Le témoignage de Nancy

Toute jeune, je me souviens que les témoins de Jéhovah venaient frapper à notre porte, tôt, le samedi matin. Invariablement mon père répondait qu’il n’était pas intéressé…

Je ne me suis vraiment jamais demandé pourquoi mon père leur fermait la porte au nez.

Élevée dans une famille québécoise traditionnelle, on allait à la messe tous les dimanches matins, ce qui me semblait très normal. Plusieurs années plus tard, je quittais le foyer familial pour occuper un emploi à Montréal en compagnie de mon amoureux. Nous avions à cette époque les mêmes buts dans la vie et une belle complicité. Je désirais me marier, mais pour mon conjoint ce n’était qu’une question de papier, donc pas important.

Nous avons eu 2 enfants pendant que je travaillais et qu’il était encore aux études, c’était difficile, mais temporaire. Au bout de quelques années, notre rêve se réalisa enfin : chacun un emploi, l’achat d’une maison, un bon voisinage et des enfants heureux.

Début septembre 1998, l’année scolaire débute et je travaille le soir et mon conjoint le jour, on s’arrange tant bien que mal. En novembre de la même année, j’aperçois sur son bureau deux brochures des témoins de Jéhovah, je le questionne aussitôt; Il m’apprend que c’était leur nouveau sujet de discussion au travail : S’obstiner au sujet de la bible, parmi eux 2 témoins de Jéhovah. Je mets en garde mon conjoint contre leur pouvoir de persuasion, surtout que moi-même j’avais eu une collègue témoins de Jéhovah au travail et que ça n’avait pas été évident……je me dis que mon conjoint est curieux de nature, sans plus.

D’autres brochures commencent à s’empiler, je me pose de sérieuses questions d’autant plus qu’il commence à manifester un soudain dégoût face à la période des Fêtes qui avance à grand pas. Mais, connaissant bien son opinion face à la religion en général, je garde confiance.

Le jour du 26 décembre 1998 restera à jamais gravé dans ma mémoire. Le jour où j’ai réalisé combien j’ai été aveugle, le jour où toute la journée je pensais que je vivais un cauchemar et que j’allais me réveiller. Pourtant le 25 décembre, vu que j’avais travaillé jusqu’à minuit, je ne m’étais douté de rien.

Ce matin-là,  je me réveille tôt ainsi que les enfants pour préparer les bagages et se rendre à la fête de Noël. Mon conjoint se lève plus tard, prends son temps, met ses pantalons en coton ouaté (???????)…. Je m’impatiente, je sens qu’on va être en retard. Je lui demande si ses bagages sont prêts. C’est à ce moment qu’il m’avise qu’il ne va pas à la fête de Noël, parce que c’est une coutume païenne et que fêter Noël c’est fraterniser avec Satan!!! Là j’éclate de rire, il me fait une blague c’est sur, mais en même temps je sens l’angoisse qui monte en moi. Malgré ça je trouve le moyen de lui répondre d’arrêter de niaiser et de se dépêcher.

La suite, je vous la résume, il s’ensuit une crise de larmes, des questionnements, des reproches, bref je ne comprends plus rien du tout, mais en même temps je saisis tout : Comment ais-je pu être aveugle à ce point ? Je vais tout de même avec les enfants à la fête de Noël, mais le coeur n’y est pas. Un sentiment d’échec total m’habitait, et déjà je pressentais que le glas avait sonné et que la belle vie était terminée.

Après le Jour de l’an, je sombre ensuite dans une petite dépression, qui nécessite un arrêt de travail (je n’arrête pas de pleurer : Au travail, à la maison, la nuit, je ne dors plus. Durant cette période, il me harcèle avec ses témoins de Jéhovah. Tous les sujets y passent : la famille, la soumission de la femme, les transfusions sanguines (je suis infirmière), la fornication (nous ne sommes pas mariés !)……. Les brochures et les reliures s’accumulent à une vitesse folle, m’assurant qu’il ne faisait que des dons volontaires pour se les procurer. Moi, je regarde tout ça la larme à l’œil ……

L’année suivante fut très difficile, mon conjoint me harcelait avec ses théories bibliques. Nos discussions dégénéraient invariablement en crises de colère et de pleurs. Comme tout bon futur témoins de Jéhovah, il se sentait fortifié par ces situations de crise, citant le verset biblique : " je suis venu semer la zizanie dans les familles.. ". Bien sûr il y a eu des périodes de trêve, mais dès qu’il était question des enfants, les hostilités reprenaient. Son sujet préféré était les fêtes ; il essayait de rendre coupable les enfants d’y assister et il leur disait que le Bon Dieu allait les punir pour cela.

Par la suite il s’est appliqué à expliquer à notre garçon son rôle et sa place dans la maison ; C’est-à-dire que sa soeur devait l’écouter, sinon il pouvait la punir et qu’en l’absence du père dans la maison, c’est le garçon qui commandait...!!!! Le père avait lu ça dans la TMN (La traduction du monde nouveau, le nom de la bible falsifiée de de la secte)!! Mon garçon est allé expliquer ça à son institutrice, qu’il n’avait pas à écouter une femme (et sa mère aussi), refusant ainsi de faire certains travaux scolaires en classe. Les problèmes scolaires en prime…..

J’ai expliqué combien de fois à leur père de laisser les enfants tranquilles, de leur laisser vivre leur enfance normalement, étant donné que nous étions en désaccord sur le type d’enseignement religieux à leur donner. Je me suis battue pour les enfants, pour qu’ils puissent conserver un certain équilibre. Un de mes enfants a de la difficulté à socialiser, les enfants du voisinage n’ont plus la permission de venir jouer avec les miens quand je suis absente, le père s’étant permis " d’enseigner " aux petits voisins. Certains membres de ma famille ne me visitent plus, étant donné les problèmes que nous vivons.

De l’aide, j’en ai trouvé aussi en dehors de la famille. J’ai rencontré un père Jésuite qui m’a beaucoup renseigné sur les témoins de Jéhovah. Aussi le Centre d’Information sur les Nouvelles Religions, rue St-Denis, Montréal, où j’ai pu obtenir certains conseils dans le but de faciliter la communication avec mon conjoint. Mais il n’est pas facile dans la vie courante de communiquer en surveillant ses paroles, ses gestes, ses attitudes et de garder son calme. J’avais l’impression d’être passé maître de l’hypocrisie et cela ne fait pas partie de ma nature. Il est très difficile pour moi de passer outre les colères, les sacres, la violence verbale, l’indifférence et le harcèlement biblique, tout en gardant son calme.

Le 26 décembre ’99, mon conjoint me réveille à 8h du matin, me demandant d’assister à la réunion à la Salle du Royaume. Je lui répondu un "non " catégorique, mais il m’a quand même donné rendez-vous à 10h à la porte centrale de la salle. Après son départ, j’ai réfléchi. Les enfants étaient partis fêter Noël chez mon frère et j’étais libre d’y aller. Le " timing " était bon : Un an jour pour jour, il avait refusé de participer à la fête de Noël. J’ai décidé d’y aller, avec en poche, un contrat visant à régulariser notre situation familiale.

J’arrive à la salle à 10h, j’ai vu défilé des gens, tous en belle tenue, des enfants portant la valise de leur père, sans aucun sourire sur leur visage. Mon conjoint lui, ne s’est pas présenté. Alors que j’écrivais un mot lui disant que j’étais venue, le "portier " est allé le chercher dans la Salle. Mon conjoint était surpris de me voir ; je lui dis qu’avant de participer à la réunion, il signe le contrat sinon je m’en retourne (quant à moi je voulais m’en aller...). Il voulait négocier et semblait très malheureux. Pas question,  il a signé, le coeur me débattait…. Son enseignant d’étude biblique est venu nous rejoindre et il m’a guidé vers la salle en me tendant une brochure (Tour de Garde), que j’ai refusé poliment à 2 reprises.

La réunion se déroule comme je l’avais imaginé : plate et monotone. Je me demandais ce que je faisais là, et à un moment donné j’ai compris. J’irais même jusqu’à dire que c’est Dieu qui m’avait guidé : celui qui présidait la réunion venait juste de dire que la grandeur de notre contribution financière équivalait à la grandeur de notre foi en Jéhovah!!!!! Ce qui a valu quelques coups de coude à mon conjoint. Par la suite, une dame a pris la parole pour mentionner qu’il était important pour eux (les TJs) de se couper du monde extérieur, car c’était comme si on mettait un fruit sain dans un panier de pommes pourries ! Le responsable a rétorqué : " Bravo madame et merci pour votre témoignage ". J’ai regardé mon conjoint et lui évidemment n’a pas osé faire de même. A la fin de la réunion, j’ai discuté une heure avec son enseignant, je lui ai dit ce que j’avais sur le coeur, mais au fond, il n’en a rien à foutre de mes problèmes conjugaux.

Aujourd’hui, au moment d’écrire ces lignes, j’ai peu d’espoir quant à l’avenir de mon couple. Je ne crois pas que l’amour soit totalement mort, mais les blessures sont profondes et le pardon serait difficile……… à suivre

Nancy


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