous demandait l’Organisation, moins Dieu me paraissait aimable (digne d’être aimé) et cela me troublait beaucoup. Je n’osais en parler, me sachant déprimée, je n’étais pas certaine d’être objective. Je ne voulais pas non plus décourager S. dans sa foi, ni personne d’autre ; j’avais trop peur d’être une « pierre d’achoppement ». Mais je vivais de grands tourments spirituels : et si Dieu n’était pas bon ? Et si nous nous étions trompés ? Mais je ne pouvais me confier : je savais que si j’allais mal et que je l’avouais aux anciens, ils allaient me questionner ainsi : « as-tu une étude personnelle de la Bible et des publications de la Société ? Prépares-tu bien toutes tes réunions ? Penses-tu prêcher autant que tes possibilités le permettent ? » Oui, je faisais tout cela, malgré mon immense fatigue, et pourtant je ne me sentais pas bénie. Sans doute ma faille spirituelle était mon mauvais état d’esprit. Je n’arrivais plus à accepter certains points de doctrine, qui me paraissaient contraires à l’idée que l’on pouvait se faire d’un Dieu juste et aimant (destruction de tous les non-Témoins y compris les enfants innocents, l’incitation constante de ne plus vivre pour le présent (les temps sont urgents), la soumission aveugle à l’Organisation et celle des femmes (dans notre congrégation nous avons eu un discours public qui faisait ressortir qu’à travail égal il était normal qu’une femme soit moins rétribuée qu’un homme ! Non seulement l’orateur n’a pas été repris mais au contraire, il a été copieusement applaudi !), le repli sur soi ( toujours dans notre petite congrégation rurale : un soir, quelques marginaux sont venu assister à une réunion ; ils faisaient un peu de bruit, des commentaires à haute voix, : devant la réprobation du service d’ordre ils sont finalement partis et le frère qui dirigeait la réunion s’est exclamé : « ouf ! nous sommes tout de même mieux entre nous ! », l’interdiction non formulée de fréquenter des non-témoins, la « discipline » administrée aux jeunes enfants…Il y avait aussi des façons de se comporter, d’établir des règles qui n’avaient plus rien à voir avec la spiritualité mais qui prenaient le pas sur celle-ci. Par exemple, sous prétexte qu’un « vrai chrétien » doit être pur en tout, il y a eu un frère préposé à la surveillance de tous ceux qui allaient aux toilettes : suite à un sondage, il s’était avéré que la moitié de ceux qui en ressortaient ne se lavaient pas les mains. A partir de ce jour-là l’eau n’arrêtait pas de couler ; c’était à mourir de rire ! Chaussures et sacoches étaient inspectées : cirage obligatoire !.Un « oubli » de cravate pour un frère était aussitôt repéré, les sœurs quant à elles, étaient « conseillées » par les femmes d’anciens dépêchées par leur mari (j’ai pour ma part été reprise pour avoir porté une jupe- culotte lors d’une réunion et on faisait régulièrement pression sur moi pour que je coupe mes cheveux que je portais très longs à l’époque, sous prétexte que cela avait un relent « hippie » qui ne convenait pas à une chrétienne ; les frères rencontraient le même problème s’ils portaient la barbe). C’est vrai, tout cela prête à sourire et provient du mauvais travers qu’ont certains à vouloir régenter leur monde. Mais ce qui était consternant, c’est que toute spiritualité était bloquée par ce souci , poussé à l’extrême , de porter « bon témoignage », l’apparence et l’image données à l’extérieur prévalaient largement sur la foi authentique qui elle, appartient à la « personne cachée du cœur ». Autres exemples de pression : si quelqu’un manquait une réunion, la raison lui en était toujours demandée, ce qui fait qu’à moins d’être malade ou d’avoir un drame dans sa famille, chacun ne pouvait faire autrement qu’y assister.
Dernières anecdotes, car je ne tarirais pas, et,
pour être honnête, il faut bien reconnaître que
l’on doit retrouver tout cela dans bien d’autres
groupes (mais qui ne prétendent pas tous être le
seul canal de Dieu sur terre et parler en Son
Nom) : nous étions sans cesse exhortés à
privilégier un mode de vie très simple :
temps et argent devant être consacrés en
priorité à Dieu (je dirais aujourd’hui à la
cause de L’Organisation Watch Tower) et à ne
pas nous attacher aux biens matériels mais j’observais
que pour beaucoup de frères la voiture avait une
grande importance, que la moindre rayure les
rendait de très mauvaise humeur. Un jour, en
prédication, j’ai eu droit de la part d’un
surveillant de circonscription à un discours sur
le respect des biens d’autrui (en public) parce
qu’il estimait que j’avais claqué la
portière de son véhicule un peu trop fort…Je
constatais aussi que d’autres avaient un réel
sens des affaires et du commerce au détriment de
leurs propres frères dans la foi. Également,
les névroses de chacun étaient manifestes
(normal lorsque l’on vit en microcosme) et
certains, parce qu’anciens, ajoutaient un poids
supplémentaire en rajoutant des règles aux
règles. Un était obsédé d’hygiène et
vérifiait que chaque proclamateur soit propre sur
lui, ainsi que ses effets personnels et son
véhicule ; tous étaient terrifiés à la
perspective d’une visite imprévue à
domicile …Un autre, et là c’était plus
grave, décrivait très régulièrement du haut du
pupitre toutes
les tortures infligées aux chrétiens dans
d’autres parties du monde (tous les détails
étaient donnés jusqu’à la description des
instruments de torture depuis l’antiquité !)
dans le but de nous préparer à la grande
tribulation imminente. Quelle
ambiance morbide ! Je me
retrouvais parfois dans un état proche de la
folie! J’avais l’impression de vivre déjà
dans un camp de concentration. J’allais vraiment
très mal. Mais toujours cette belle
espérance : Dieu allait rétablir
prochainement toutes choses.
Plus tard, S. sera nommé serviteur ministériel (première responsabilité notable dans la congrégation), ce qui provoque une première crise dans notre couple. Je me sens complètement trahie :non seulement on ne m’a pas demandé mon avis (il faut savoir que lorsque son mari reçoit un privilège, il est attendu de son épouse qu’elle redouble d’exemplarité, qu’elle soit irréprochable dans toutes les facettes du service, qu’elle soit extrêmement patiente (elle voit finalement très peu son mari totalement absorbé par tout le travail à faire pour la congrégation, surtout dans une petite congrégation manquant d’anciens ; il y avait souvent des conférences à préparer, des visites pastorales avec les anciens et dans ce cas, l’épouse n’est pas censée savoir ou il se trouve ni quand il rentrera enfin à la maison), d’une abnégation totale) ; mais encore il a été exigé de lui de ne pas me tenir au courant tant que l’annonce officielle n’était pas faite à l’ensemble de la congrégation : dans ce cas précis je n’avais pas à être considérée comme son épouse, qui partageait sa vie, ses sentiments, mais comme un élément de la congrégation comme les autres. Au préalable, il avait été convoqué à une réunion spéciale et me doutant de quelque chose, je lui demandais si une nomination lui avait été proposée. Il n’a, dans un premier temps, pas voulu me répondre ! Je crois qu’à cet instant j’ai ressenti autant de douleur que s’il m’avait trompée et peut-être plus encore : j’aurais pu accepter une défaillance charnelle, mais là j’ai su que je ne pourrais pas lutter contre l’Organisation qui allait désormais avoir beaucoup plus de poids sur lui et qu’il allait devoir lui être fidèle avant tout ; une étude de la Tour de Garde mentionnait : « aucun homme ne devrait prétexter d’une charge de famille pour se soustraire à ses obligations dans la congrégation » (cela a un peu changé depuis…) J’ai eu très mal : on me kidnappait mon mari alors que j’avais tant besoin de lui, j’étais à ce moment enceinte de notre deuxième fils. Dans le même temps, je me sentais affreusement coupable car l’attitude normale d’une femme Témoins de Jéhovah devait être de se réjouir des progrès spirituels de son époux et de le féliciter tout en l’assurant de son soutien. Je me sentais mauvaise chrétienne, désapprouvée par Dieu tout en ne parvenant pas à accepter que S. soit happé par l’Organisation que je considérais pourtant , comme tout Témoins de Jéhovah , comme le seul canal de Dieu sur terre. Mais lui-même avait-il le choix ? Un frère qui ne cherche pas à se « qualifier » est considéré comme égoïste, ingrat envers Jéhovah, bref un chrétien de second ordre méprisant la spiritualité.
J’étais très malheureuse, ne parvenant pas à ne pas lui en vouloir : je me sentais abandonnée. S’il m’arrivait de me confier à des sœurs « mures », il m’était répondu que je n’avais rien compris à mon rôle d’épouse, que j’étais trop possessive et que si je continuais à être un frein pour lui, certes il continuerait à me supporter mais je risquais de perdre son amour : « Tu sais bien que les hommes détestent qu’on leur mette des « bâtons dans les roues », qu’ils ne peuvent « ronger leur frein » indéfiniment , qu’ils ont besoin de responsabilités pour s’épanouir, tu vas le rendre bien malheureux et tu auras tout à y perdre…». Pourtant mes réticences étaient fondées : entre le travail profane, les réunions un soir sur deux (une se tenait dans notre foyer, ce qui occasionnait un surplus d’organisation), les préparations de celles-ci, la prédication et les nouvelles taches à accomplir au sein de la congrégation, plus les coups de fil quasi-quotidiens (aux heures des repas le plus souvent) d’anciens qui s’assuraient qu’il mène à bien ce qui lui avait été demandé, il ne nous restait plus beaucoup de temps à nous consacrer. De plus, je percevais qu’il était tiraillé, de moins en moins libre de ses décisions. Dans l’intérêt supérieur de la congrégation, il ne pouvait dire non. Il avait toujours été prêt à donner de lui-même pour les autres, mais par choix ; désormais c’était un dévouement obligatoire , et souvent au détriment des siens. (cela a évolué depuis : il y a eu beaucoup de casse ! la Watchtower estime à présent qu’un père se doit à sa famille d’abord, mais sans trop exagérer non plus…) Mais S. , tout autant que moi, était pris au piège de la culpabilité : de toutes façons, pour l’un comme pour l’autre il n’y avait que deux choix possibles : faire ce que la Société attendait de nous (présenté comme la Volonté Divine), même au-delà de nos forces affectives, physiques, soit aller à notre rythme (porte ouverte à tous les relachements) mais vivre notre temps libre (volé à Dieu !) envahis d’un sentiment de culpabilité et d’indignité difficilement supportables.
Épuisée de tortures morales et spirituelles insolubles, je manque de perdre mon bébé au sixième mois de grossesse. Au terme d’une courte hospitalisation, les médecins m’ordonnent de rester allongée jusqu’à l’accouchement (épisode finalement heureux puisqu’il me permet de me reposer enfin sans me sentir coupable et qu’il oblige aussi S. à ralentir ses activités). Il faut ajouter que nous n’avons pas droit à beaucoup de compassion : il était, dans les années 80, très mal vu de faire des enfants : Harmaguédon était si proche ! toutes nos énergies se devaient d’être consacrées au service de Jéhovah. Les critiques pleuvaient et comme il est si difficile de « tenir sa langue en bride », nous étaient rapportées. Si nous avions eu nos enfants par « accident » c’est que nous étions irresponsables et ne savions pas nous maîtriser, si nous les avions désirés (ce qui était le cas car nous avions l’espérance de construire pour l’éternité et faisions confiance à Dieu pour les épreuves à venir) nous étions très égoïstes et faisions passer le service de Jéhovah à la deuxième place. C’était très difficile à vivre. Heureusement, il y avait autour de nous des frères et sœurs plein d’amour qui nous ont aidé par leurs qualités humaines , leur chaleur. En 85, naît notre deuxième fils : de nouveau grande joie, puis dépression. Plus profonde cette fois. Je « traîne » pendant deux années dans un désespoir absolu, souvent couchée toute la journée, ne me levant que lorsque S. rentre du travail, ne faisant plus grand-chose à la maison, pleurant sans discontinuer (je confirme que c’est possible !) . Mon médecin m’a prescrit des sédatifs mais c’est loin d’être suffisant. Je n’ose dire que ma plus grande souffrance est d’ordre spirituel, tant j’ai peur de discréditer les Témoins et d’empêcher ainsi une personne de venir à la « Vérité ». Dans la congrégation, c’est pareil, si je dis que je ne comprends plus rien à ce Dieu d’amour que l’on me présente comme terriblement exigeant, vengeur, coléreux, injuste…je risque de décourager mes frères et peut-être de les faire chuter. A S. non plus je ne peux dire tout ce que je ressens : il me croit trop sensible et pense que Satan en profite…D’ailleurs, nous nous disputons très souvent : la « Vérité » ne nous rapproche pas, bien au contraire…Mon mari souffre aussi : il est très partagé ; il a des pressions dans la congrégation (toujours faire plus et il a, en tant que chef de famille (on le lui rappelle assez) la responsabilité des siens, l’écrasante responsabilité de les mener au salut et cela dépend en grande partie de sa propre spiritualité (traduire : de ce qu’il fait pour l’Organisation) et, évidemment, il ne supporte pas de me voir tomber aussi bas . Je ne peux rester ainsi : mon médecin m’envoie chez un psychiatre (auquel je ne dis rien de mes véritables tourments : je ne veux absolument pas être une pierre d’achoppement !) qui me prescrit des anti-dépresseurs, à bonne dose cette fois-ci. Je suis plus calme, je ne fais pas de bruit, je ne dérange plus. Vu de l’extérieur, je vais même bien. Mais à l’intérieur, c’est pareil, sinon pire : je ne peux pas m’exprimer : « prouvez-moi que Dieu est bon, prouvez-moi qu’Il est Amour ! » Non seulement personne ne peut me le prouver, mais de plus je suis perçue comme « malade spirituellement » : je suis devenue « irrégulière ». Je ressens une culpabilité immense de ne pas parvenir à adhérer aux enseignements de la Société, j’ai peur qu’à cause de moi mes enfants ne soient pas sauvés ; il me semble que si je n’y étais plus cela laisserait plus de chances aux miens. Je pense de plus en plus à la mort, au suicide ; parfois j’ai tellement peur de passer à l’acte que je reste, malgré le froid, des journées entières sur ma terrasse bien en vue de mes voisins. Cela, je ne peux le dire à personne, même pas à S. : j’ai peur de passer pour folle (d’ailleurs je pense l’être) et qu’on me retire mes enfants : il n’y a que pour eux que je parviens encore à « émerger ». Un jour, en route pour une assemblée à laquelle la seule idée d’assister me terrifie (mais je ne supporte pas mieux la culpabilité de ne pas y aller) j’ai l’impulsion d’ouvrir la portière de la voiture pour me jeter sur la route ; la portière s’ouvre mal, heureusement, mais mes enfants et une sœur qui faisait le trajet avec nous ont tout réalisé : mes sentiments de culpabilité et d’indignité ne font qu’empirer…. S., enfin, devant la situation désastreuse renonce à ses privilèges. Les anciens lui proposent de garder le « titre » mais de faire beaucoup moins, voire rien du tout .Dans un premier temps, il accepte, puis sentant que tant qu’il garderait sa fonction il ne serait pas réellement libéré il remet définitivement ses « privilèges ». S’ensuit une période de flottement : nous sommes tous deux « irréguliers », S. totalement démotivé, moi, terriblement coupable car je me sens responsable et angoissée. Je vais de plus en plus mal. Je n’ai toujours pas de réponse à la question que je ne cesse de me poser : Dieu est-il vraiment un Dieu d’Amour ? Je délire : je me dis que si on souffre autant à le servir c’est qu’Il est en réalité méchant , voire sadique. Les souffrances morales sont atroces et je pense continuellement à la mort. Je suis sur le point de sombrer dans la folie lorsque mon médecin m’indique un psychothérapeute qui, selon lui , pourrait me convenir : en 89 j’entreprends donc une psychothérapie qui va durer plus d’un an et qui me soulage beaucoup. Je vais enfin nettement mieux, humainement je me reconstruis, beaucoup de problèmes de l’enfance remontent à la surface et je comprends mieux mes réactions. Du spirituel, je ne parle pas : je crois, malgré leurs errements, que la Vérité est avec les Témoins et je ne veux toujours pas que mes propos puissent leur faire du tort ou éloigner le praticien. Mais je suis beaucoup plus forte : Tout ce que je ne comprends pas sera éclairé un jour : c’est cela, espérer ! Je deviens pleine de compassion pour autrui : personne n’est volontairement mauvais mais chacun a à vivre avec sa propre histoire et ça n’est pas facile : de là viennent toutes les erreurs de compréhension et de comportement dans l’Organisation. Si Jéhovah les tolère, qui suis-je pour me plaindre ? (j’ai enfin le « bon état d’esprit »). Je suis persuadée que chacun, à sa mesure, peut améliorer les choses de l’intérieur et qu’il ne faut pas hésiter à faire les premiers pas pour manifester plus de bonté, plus d’amour. Je suis en période de grâce : je pardonne à tous (moi-même n’ai-je jamais blessé autrui ?) Je ne veux plus avoir que des rapports d’amitié et d’amour avec mes frères. Je retrouve la « joie du commencement ». Par contre, je ne veux plus renoncer à ma conscience personnelle : puisque la Société se trompe parfois, il n’y a aucune raison que je la suive aveuglément si ses enseignements vont à l’encontre de ma conscience. Je ne peux croire que tous vont périr s’ils ne deviennent pas Témoins de Jéhovah : c’est ce que je dis aux portes : « n’ayez pas d’inquiétude, Dieu connaît les cœurs » La plupart du temps je me contente de dire : « il existe un Dieu d’amour qui n’attend que l’on se rapproche de Lui, si vous avez envie d’en discuter je suis disponible » je ne présente que les périodiques qui me paraissent réconfortants et neutres, je ne demande aucune contribution. Je ne veux absolument forcer personne, simplement proposer, me mettre au service de celui qui le jugera bon. Je sais bien que je n’agis pas en accord avec les recommandations de la Société et je vois bien que ceux qui prêchent à mes cotés sont déroutés (ils essayent de « rattraper »), mais pour moi désormais Dieu et l’image qu’Il attend qu’on donne de Lui passe avant les jugements des hommes.
Nous sommes dans les années 90. En France, les attaques et dénonciations contre les sectes et les Témoins de Jéhovah en particulier, sont de plus en plus fréquentes. Les mots d’ordre dans les congrégations étaient de n’écouter ou de ne lire aucun propos venant d’apostats manipulés par Satan qui cherchait à nous détourner de la « foi véritable ». Pour ma part, j’étais convaincue que Jéhovah enfin nous épurait, nous donnait l’occasion de nous remettre en question, et de cesser de nous comporter en pharisiens car nous étions en train de déshonorer Son Nom. Ce fut malgré tout une période difficile. S. s’était depuis peu installé à son compte (il avait démissionné de son emploi de maquettiste publicitaire à cause de mon état de santé, ne voulant pas me laisser seule à la maison) ; je travaillais avec lui et nous n’avions plus de temps du tout : nous assistions de moins en moins aux réunions. Cela nous permettait de prendre un peu de recul, de rencontrer des personnes différentes mais nous étions très culpabilisés car dans la congrégation, on nous laissait entendre que nous délaissions les choses spirituelles, ce qui nous paraissait injuste : certes, nous étions irréguliers mais nous avions à cœur de manifester les fruits de l’Esprit en toutes circonstances , renonçant à nos propres intérêts dans nos affaires dans le but de nous conduire en véritables chrétiens et « parer en tout » le Nom de Jéhovah, ce qui n’était pas le cas de tous les « piliers de congrégation ». En outre, nous avions des difficultés avec mes parents : nous nous étions rapprochés à la naissance de nos enfants mais encouragés par des associations anti-sectes, ils me laissaient entendre qu’ils avaient un droit de regard sur l’éducation que nous donnions à nos enfants et que si nous dérapions ils étaient prêts à intervenir.. Lorsqu’ils étaient seuls avec nos fils, ils critiquaient nos façons d’agir, notre foi. Ma mère, par exemple leur disait « votre mère est une illuminée, vous vous en rendrez compte plus tard », elle me reprochait ma fragilité d’adolescente ! C’était très dur, je me surveillais sans cesse, ayant peur qu’au moindre faux pas on nous retire nos enfants. Eux aussi étaient très troublés, au point de ne plus vouloir aller chez leurs grand-parents et dans le même temps doutaient de nous. Pourtant nous ne disions jamais de mal de mes parents, expliquant à nos enfants qu’il fallait les comprendre, que mal informés sur les Témoins de Jéhovah ils avaient peur pour nous mais qu’il fallait continuer à les aimer et à les voir. Cette attitude a été salutaire : aujourd’hui nous avons de bonnes relations avec nos parents alors que nous frôlions le désastre . A la maison, je m’efforçais de paraître gaie , légère bien que le cœur n’y soit pas toujours. J’allais souvent seule aux réunions car S. était submergé de travail, ce qui était très mal vu et tout à fait incompris. Nous n’avions pas d’étude familiale, les enfants n’en voulant pas et nous trouvions plus naturel de leur parler de Dieu à n’importe quel moment de la journée. Quand à la Salle nous entendions un discours ou des propos qui semblaient à l’encontre de ce que disait réellement la Parole de Dieu, je ne manquais pas de le souligner : je ne voulais pas que nos enfants aient l’image d’un Dieu façonnée par des hommes imparfaits , qui ne L’honorait pas. Je leur disais souvent : « si un frère dit ceci ou cela et que ça ne vous paraît pas juste, même s’il est ancien, suivez plutôt votre conscience et n’obéissez qu’à Dieu ». A l’age de 16 ans notre fils aîné n’a plus voulu nous accompagner ; nous avons essayé de le « raisonner » mais nous n’avons pas voulu insister, estimant que la foi ne devait en aucun cas être imposée. Cependant, nous souffrions intensément : nous le sentions perdu. Notre douleur était immense, c’était un véritable deuil : nous pensions lui avoir inculqué une foi libre et voilà que non seulement il n’avait pas la foi du tout mais rejetait l’idée de Dieu et de la religion en général affirmant que celle-ci était la cause principale de toutes les horreurs perpétrées dans le monde. Il avait (et a toujours) beaucoup de ressentiments : il avait été très frustré de n’avoir pu vivre normalement dans sa petite enfance, de ne pouvoir faire du sport, de choisir ses camarades, de participer à des anniversaires etc…Son jeune frère, voyant notre désarroi, n’osait nous dire qu’il pensait comme lui, mais il souffrait tout autant . Bien qu’irréguliers, nous avions toujours de fréquents contacts avec la congrégation et les pressions continuaient, non formulées : oui, nous étions bien responsables du choix de mort que faisaient nos enfants et pour espérer les sauver nous nous devions de leur donner le bon exemple : il nous incombait de redevenir actifs sans tarder. Nous ne pouvions même plus prier pour eux : on ne prie pas pour qui se détourne volontairement de la « vérité » ; on prie seulement pour avoir la force de supporter l’épreuve. Et puis reste l’espoir qu’ils changent un jour… S. reçoit des conseils mais qui n’ont plus de poids sur lui : il a « baissé les bras », il a renoncé à sa « spiritualité », ne se sentant plus en mesure de gérer quoi que ce soit. Il s’enfonce dans son travail ; nous prions encore, par pur formalisme, n’osant plus aborder entre nous la moindre question spirituelle. Ma souffrance est intense : je me sens responsable de ce qui nous arrive, en fait je ne sais plus du tout ou j’en suis. Je ne comprends plus rien : je pensais faire au mieux, en accord avec ma conscience devant Dieu et pour Lui et voilà que je perds mes enfants et mon époux. Sans eux , la vie éternelle ne m’intéresse plus, la vie tout court non plus. Et puis, que fait Dieu ? Il me sait sincère, s’Il nous aime qu’Il nous le prouve ! Que ce soit évident ! Je suis en prière du matin au soir, je ne crois plus que la Watchtower soit l’unique vérité : il n’est pas possible que sincères, nous souffrions autant et puis il y a sur terre tant de gens formidables, croyants ou non, aimant réellement leur prochain jusqu’à donner leur vie pour eux parfois….Je sombre à nouveau dans une profonde dépression, nous sommes en 98, je prends des médicaments qui me soulagent et je travaille beaucoup…Certains frères et sœurs sont pleins d’amour à notre égard, ils nous aiment parce qu’ils nous sentent sincères et comme nous ne portons pas de jugements ils se confient à nous et là , nous réalisons que certains souffrent de la même manière que nous de ne plus reconnaître dans le Jéhovah présenté par La Watchtower , un Dieu d’amour. Leur affection nous redonne du courage et de la force. Nous persistons à ne vivre que selon notre conscience, prenant des libertés envers les ordonnances de la Société, et ne nous en sentant plus coupables, persuadés que nous étions un peu « en avance » et que certainement Jéhovah allait la redresser . Par exemple, depuis quelques années nous parrainions une petite fille péruvienne, et ce sont des religieuses qui prennent soin d’elle (imaginez le sacrilège !), nous aidons, selon nos moyens, quelques organisations humanitaires (là encore, il faut savoir ce que cela représente dans le contexte Témoins) et puis, je m’autorise à nouveau la lecture. Cependant, chaque fois que je retourne à la Salle, seule à présent, je suis de nouveau assaillie de sentiments de culpabilité et d’angoisses intolérables dont je ne comprends pas la raison : j’aspire à faire le bien, j’agis mal parfois mais je sais que l’élan de mon cœur aspire au bien, outre la douleur de perdre mes enfants je me sens condamnée tout en ne sachant pas pourquoi. Un soir , ce devait être en 98 , S. et moi avons une importante discussion : nous nous analysons et concluons que si nos enfants se sont détournés de la foi, c’est que nous leur avons accordé trop de liberté !!! Surtout moi qui ai trop voulu les protéger ! Sur quoi, S. s’endort, me laissant dans un sentiment d’injustice, de solitude et de désarroi intolérables. C’est trop dur ! Je ne peux plus vivre ! Je sais qu’il me sera impossible de me lever le lendemain et de reprendre une vie normale. Je ne voie aucune issue, seulement une souffrance au-delà de mes limites. Dieu ? Il n’avait qu’à se manifester plus clairement , ne pas me laisser errer ainsi : je n’avais que de la bonne volonté, Il le savait, pourquoi ne m’a-t-Il pas répondu ? je priais, je suppliais pourtant du matin au soir ! Alors, cette nuit, c’en est trop . J’ai la tête froide, je suis déterminée : je me lève dans l’intention d’en finir une fois pour toutes. Je vais me jeter dans le lac, à cent mètres de la maison ! Au moment ou j’ouvre la porte, j’entends ma belle-mère, en vacances chez nous, se lever et prendre un verre d’eau à la cuisine. Subitement je reprends mes esprits et me sens mieux ; l’idée de mourir me quitte instantanément. Et là, est-ce un miracle ? Je me pose encore la question, j’ai peur de croire aux miracles…Mais le lendemain, au petit déjeuner, ma belle-mère me dit : « Si vous saviez le rêve que j’ai fait cette nuit ! Vous étiez une petite fille et vous étiez tombée dans le lac ; S. était là et je lui disais : ‘mais rattrape-là !’ et il n’y arrivait pas ! Vous étiez en train de vous noyer…Je me suis réveillée à ce moment-là et je me suis levée ». Que penser de cela ? A ce jour je ne sais toujours pas et pourtant j’aimerais dire et croire que Dieu était bien là…Ce que je peux dire en tous cas, c’est que depuis, je n’ai jamais plus été suicidaire et que j’ai ressenti à partir de ce jour-là un sentiment de liberté extraordinaire qui ne m’a plus quittée. Je n’ai plus peur ni de la mort (après s’en être trouvée si proche, que peut-il arriver de plus irrémédiable ? confrontée à l’irréversible, les forces de vie ont rejailli: pourquoi précipiter les choses ?), ni des hommes et j’ai depuis une énergie que je n’avais jamais eu auparavant . J’ai continué à souffrir, à devoir supporter le doute, mais plus avec autant d’intensité. Ce sentiment de liberté, inattendu, immense, m’a bouleversée : j’ai enfin pris la parole ! J’ai d’abord eu le courage d’être enfin honnête avec moi-même, d’accepter toutes les pensées déstabilisantes qui venaient à moi sans chercher à les éluder, j’acceptais enfin de remettre totalement en question toutes mes certitudes, quitte à changer de vie s’il le fallait. Et les questions ne manquaient pas de déferler, mais je ne les fuyais plus. Dans le même temps j’ai aussi appris à dire « non », à poser des limites pour me protéger : je n’ai plus toléré qu’on intervienne dans ma vie sans mon plein consentement, ni qu’on me pousse à aller dans une direction que je n’avais pas choisie. Pour cela j’ai été en grande partie aidée par une sœur, véritable amie depuis toujours (du moins je le croyais) : un jour, je n’ai plus accepté l’influence qu’elle avait sur moi et j’ai osé le lui dire. Notre amitié s’en est trouvée accrue : elle m’incitait à lui ouvrir mon cœur , elle m’offrait son amour sincère et je l’ai accepté : alors que je m’étais beaucoup censurée, je m’y suis complètement abandonnée : je lui faisais part de ce que je ne comprenais pas, elle avait parfois les mêmes doutes que moi, était sur certains points plus critique encore…Sa patience, son amitié, la permission qu’elle m’a donnée de parler librement ont été déterminantes pour moi. Je l’en remercie , bien qu’aujourd’hui elle ne veuille plus entendre parler de moi : j’allais trop loin dans mes questionnements et surtout j’osais dire que l’Organisation ne pouvait plus m’apporter de réponses, que je ne pouvais plus avoir en elle une confiance aveugle. Souvent je lui disais : « je ne veux pas t’ébranler dans ta foi mais je ne peux plus me taire, si ce que je te dis te fais trop mal il vaut mieux que tu ne me fréquentes plus mais moi je ne peux plus me taire… » Mais à chaque fois elle me réaffirmait son amitié, son amour jusqu’à un jour d’avril 2002 ou, après des semaines de silence j’ai reçu d’elle une lettre très froide, quelques lignes pour m’annoncer que désormais j’étais devenue infréquentable. J’étais sidérée de tant de froideur après tant de présence chaleureuse et de mots d’affection : je comprenais que pour se protéger elle ne désire plus avoir de liens avec moi, je l’acceptais tout à fait , mais ce que je ne comprenais pas c’était sa froideur, c’était comme si je n’avais jamais existé à ses yeux et qu’elle me le signifie aussi durement m’a causé une grande peine, mais plus que tout m’a confirmée dans ce que je pensais : il ne peut exister un seul Témoin de Jéhovah ayant une réelle liberté de conscience et d’expression. J’ai réalisé par la suite, que troublée par mes propos, elle avait du prendre conseil auprès d’anciens (son mari, que nous aimions beaucoup aussi, était lui-même ancien, actuellement au service de communication avec la presse et je lance là un appel, désespéré sans doute : J-M, «si tu lis ce témoignage, tu me reconnaîtras et tu te reconnaîtras, tu sais que nous t’aimions et de notre coté c’était sans conditions, tu sais comme nous étions et que seul l’amour nous motivait, pourquoi à présent tant de sécheresse de cœur, pourquoi n’es tu plus celui que nous avons connu : si plein d’amour, si chaleureux, s’il te plait ouvre à nouveau ton cœur !») et que les mots d’ordre étaient d’éviter tout contact avec un personne apostate ou supposée l’être, le péché d’apostasie (le simple fait de douter et de le dire ou de remettre en question l’Organisation ) étant le plus grave de tous, bien plus que le manquement aux préceptes chrétiens, l’absence d’amour et d’humanité. Je fréquentais sans arrière-pensée le rayon théologie de la bibliothèque municipale et j’avais l’impression de redécouvrir le christianisme, j’entendais des propos qui me paraissaient plus justes, plus conformes à l’amour de Dieu .Non pas que j’adhérais à toute parole, loin s’en faut, mais surtout j’ai acquis la conviction qu’il était possible de parler de Dieu librement, sans dogmatisme et avec ouverture d’esprit. Je ne me sentais plus du tout Témoin de Jéhovah, mais chrétienne j’aspirais à l’être réellement bien que n’ayant plus de certitudes. J’ai cependant de nouveau traversé des périodes difficiles, des passages à vide :quel est le sens de la vie ? Pourquoi le mal ? J’en suis arrivée à ne plus vouloir entendre parler de la Bible, tant sa seule évocation était douloureuse ; à rejeter toute idée de Dieu pour Le supplier dans le même temps de me donner un signe…En avril 2000, pour la première fois , je n’assiste pas au Mémorial (Commémoration de la mort de Christ, rassemblement le plus important de l’année pour un Témoin) . Bien que ne me considérant plus comme Témoin , j’avais le sentiment de commettre un péché très grave, voire le « péché contre l’Esprit » si je n’y allais pas . Mais ce soir-là, je me trouvais à l’étranger, dans un pays de l’est dont je ne comprenais pas la langue et dans lequel il m’était impossible de demander l’adresse d’une congrégation (il est vrai que je ne m’étais pas renseignée avant de partir…) : j’étais très angoissée, m’attendant à mourir peut-être ou qu’il arrive quelque chose à mes proches (ils étaient eux, restés en France et comme nous ne nous étions pas concertés sur ce que nous allions faire pour le Mémorial, S. et moi n’arrivant plus à discuter de spiritualité, je ne savais pas du tout ce qu’il avait décidé de faire), l’imprégnation de la WT était encore très importante chez moi bien que ne la reconnaissant plus comme seul canal de Dieu sur terre. Non seulement « le ciel ne nous était pas tombé sur la tête » (S. non plus n’y avait pas assisté), mais l’heure fatidique passée, je me sentais dans le fond, sereine et pas du tout coupable. Le lendemain , dans un jardin public de Budapest, j’ai pique-niqué à coté d’un groupe de Témoins de Jéhovah en journée récréative ! Évidemment j’étais très mal à l’aise, observant parmi eux les mêmes comportements qu’en France : prière collective ostentatoire avant de consommer les sandwiches, jeunesse paraissant s’amuser mais surveillée de près, je crois que j’aurais pu dire sans me tromper qui étaient les anciens…J’avais trop vécu de l’intérieur ces « saines distractions » pour ne pas en ressentir la profonde tristesse : je savais trop ce que ces joies apparentes recelaient d’obligations et de réel enfermement. Je me sentais vraiment différente et libre à présent. Mais les vieux mécanismes ressurgissaient parfois : Un jour, dans un supermarché, j’ai rencontré une ancienne amie, exclue depuis dix-huit ans : ne sachant pas si elle m’avait vue, mon premier réflexe a été de l’éviter. J’ai eu très honte de ce réflexe : je disais ne plus vouloir pratiquer que l’amour et les fruits de l’Esprit et voilà que je faisais comme si elle était transparente ! J’ai couru sur le parking pour essayer de la rattraper mais elle avait déjà démarré. Rentrée à la maison, je recherche son numéro et je lui téléphone (il faut avoir été Témoins de Jéhovah pour évaluer toute la portée de cette démarche). Je lui demande pardon pour mon attitude ; elle est touchée de mon appel, nous discutons et elle me dit toujours croire en la « Vérité » et qu’elle n’a cessé (depuis dix-huit ans !) de se sentir coupable et qu’elle attendait avec angoisse Harmaguédon ! Elle considérait que tout ce qu’elle avait enduré depuis son exclusion était la punition de Jéhovah !
Un an plus tard, nous sommes devenues de véritables amies.
J’ai aussi appris à investir le présent : ça n’était pas évident au départ. Le temps s’était pour moi arrêté lorsque j’avais 18 ans (chez les Témoins de Jéhovah on ne vit jamais au présent : on vit à partir d’un passé (l’histoire du peuple Juif) qui doit nous servir d’exemple, pour être directement propulsé dans l’avenir : un hypothétique monde nouveau. Le présent N’EXISTE PAS ! Propos révélateur que m’a fait il y a deux mois un Témoins de Jéhovah : « La Société ne nous incite pas à vivre pour le présent, elle a raison, on risquerait d’aimer trop la vie et donc ce monde, ce qui nous serait fatal !!! ») A 40 ans, enfin je me réveillais d’un sommeil de plus de vingt ans, non pas peuplé de doux rêves, mais de cauchemars ! et le pire c’est que j’ai conscience maintenant que si j’avais eu plus de courage, j’aurais pu me libérer il y a 14 ans ! En effet j’ai retrouvé cet été en faisant du rangement , au fond d’un carton que je croyais avoir perdu lors d’un déménagement, des textes que j’avais écrit en 89, dans lesquels j’exprimais toute ma souffrance et déjà pratiquement tous les doutes que j’ai eu dix ans plus tard : seuls le manque de courage et la peur d’avoir à changer radicalement ma vie m’ont fait persister à m’accrocher à une vaine espérance !
Mais à ce jour, tout au fond de moi, malgré les questions sans réponses qui m’assaillent parfois, j’essaie, depuis que je suis redevenue mortelle, de vivre chaque instant présent du mieux que je peux, pleinement. Je n’ai plus de certitudes, sinon une seule : je crois profondément que l’être humain est capable d’aimer ; peu importe ce qu’il me reste à vivre, je ferai en sorte de manifester cet amour chaque fois que l’occasion m’en sera donnée, c’est là que je sens être mon devoir sur terre.
J’aimerais
tant que cet Amour vienne de Dieu !
Pour
conclure :
Pardon à mes enfants, pour qui je n’ai
pas été la mère qu’ils étaient en droit d’avoir,
pour tout ce en quoi je leur ai manqué, pour tout
ce que je n’ai pas pu leur transmettre par
mon exemple : la joie et la confiance en la
Vie. Et ce n’est même pas leur pardon que j’espère
puisque moi-même je ne pourrai jamais me
pardonner de n’avoir pas été une
« vraie » mère ; Je veux
seulement qu’ils croient à mon amour et qu’ils
aiment la vie , qu’ils soient
heureux !
Pardon à mon époux qui a supporté toutes
les larmes que j’ai versées.
Pardon à tous ceux dont je n’ai pas su
accueillir l’amitié qu’ils me donnaient
pourtant sans conditions : je regrette de les
avoir laissé partir.
Pardon à
tous ceux envers qui je me suis montrée
dogmatique (mais ils ne sont pas très nombreux,
ce n’était pas dans mon caractère de vouloir
convaincre à tout prix)
Et puis surtout MERCI à tous ceux qui m’ont
aidée par leur écoute, leurs qualités humaines,
et leur patience et m’ont fait progresser vers
la libération, souvent à leur insu.
Merci, tout particulièrement à Michel
Leblanc qui m’a tendu la main et m’a donné l’occasion
de m’exprimer sur son site.
Toutes
mes amitiés à tous ceux qui me liront Témoins
ou non…S’ils souffrent aussi, j’aimerais les
assurer qu’il est possible d’aller mieux,
j’en témoigne aujourd’hui et pourtant
seulement hier je n’imaginais pas revoir un jour
la lumière…
M-C C
Nous vous invitons à lire la lettre de retrait de S. et MC.C. en cliquant sur ce lien !
Vos
commentaires et témoignages sont toujours
appréciés, n'hésitez pas !