Une mise à mort en gants blancs

 

        Alors que nous venions de déménager, des témoins de Jéhovah sont venus nous rendre visite. J’ai été attirée par le caractère chaleureux et très humain de ce premier contact. J’appréciais beaucoup de rencontrer des personnes osant témoigner de leur foi. Le spirituel a en effet toujours occupé une place de choix dans ma vie. J’étais alors catholique pratiquante. Mon mari, également catholique, a permis qu’ils reviennent nous voir : il était heureux de connaître des personnes dans cet environnement nouveau. Peu à peu, ils m’ont fait étudier la Bible à leur façon. Puis, je suis devenue l’une des leurs. Au début, tout allait bien. Je nageais dans le bonheur !

 

Qui sera détruit ?

        De son côté, mon mari a pris un certain recul par rapport à l’Église. Les Témoins nous montraient en effet que nous étions dans l’erreur. Mais il n’est pas devenu témoin pour autant.

J’ai trouvé des amis jeunes, qui témoignaient de leur foi, c’était tout ce qui m’intéressait alors…A un moment donné, j’ai voulu m’occuper d’un enfant en difficulté. Quelqu’un m’a dit :

 « tu vas te donner du mal pour l’élever, l’éduquer, mais c’est du temps perdu : il sera détruit à Harmaguédon ! »

        Je ne pouvais en effet pas forcer cet enfant de la DDASS, catholique par le baptême, à devenir témoin de Jéhovah ! De plus, quand on s’investit dans une activité extérieure à l’organisation, on sent un jugement pesé sur soi. Plutôt que de travailler dans un monde qui s’effondre, on pourrait œuvrer au salut, faire du porte-à-porte ! On se sent coupable. Même si on est libre de travailler là où on veut (il n’y a pas d’interdiction formelle), on est pas heureux, car on a le sentiment de tomber dans le matérialisme.

 

        Au bout de quelques années, j’ai commencé à déprimer. J’étais comme déchirée intérieurement entre ma famille et l’organisation. Mon mari n’était pas témoin de Jéhovah, j’ai fini par le suspecter. Je me disais en moi-même :

« S’il n’est pas témoin, c’est qu’il y a sûrement quelque chose au fond de lui qui va contre la loi de Dieu ! Une personne bonne, sincère, est témoin de Jéhovah ».

        Et je pensais qu’il serait détruit à la fin des temps. Je passais en fait mon temps à calculer qui serait détruit ou non !

 

        En devenant témoin de Jéhovah, on perd tout : le monde est mauvais. Les évènements joyeux de la vie (Noël, Pâques, anniversaires, … », les fêtes familiales sont à rejeter : mais que nous propose-t-on en remplacement ? Même le jour du mariage : des ordonnances sont données et le lendemain, il faut assister aux réunions de service ! On a toujours le sentiment de ne pas en faire assez et on se sent coupable d’avoir envie de choses défendues, comme par exemple, participer à des fêtes familiales.

 

        Ainsi, la première fois que nous sommes partis en vacances, j’en voulais à mon mari : aller se promener en montagne alors que je pourrais faire du porte à porte !

 

Plus rentable !

        J’ai dû être suivi sur un plan psychologique et prendre un certain recul par rapport à mes engagements. Cela a été très mal perçu. On a essayé de m’en dissuader :

« Le psychiatre va t’obliger à revenir sur ton enfance, ton mariage. Tu vas t’apercevoir de toutes les failles. Il ne te restera que la dépression et le suicide ! »

        Peu à peu, je ne parvenais plus à vivre ma foi avec autant de conviction (les réunions, le porte-à-porte,…). Mes valeurs s’effondraient. J’étais engagée dans un double combat : le combat de la maladie et celui de la foi. Je sentais qu’aux yeux de l’organisation, je n’étais plus rien. En effet, lorsqu’on est plus rentable dans le porte-à-porte, qu’on devient inactif, on est isolé peu à peu. Je me suis interrogée : Malade, on ne peut plus être témoin de Jéhovah ? 

 

        J’ai alors pensé à mon mari, à ses difficultés et à son handicap l’empêchant de se joindre à l’organisation. J’ai compris que l’amour n’était pas au cœur de l’organisation comme on nous le prétendait. Or pour moi, la famille, l’amitié, la fraternité étaient des valeurs essentielles. J’ai réalisé aussi qu’il suffisait de voir les choses différemment de la Société pour tout perdre. Lorsqu’on émet un doute, on est aussi considéré comme un malade sur le plan spirituel.

 

Pour plaire à Dieu

        J’ai donc décidé de couper avec cet engagement car tout ceci me paraissait contradictoire. J’avais l’impression de m’être leurrée et de l’avoir été par d’autres. Je me suis retrouvée sans certitude, complètement déboussolée.

 

        Pendant des années, on croit être dans une organisation qui connaît la vérité, qui se dit proche de Dieu et subitement, on se rend compte que tout est faux, qu’on est seul, qu’on a plus l’approbation de Dieu ni de l’organisation. C’est très difficile à vivre. On ne sait plus vers qui se tourner. Quelqu’un m’a indiqué le livre « Quand les témoins de Jéhovah viennent vous voir ». J’y ai trouvé l’adresse d’un prêtre. J’ai pris contact avec lui. J’ai pu lui poser mes questions. Quand je rencontre des témoins de Jéhovah dans la rue, ils se détournent pour ne pas me saluer. C’est très dur à vivre.

 

        L’organisation nous fait vivre un peu une mise à mort en gants blancs. Combien de personnes, lorsqu’elles s’éloignent, errent sans repère pendant des mois, voire des années ! Je tiens à souligner que parmi les témoins de Jéhovah, il y a des gens de très bonne foi et de bonne volonté. Ils font tout pour plaire à Dieu. Mais l’enseignement qu’ils reçoivent pervertit peu à peu leur comportement.


Vos commentaires et témoignages sont toujours appréciés, n'hésitez pas ! 

 

 

       


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