| Témoignage de Michèle Saenen |
Je
m'appelle Michèle Saenen. J'habite dans les
Ardennes belges. Alors que j'avais vécu une
histoire d'amour bien triste à l'étranger où
j'étais partie pour me marier, je rentrais chez
mes parents, trois mois après mon départ,
battue, avec des marques de strangulation et
enceinte et de ce fait, malheureusement rejetée
par mon père puisque future mère
célibataire. C'est dans ces circonstances
que je suis devenue témoin de Jéhovah en 1973.
En
1996, j'avais un déclic suite à un article du
Vif Express du 9/11 relatant une sordide histoire
de pédophilie sur une petite fille de 9 ans
abusée par son père spirituel témoin de
Jéhovah. Je ne pouvais accepter le fait que
la petite, devenue femme car 20 ans s'étaient
écoulés, avait dû pardonner à son agresseur
; la maman n'avait pas pu aller en justice
car on ne va pas en justice entre « frères
». Sans suivi
psychologique, l'agresseur avait ainsi
continué les abus sur d'autres enfants. Comment
la jeune femme vivait-elle aujourd'hui sa vie de
couple ? Comment sa maman avait-elle
surmonté sa peine ?, .
C'était à l'époque de l'affaire Dutroux.
J'étais horrifiée, comment cela pouvait-il
arriver chez les témoins de Jéhovah. On
nous demandait d'être parfaits, on s'immisçait
dans nos affaires personnelles, on nous punissait
quand on dérogeait à la « règle » ,... c'en
était trop ! Avec ma fille cadette et mon
mari, nous décidions de nous retirer de cette
organisation.
Nous
avions tant enduré depuis la mort de nos deux
petites filles ayant « l'espoir de les retrouver
pour partager leur vie dans ce monde nouveau
qu'ils promettaient ! »
Mais
là commençait un autre problème : notre fille
aînée témoin de Jéhovah elle aussi,
âgée à ce moment de 23 ans était à
l'étranger, ne vivait donc pas de près le
traumatisme que nous subissions.
L'éloignement, le manque de détails et surtout
l'influence et le « love-bobing » des adeptes de
sa congrégation, ont eu raison de son adhésion
renforcée au mouvement. C'est ainsi, que
contre notre gré, elle a cessé de nous voir, de
nous parler, de nous permettre de partager avec
elle de bons moments en famille, puisqu'elle se
conformait aux instructions de l'organisation des
témoins de Jéhovah. Elle allait même
jusqu'à couper son téléphone, alors qu'il
m'arrivait de l'appeler uniquement pour entendre
sa voix au répondeur, pire elle retournait notre
courrier : nous étions morts pour elle !
C'est du moins ce que nous ressentions.
C'est
ainsi que nous avons entamé un courrier important
avec l'aide d'un avocat qui s'adressait un peu
comme un ambassadeur à la filiale de la Watch
Tower en Belgique à Krainem, puisque tout
dialogue était impossible.
D'autre
part, conscients que nous n'étions pas les seuls
à vivre cette pénible situation, nous avons
créé une association d'aide aux victimes des
comportements sectaires et multiplié nos
interventions médiatiques. Nous étions
conscients d'un devoir de citoyen.
Nous
avons dû chercher comme des détectives où notre
fille avait déménagé, et repris des
études. En janvier 2000, n'y tenant plus,
je suis allée la voir par surprise (je ne
connaissais plus sa troisième dimension puisque
je ne l'avais plus serrée dans mes bras depuis
longtemps) . Elle m'a reçu comme un chien
dans un jeu de quilles. Elle m'a dit : tu
sais ce que tu dois faire maman pour me voir
. Lorsqu'elle a été diplômée nous n'en
avons rien su, nous n'avons pas pu la
féliciter, lui dire combien nous étions
fiers d'elle !
Lorsqu'un jour , le 14 février 2002 je la
rencontrais dans une rue de Liège par
hasard, elle semblait heureuse et souriante
de cette rencontre. Il n'a pas fallu que
deux minutes pour passer de ses bras au gouffre de
l'ignorance, les «instructions» avaient
rattrapé et dépassé les sentiments, elle
redevenait la «témoin».
Quelques semaines plus tard, nous apprenions
qu'elle avait quelques difficultés financières
dues à un retard de paiement de ses émoluments
; nous sommes allés son papa (adoptif) et
moi pour lui porter de l'aide, elle nous a reçu
avec insultes disant que nous (ses parents)
avions sali ses «frères » - combat médiatique
et aide aux victimes - Nous abordâmes la question
du mariage de sa petite soeur espérant qu'elle
serait présente. Elle nous dit : «
un repas de mariage cela se prend dans la paix
». J'ai rétorqué que je venais avec la
paix ; elle n'en voulait pas puisqu'on ne partage
pas un repas , une fête avec des exclus ! des
apostats ! des suppôts de Satan !
Quelle
ne fut pas notre angoisse lorsque nous avons
appris la veille du mariage qu'elle acceptait
d'être le témoin du mariage civil de sa petite
soeur. Les sentiments avaient-ils repris le
dessus ? Avait-elle eu une autorisation
? Jamais nous n'avons pu en parler et elle
n'était pas à table avec nous.
Dans
les mois qui suivirent, elle reprenait dans le
secret quelques rares contacts avec la
cadette. C'est ainsi que profitant de notre
absence pour nos 25 ans de mariage, elle est venue
chez nous alors que sa soeur y était,
malheureusement elle a pris ma voiture pour se
rendre chez sa grand-mère, a écrasé le
véhicule et est repartie sans même un mot
d'excuse ! Était-ce l'émotion ou la
culpabilité qui l'avait conduite dans un mur
? Dieu merci, elle n'était pas blessée.
Notre
cadette a donné naissance à une petite fille «
Gaëlle ». C'est ainsi que nous avons eu le
bonheur de la revoir à la maternité, et dans la
puissance des sentiments, tout s'est bien passé.
Notre
fille sait qu'elle est attendue chez nous, que
nous ne lui tenons pas rigueur, mais depuis 6 ans,
elle n'est pas encore revenue à la maison en
notre présence. Bien entendu elle n'était
pas là à Noël, ni au nouvel an, cela fait mal
l'absence !
Des témoignages du même ordre, nous en avons eus
de très nombreux par le biais de l'association.
Pour ce
qui est de ceux qui nous appelaient « frère et
soeur » nous sommes devenus « transparents »
lorsque nous les croisions en rue ou dans un
supermarché. Au début, je me disais que ce
serait bien d'avoir une crécelle comme une
lépreuse afin de l'utiliser dans les lieux
publics où j'aurais pu les rencontrer.
Certains qui comme nous sont sortis après nous et
qui étaient nos amis lorsque nous étions
toujours dans la « secte » nous ont dit qu'ils
m'auraient crachée dessus s'ils m'avaient
rencontrée.
Encore
la semaine dernière j'apprenais que ma meilleure
amie d'autrefois (Nicole) vivait des moments
difficiles. Son mari qui n'est pas
témoin de Jéhovah, est dans le comas ; il
a fait une septicémie et a été amputé d'un
pied, des doigts de son autre pied et des deux
mains. N'y tenant plus, j 'ai téléphoné
à Nicole, et ses premiers mots ont été : «
reviens à Jéhovah». Cela ne m'a pas
empêchée de lui dire que je n'ai jamais cessé
de les aimer, que je ferai tout mon possible pour
l'aider même dans le secret. qu'en fera-t-elle ?
C'est
terrible de voir un mur se dresser entre ceux que
nous aimons toujours et nous, simplement parce
qu'on a repris sa liberté, quelle liberté ?
Nous restons toujours avec les barreaux dans
la tête, ceux que nous y a introduits
l'organisation des témoins de Jéhovah, tout
doucement, jusqu'à nous rendre totalement
dépendant. C'est une prison dont personne
ne sort.
Au nom
de Dieu, les dirigeants de cette secte appliquent
des « sanctions »radicales à ceux qui
reprennent leur liberté dans la
transparence, et dont la plupart d'entre eux
restent croyants. Piètre façon d'appliquer
l'amour de Dieu. Des prises d'otages ! !
J'ai dû entamer un suivi psychologique. Ma
psy est bouleversée et écoeurée d'une telle
situation inhumaine.
La
Justice, si elle était saisie d'une telle
manipulation devrait « ouvrir de grands yeux »
et vivement réagir tout en reconnaissant à la
victime un tel statut .
Vos
commentaires et témoignages sont toujours
appréciés, n'hésitez pas !