|
Les Témoins de Jéhovah font partie du
passé ! |
Je
m'appelle Nicole, âgée de 54 ans, j'habite en Belgique.
C'est à l'âge de 39 ans, en 1987 que j'ai eu le premier contact avec les Témoins de Jéhovah
(hélas!!). J'étais à l'époque en dépression. Mon ménage se composait de
mon mari, mes 5 filles (18, 2 de 11 ans et 2 de 6 ans), de ma maman (71 ans)et
ma soeur (50 ans, veuve et sans ressource). Belle grande famille.
Nous n'avions aucune croyance au départ. Un jour, un couple de Témoins de Jéhovah
s'est présenté chez moi, peut être étais-je plus réceptive ce jour-là !!! Toujours
est-il que je les ai raisonnés. Pas mal de questions m'ont été posées,
concernant la création surtout. Toutes ces choses auxquelles je n'avais jamais
pris attention. Ce couple m'a laissé une brochure et est parti sans me donner
les réponses aux questions posées. Dans la semaine, la dame est revenue afin
de savoir ce que j'en pensais, et c'est de cette façon que leur entrée chez
moi s'est effectuée.
Elle me parlait de la fin du monde, du paradis etc... Je n'y comprenais pas grand
chose, elle parlait un langage différent du mien, ce qui aiguisait ma curiosité.
Au début, elle venait une heure tous les 15 jours, car mon temps était compté.
Une étude a donc commencé. Ma maman et ma soeur qui n'y ont jamais pris part,
ont toujours été contre, cependant ils restaient neutres. Elles disaient que c'était
une distraction et que j'avais besoin d'autre chose que mes tracas de quotidiens. De temps en temps, mes filles et mon mari me demandaient ce que j'apprenais et
petit à petit s'y sont intéressés. L'aînée, au bout de quelques études a
abandonné à cause des contraintes. En 1989, mon mari, les 4 filles et
moi-même étions bien endoctrinés : la salle, les réunions etc... au grand désespoir
de la famille. Je n'avais plus beaucoup de temps à consacrer aux enfants. En
plus du ménage, m'occuper de maman et ma soeur malades, arrêter de fumer (
enfin, essayer car je n'y arrivais pas ). Nous n'avions plus de vie, plus le
droit d'avoir de mauvaises pensées, car Jéhovah les connaissait. Les Témoins de Jéhovah
régissaient notre vie, se mêlaient de l'éducation de nos enfants, du choix de
leurs études, de leur habillement (pas de jupe courte etc...). Bien souvent
nous avions des conflits avec le reste de la famille, qui se sentait délaissé
et mis sur le côté, plus de fêtes, anniversaires etc...
Quand je me remémore ces faits, cela me fait mal au coeur.
Petit à petit, nous nous sommes découragés : les jeunes à cause des
contraintes, des remontrances dont elles étaient toujours victimes alors qu'il
n'y avait pas de quoi. Mon mari, qui n'étudiait pas mais écoutait que d'une
oreille. En fait, il suivait pour me faire plaisir, a abandonné et les
filles aussi. Je me retrouvais seule. Quelques mois plus tard j'arrêtais également.
Donc en juin 93, bien contente car je pouvais fumer au grand jour et ne plus me
cacher.
Il faut dire aussi, que la congrégation n'était pas des plus chaleureuses dans
le sens où, comme nous ne sommes que de simples ouvriers aux revenus modestes
et que l'intégration dépendait du statut social, on se sentait plus que mal à
l'aise.
Durant quelques mois, ils m'ont laissée bien tranquille, puis sont revenus à
la charge : les coups de téléphone, des visites avec des anciens, des visites
avec l'un ou l'autre de la congrégation, des publications dans la boîte à
lettres etc... À la longue, me culpabilisant, et me manipulant comme ils savent
si bien le faire, j'y suis retournée.
C'est le premier épisode, et j'espère qu'en me lisant certains indécis à
devenir Témoins de Jéhovah puissent faire marche arrière, c'est là tout ce
que je leur souhaite du fond du coeur. La suite de mon histoire est plus grave
malheureusement.
Eh oui, j'y suis retournée Ne me demandez pas pourquoi, je n'en
sais rien. Cette fois, c'est toute seule, sans aucun membre de ma famille. Ma
fille aînée s'est mariée entre temps et n'est pas allée à l'église vu mes
convictions. Chose qui l'a marquée car elle trouvait si joli de se marier à l'église
comme tout le monde. (je m'en veux énormément).
D'après les Témoins de Jéhovah, je devais montrer l'exemple à ma famille et y
aller seule, plus tard ils reviendraient tous. J'ai donc repris une étude
et me voilà repartie pour un tour. Je voulais sauver ma famille. Huit mois après,
même topo, j'arrête tout... Non seulement le reste de ma famille, mais mes
enfants, maman et ma soeur n'en pouvaient plus, mon caractère avait changé,
j'en voulais à tous. Normal, il me fallait vivre dans l'opposition aux
principes que l'on m'inculquait. Que de mal j'ai pu causer autour de moi sans
toutefois m'en rendre pleinement compte. Puis pour ne pas paraître fanatique,
j'offrais des cadeaux aux anniversaires, Saint-Nicolas, Noël etc... fêtais les
fêtes de fin d'année avec ma famille au grand complet, le faisant tout en me
sentant coupable et très mal dans ma peau. En fait, c'en était trop, vivre une
double vie, fumant en cachette des témoins de Jéhovah, cependant d'un autre côté,
j'étais sous leur emprise. Voyant passer les mois, et personne me suivre, comme
on me l'avait promis, pour la deuxième fois, j'ai tout laissé tomber donc, en
février 1994.
Peu après mon abandon de février 1994, les harcèlements ont commencé de plus
belle, à tel point, qu'on enlevait la prise du téléphone aux heures
auxquelles ils étaient susceptibles d'appeler. Je n'ouvrais même plus la porte
quand ils venaient sonner. Je les trouvais mauvais, car je leur avais dit de me
laisser tranquille, maman était très malade, et a été hospitalisée en
urgence pour infarctus et cancer aux poumons. Elle y est d'ailleurs décédée.
Nous l'avons veillée jours et nuits durant un mois, c'était horrible de la
voir là et se sentir inutile. Un jour, alors que je me trouvais à la
maison, ma soeur m'ayant relayée auprès de maman, la témoin de Jéhovah qui
me faisait l'étude et sa belle-fille ont débarqué chez moi m'accablant de
reproches, la colère m'est montée, j'ai explosé et leur ai dit q'une fois
pour toutes qu'elles me laissent tranquille, elles et tout le reste, et les ai
priées de sortir.
Maman est décédée une semaine après je crois . Parlons-en de l'amour
fraternel, aucun des «frères et soeurs» spirituels n'est venu voir
maman durant son hospitalisation, ni même me réconforter, ni une seule
proposition d'aide. Normal, maman n'était pas témoin de Jéhovah.
Bon, la vie devait continuer, maman est partie trop tôt, j'avais tant et tant
de choses à lui dire. Enfin, il faut se redresser, respirer un bon coup et
cacher la déprime, garder une certaine ambiance pour les enfants. En 1995, les
jumelles de 19 ans à l'époque, ont quitté la maison, se sont mises en ménage
avec leur fiancé respectif. L'une est partie en mai et l'autre en juillet. Ma
soeur est allée habiter chez une autre soeur un peu après. Le ménage
ne comptait plus que quatre personnes au lieu de neuf au départ. Oh! que je haïssais
cette maison vide.
Un peu après, ma fille aînée m'apprend qu'elle étudiait avec une témoin de Jéhovah
bien sympa et me l'a présentée. Je n'en croyais pas mes oreilles. J'ai eu
affaire alors à une personne avec qui je savais m'exprimer. Elle écoutait, le
courant est passé de suite. ( Il faut dire qu'à ce moment j'étais de nouveau
en pleine déprime, tout cacher au fond de moi, ne voulant pas contrarier et
culpabiliser celles qui sont parties de la maison et garder l'ambiance familiale
pour celles qui restent.) Cette personne (que je vais dénommer Monique) pionnier permanent depuis des années, par la force des choses était très
psychologue. Me disait que j'avais vécu une mauvaise expérience avec les
témoins de Jéhovah
ayant eu affaire à des fanatiques, la vérité ne se vivait pas de cette façon,
qu'elle comprenait tout à fait ma colère et déception etc... On a commencé
une étude, mais pas assidue, quand j'avais besoin de parler, elle m'écoutait,
me conseillait. Nous nous entendions à merveille. Je l'aimais beaucoup,
pas en tant que témoin de Jéhovah mais en tant qu'amie, confidente et
c'était réciproque.
Nous avons mis la maison en vente, car je ne voulais plus y habiter (trop de
souvenirs).Nous avons mis une option d'achat sur une autre plus
petite près de chez Monique. Les mois passaient, et la maison toujours pas
vendue. La date de l'acte d'achat de l'autre maison arrivait, et nous n'avions
pas les moyens de la payer, étant donné qu'il fallait l'argent de la vente.
Monique me dit alors : « Si tu ne sais pas vendre, c'est l'oeuvre de Satan, il
voit que tu reviens à la vérité, et veux te décourager. Il y a quelque chose
dans ta maison sur laquelle il travaille». Bonjour la panique !!! Elle a
commencé a énumérer un tas de choses pouvant me porter malheur. Nous n'avions
pas de crucifix, ni d'image d'idole, ni de posters etc... Puis l'idée lui est venue
de me parler de photos de fêtes en famille, communions, baptêmes, mariages à
l'église, anniversaires. Bien oui, il y en avait des albums remplis . Oui,
vous avez deviné, la bêtise que j'ai pu faire, tout brûler, plus de
souvenirs que du chagrin car, j'y tenais beaucoup. J'étais si fière de
les montrer, de voir l'évolution des enfants. Fini, plus rien.
Mais que ne ferait-on pas pour la bonne cause?? La maison a été
vendue au dernier moment à la date limite ouf! En décembre 95,
nous avons donc déménagé.
Après trois mois d'étude, ma fille aînée a tout arrêté, n'étant pas
d'accord avec leur mode de vie, n'avait pas de temps à consacrer aux réunions,
se sentait mal et faisait des cauchemars toutes les nuits.
Nous étions heureux d'avoir déménagé, de tourner la page, vivre une nouvelle
vie. Je continuais l'étude, allais aux réunions. Monique venait de plus en
plus souvent, accompagnée de son mari et de sa fille (tous deux pionniers
permanents ) aux heures où mon mari et mes filles étaient à la maison, et
bien vite, chacun commençait une étude le mari avec le mien, la fille avec les
miennes. Total : en plus des réunions où nous nous rendions en famille,
s'ajoutaient les heures d'études de chacun chez moi. Devant effectuer de
nombreux travaux de rénovation dans la maison, nous n'avions plus une minute à
nous. Gonflés à bloc, motivés, en route pour la vie éternelle !!!!! Super !
Monique m'emmenait en prédication au début deux heures par semaine, puis
quatre. Comme elle est pionnière(proclamateur à plein temps), nous ne faisions presque pas de porte à
porte, mais énormément de visites (qui incluaient les soeurs âgées, malades,
les inactifs) des études et la route de périodiques. Nous étions
toujours ensemble et passions des moments très agréables. Mes filles prêchaient
avec les jeunes et mon mari avec le mari de Monique.
Nous suivions à la lettre ce que l'on nous inculquait, c'est ainsi que petit
à petit nous voilà devenus la famille témoins de Jéhovah modèle !!!
Toutefois, rien n'est acquis pour autant, il faut toujours en faire plus, aller
de l'avant, prêcher, étudier, enseigner, participer aux réunions sans oublier
bien sûr, de passer au fond de la salle mettre un petit billet dans l'urne.
Ah!! qu'ils étaient fiers d'eux, amener quatre futurs baptêmes à la
congrégation !!!!
Tout semblait «merveilleux», jusqu'au jour, où des problèmes de couple ont commencé. Mon mari changeait de caractère, il mettait en pratique ce qu'il apprenait et tentait maladroitement de se conduire en chef de famille, rôle qu'il n'avait jamais pris depuis le début de notre mariage. J'ai essayé alors de contrer au mieux cette situation afin de garder la sérénité, mes filles ne devant pas en souffrir. Néanmoins, le problème ne s'arrangeant pas, bien au contraire, celles-ci se plaignaient. Je m'en suis confiée à Monique, qui, craignant mon abandon, en a parler aux anciens. Ceux-ci sont venus durant plusieurs semaines chez moi afin de remettre les pendules à l'heure, c'est-à-dire: les droits, les devoirs et les rôles du mari et de la femme dans le ménage. Beaucoup de discussions entre nous s'en sont suivies et j'ai décidé donc de lui laisser les comptes du ménage à gérer. Puisque il était chef de famille, il devait dans ces conditions assumer et prendre ses responsabilités ... Je ne demandais pas mieux, c'était un poids en moins pour moi !
Le lendemain, il m'a rendu les comptes en question me disant qu'on
ne changerait pas nos habitudes, qu'il ne l'avait pas fait jusqu'alors.
Les
choses se sont calmées et chacun a repris sa place initiale.
Maintenant
que j'y repense, heureusement que mon mari ne soit pas devenu fanatique, car
nous aurions été tous bien malheureux.
En juin 96, une de mes filles de 15 ans (que l'on va nommer Annie), a
fait connaissance d'un «frère» de 20 ans. Celui-ci s'est présenté un jour
chez moi, afin de nous demander l'autorisation de fréquenter ma fille.
Chez les témoins de Jéhovah, fréquenter signifie l'étape avant les fiançailles.
Pour ma part, il n'en était pas question, car je trouvais ma fille bien trop
jeune. Comme il s'est surtout adressé à mon mari, qui ne connaissant rien à
ce sujet sur les règles de la Watchtower, a donc accepté. À mon grand désespoir.
J'en ai parlé à Monique, qui a fait des recherches dans les publications de la
société, et a trouvé des articles spécifiant, qu'il fallait avoir atteint la
fleur de l'âge (18 ans) pour pouvoir fréquenter. Elle m'a conseillé de
contacter les anciens. Ce que j'ai fait. Ceux-ci m'ont remise à ma place parce
que de toute façon, mon mari avait donné son accord, étant le chef de
famille, c'est donc à lui de prendre les décisions. Ils en ont parlé avec
lui, et résultat, les articles des publications tout à coup n'avaient plus
lieu d'être. J'ai dû accepter ce garçon chez moi, le jeudi soir, le vendredi
soir pour la préparation de la «Tour de Garde» qu'il conduisait, ainsi que le
samedi après-midi jusqu'à 22/23 heures. Dans ce cas-là, il fallait un
chaperon, donc un adulte constamment en leur présence. Ils ne pouvaient ni
s'embrasser, ni s'enlacer. On ne pouvait les laisser seuls un instant. Ils
pouvaient converser afin de mieux se connaître, jouer à des jeux de sociétés, aller au cinéma, au magasin accompagnés d'un chaperon. Quelle corvée!!
quelle galère!!! également pour sa soeur (qu'on va nommer Julie) qui les
surveillait aussi, prenant mon relais, elle ressentait beaucoup de gêne, cette
situation devenait fort embarrassante pour elle. En plus, il téléphonait tous
les jours. Durant des heures, Annie passait au rapport, lui expliquant ses journées
en détails ainsi que les conversations qu'elle avait eues. Elle ne voyait plus
que par lui, était en extase devant lui, était dominée, il la
manipulait.
En novembre, c'est au tour de Julie à faire la connaissance d'un frère !! dont
elle n'était pas amoureuse, (comme la plupart des jumelles, a voulu faire comme
sa soeur !!) Je n'en pouvais plus, en voilà deux garçons chez moi, j'étais
à bout de nerfs, deux couples à surveiller .
Ensuite vinrent les questions du baptême, 80 questions à étudier, quatre
anciens venaient à tour de rôle pour chacun d'entre nous, durant six semaines.
Ils posaient les questions et, ce qui était super chouette, y répondaient eux-mêmes.
Nous étions donc tous aptes à se faire baptiser.
En janvier 97, Julie décide de ne plus fréquenter. Elle avait annoncé au garçon
la rupture lors d'une réunion à la salle. Grand drame! Deux heures plus tard, le
père, la mère et le garçon, débarquent chez moi sans prévenir. Nous n'avons
pas eu droit au chapitre, le père a envoyé son fils et ma fille dans la
cuisine afin qu'ils puissent s'expliquer. Ils disaient que les parents n'avaient
pas à s'interposer dans ces cas-là, le fils était en droit d'avoir des
explications. Bonjour l'ambiance !!! Le père avait avec lui un tas de
reliures de périodiques, et nous avons eu droit à tout un cours sur les fréquentations
et en prime, une tonne de versets bibliques. Après avoir bien discuté, les
jeunes sont arrivés, Julie étant restée sur ses positions, a été considérée
comme la plus mauvaise. Ils se sont tous levés aussi vite et ont quitté les
lieux. Ouf ! un de moins, secrètement j'espérais bien que les choses évolueraient
de la même façon pour Annie. J'en avais plus que marre.
Nous étions mal à l'aise à chaque fois que ce garçon venait, ne sachant
comment nous comporter avec lui, qui restait distant. Annie devenue complètement
soumise sans arrêt rabaissée, il lui montait aussi la tête contre Julie. Elles se disputaient souvent pour tout et pour rien. Quand il venait, Annie
demandait à Julie de changer de pièce. Je m'interposais alors et explosait,
mais sans résultat, il prenait le dessus et la détournait de nous. Quand c'était
au tour de mon mari à les surveiller, celui-ci les laissait livrés à eux-mêmes.
Un jour, je les ai surpris en train de s'embrasser, je me suis fâchée puisque
c'est défendu. Il n'entendait bien sûr rien et profitait dès que possible à
s'isoler avec Annie. Une autre fois, je les ai vus enlacés. Me sentant
impuissante, je me suis confiée à Monique qui en a parlé à son mari.
Celui-ci s'en est occupé, sermonnant le garçon, mais en vain. Peu de temps après,
alors qu'ils regardaient la télévision, je l'ai surpris la main enfouie dans
le pantalon d'Annie. Je l'ai flanqué dehors, lui interdisant de remettre
les pieds chez moi, cela en était trop. J'ai téléphoné à un ancien afin
d'avoir un entretien au plus vite. Le lendemain, ils sont arrivés à deux, leur
ai expliqué les faits. En conclusion, j'étais fautive car, manque de
surveillance. De plus, il fallait deux témoins : Julie et moi étant de la même
famille, cela ne comptait pas. Ils m'accablaient de reproches, m'accusant d'être
une mère possessive, que je voyais le mal partout, que j'ai du mal interpréter
des gestes... Ma fille ne m'adressait plus la parole et m'en voulait
terriblement. Il téléphonait le soir, j'enlevais la prise du téléphone. Il
envoyait des lettres par personne interposée. C'était une chaîne sans fin.
Dans une de ses lettres, il écrivait qu'il avait déjà eu des rapports sexuels
avec une fille et s'était aussi drogué. J'ai remis cette lettre aux anciens et nous ne sommes plus allés à la salle. Quelques semaines plus tard, les
anciens nous ont convoqué, nous nous sommes rendus tous à la salle et en fait,
il s'agissait du comité judiciaire. Il y avait là, la mère, le garçon, mon
mari, mes filles et moi. Un ancien s'est levé et a dit à Julie de quitter les
lieux, que cette affaire ne la concernait pas. J'ai d'abord voulu la suivre,
mais me suis ressaisie. Ma fille a été traitée de provocante, ils lui
parlaient méchamment. Quand à lui, ses petits privilèges ont été retirés.
Lorsque nous sommes sortis, j'ai dis à mon mari que je n'étais plus Témoins de Jéhovah
que c'était terminé, et de colère suis allée m'acheter un paquet de
cigarettes. (je n'ai d'ailleurs plus arrêté depuis)
Puis, plusieurs fois par semaine Monique venait me rendre visite, me
comprenait tout à fait, car, quelques années auparavant, elle avait suivi le même
parcours et avait été exclue pour la cigarette. Elle me disait de faire
attention, de ne pas fumer en public, afin que personne ne le sache et ainsi éviter
l'exclusion. À chaque visite, elle ne me parlait plus de la vérité voyant que
cela ne passait plus, mais me parlait de ce qui se passait dans la congrégation.
Tous ne sont pas blancs comme neige, il y a des cas d'alcoolisme, d'homosexualité,
de spiritisme, de travail au noir. Il faut fermer les yeux et tout va bien. Nul
n'est parfait, Jéhovah voit tout. Ils seront punis il faut tout remettre entre
les mains de Jéhovah !!! J'étais ridicule, comment ai-je pu croire tout cela,
je n'en reviens pas encore!
Puis, un jour, Monique est venue chez moi et m'a raconté que le garçon n'avait
pas perdu de temps, trois semaines après la rupture, il fréquentait
une jeune fille de la salle, (pas plus âgée qu'Annie), qu'il allait déjà
chez elle, les parents tout à fait d'accord, car ils étaient contents que leur
fille puisse se marier avec un frère (un an après, la jeune fille a rompu
une semaine avant la date du mariage). Quelle joie, j'allais pouvoir
ouvrir enfin les yeux de ma fille, lui expliquer qu'elle n'avait rien perdu et
qu'elle l'avait échappé belle. Le soir même je lui en ai fait part, tout en
sachant qu'elle aurait de la peine, mais il fallait lui faire voir la vérité
en face, qu'elle tourne la page, et peut-être me revenir, qu'elle m'aimerait
comme avant. Je voulais qu'elle se rende compte aussi qu'elle avait un nouvel
avenir devant elle, autre, que d'être soumise et aux ordres de cet infâme
personnage. C'était un quitte ou double, car je ne savais pas comment elle
allait réagir. Bien sûr, elle a eu très mal, c'était remuer le couteau dans
la plaie, elle ne m'a rien répondu, a encaissé. J'avais aussi mal qu'elle, j'étais
au bord de la dépression, les larmes me coulaient toutes seules, pensant bien
l'avoir perdue. Il lui a fallu une semaine pour réaliser et s'est ressaisie,
elle m'a demandé pardon (pour tout ce que je ne savais pas car, il y avait eu
pire avec ce garçon) et merci. Elle avait enfin compris. Quel soulagement !!,
je ne trouve même pas les mots pour décrire ce que je ressentais, c'était très
fort en tout cas, pouvoir retrouver la confiance et l'amour de son enfant !!!
Elle s'est rapprochée de sa soeur, ont eu un autre regard du monde extérieur,
se sont faites des amies, allaient danser. Nous allions les conduire et les
rechercher. Il y a eu quand même pas mal d'embûches, car, elles faisaient
confiance à n'importe qui, n'étant pas armées pour cette vie qu'elles ne
connaissaient pas. Elles avaient besoin de liberté, de voir les choses
autrement tout en gardant les pieds sur terre. Pas facile à gérer. Il faut
dire aussi, qu'elles sont restées un an à la maison, car, Monique leur avait
conseillé de faire comme sa fille, c'est-à-dire, de ne plus aller à l'école,
et de suivre les cours de rénovés par correspondance, afin de ne pas se
laisser tenter par les gens du monde.
De toute façon, il ne sert à rien de poursuivre des études dans ce monde
pourri qui n'en a plus pour longtemps et va être détruit bientôt, car la date
approche à grands pas !!! C'était reparti pour un tour bonjour la vie
éternelle !!! À présent, mes filles sont en ménage, chacune de leur côté. Ces mauvaises
expériences avec les témoins de Jéhovah font partie du passé.
Monique continuait à me rendre visite chaque semaine, m'apportant les périodiques
et les dernières nouvelles, et suivant mon humeur arrivait parfois à placer
quelques paroles bibliques. Me disait qu'elle était triste de ne plus m'avoir
à ses côtés, que je lui manquais et pensais à moi tout le temps. Je n'avais
pas mérité tous ces problèmes, qu'elle ne m'abandonnerait jamais, j'étais sa
seule amie, confidente, j'étais pour elle plus que sa soeur charnelle, que
quoi qu'il arrive, quoi je puisse décider plus tard par rapport à la vérité,
qu'elle serait toujours là.
En novembre 97, semaine du surveillant de circonscription. Là, ils mettent tous
les bouchées doubles. Les soeurs, les anciens, se mettent en route et visitent
les irréguliers, il faut montrer au surveillant que la congrégation est
active. De ce fait, les soeurs ont commencé à venir me rendre visite, à me
faire la morale etc... Puis, les visites des anciens : même scénario et
bombardement de versets bibliques, il faut pardonner au prochain, ne pas
abandonner son assemblée etc... Je leur répondais alors : parlons-en
de la morale !! ce prochain à qui je devais «pardonner», avait
traumatisé ma fille et en plus sortait gagnant sans un mot d'excuse, pouvant
sans problème récidiver !!, parlons-en de la justice, où les victimes
sont coupables!! Pourquoi m'avoir culpabilisée ? Parce que j'ai osé dire
la vérité ? Non, celles-ci ne reviendraient jamais à la vérité, et ce n'était
sûrement pas moi qui les y ramènerai. Je leur ai avoué également que
depuis cette fameuse réunion, j'avais repris la cigarette. Il n'y a pas
eu de réponse, je les attends toujours!!
Deux jours plus tard, la visite du surveillant avec le président pffff !!! Je ne
les ai presque pas raisonné, faisant semblant de les écouter, je les observais, ils cherchaient et lisaient des versets, jusqu'où irait leur
hypocrisie !!! voilà mon état d'esprit d'alors.
Pour avoir la paix, je fermais les tentures toute la journée et fermais la
porte à clef n'ouvrant plus la porte à personne. C'est comme ça, que les frères
ont commencé à venir le samedi ou dimanche quand mon mari était à la maison.
Après environ cinq à six visites, celui-ci leur a dit que ce n'était pas la
peine d'insister à reprendre, qu'il n'avait pas le temps, et qu'il y
retournerait dans 18 ans peut-être à l'âge de la pension. Il m'a avoué à
cette période et je m'en étais rendue compte que s'il m'avait suivie, c'était
pour me faire plaisir, en but de sortie, qu'il n'avait jamais souligné une
seule réunion car il recopiait sur les miennes. Il y allait en
touriste. Et bien voilà un homme heureux, non affecté par les témoins de Jéhovah.
Faut le faire non?
Nous sommes allés tous ensemble en avril 98 pour la commémoration. Monique est
venue nous inviter, car même si nous sommes inactifs, il est important de s'y
rendre, c'est grâce à jésus que nous sommes sauvés. Depuis juin 97, c'était
la première fois que nous y sommes retournés. Là désastre, le garçon
et sa copine main dans la main se sont assis devant nous, narguant Annie,
riaient en se retournant vers elle, et après le discours, lui marchant presque
sur les pieds. Nous sommes partis sans dire au revoir à personne. Annie a pleuré
des heures dans mes bras. Je n'avais qu'une envie, aller lui casser la figure.
Le lendemain, j'ai demandé à Monique de venir chez moi et lui ai relaté les
événements de la veille. Elle est partie rouge de colère et a fait la révolution,
secouant son mari, la mère du garçon, les anciens. Résultat : les jeunes
tourtereaux devaient laisser Annie tranquille. Super!!! Depuis lors,
mes filles n'y ont plus jamais mis les pieds.
Monique a continué cependant à me rendre visite une fois par semaine, me parlant de tout et de rien, évitant les conversations concernant la salle et la vérité. L'assemblée de district approchant du mois de juillet 98, elle m'a invitée, mais je n'y suis pas allée. Après l'assemblée, elle est venue me donner les nouveaux tracts, livres et fascicules, racontant tout ce qui c'était dit sur le podium, parlant très vite afin de ne pas être interrompue, ses batteries étaient rechargées à bloc. Elle a terminé par cette conclusion : Harmaguédon est tout proche et elle ne voulait pas être dans ma peau, car un Témoins de Jéhovah baptisé qui a abandonné, sera éliminé et subira les pires souffrances, la colère de Jéhovah sera terrible etc... Est-ce ce que je veux pour ma famille? Est-ce ce que je veux pour moi? Je devais faire une fois pour toutes un choix, ou bien, je continuai à suivre la grande route que Satan ouvrait devant moi, et c'est la destruction ou alors, je me sauve en prenant la petite route qui mène à la vie éternelle avec l'espoir d'y amener ma famille, et puis tant pis s'ils ne suivent pas c'est leur problème. Je devais être égoïste et penser à moi, je suis sa seule et unique amie et elle ne se voyait pas dans le monde nouveau sans moi. Elle comprenait mes points de vue, mais qu'il était primordial pour moi de rentrer à la bergerie, c'était une question de vie ou de mort. Waw !!! me voilà bien secouée de nouveau. Alors , je suis allée à une seule réunion, l'étude du livre chez Monique bien sûr. Elle ne me quittait plus, venait me chercher tous les jours pour faire ses heures de services. Pour moi rien n'était plus pareil, je voyais tout sous un autre angle, et la suivais pour lui faire plaisir, c'était une sortie, je voyais des gens, écoutais leurs problèmes ce qui me permettait d'oublier les miens. Elle m'a incité à devenir pionnière auxiliaire, pourquoi pas après tout !!!! Et me voilà pionnière. Elle était ravie et me complimentait, heureuse de m'avoir à ses côtés. La congrégation n'existait plus pour moi, la salle se résumait à Monique et moi. Quand j'allais aux réunions, j'observais tout le monde, les hypocrisies, les jalousies, faussetés, les bavardages, puis ceux qui sont venus pour prendre leurs commandes, un pêcheur qui vend ses truites, un autre ce sont des lapins, un autre des pommes de terre et légumes de son jardin, des oeufs, etc..., une coiffeuse sans emploi qui coiffe au noir et prend ses rendez-vous avec les soeurs, pareil pour une couturière. Écœurant !!!, Surtout, lorsqu'on entend lire le passage de la bible où Jésus dans une grande colère chasse les commerçants de la maison de son père!! A ces constatations, Monique m'a répondu que j'avais raison, dans toutes les congrégations ça se passait de la même façon, je devais changer mon optique et ne voir que la maison de dieu. Oui, ok! et ce qui se dit sur le podium faut-il le croire? Oui me dit-elle, car cela vient de l'esclave fidèle et avisé inspiré de Dieu. Waw encore mieux !!! Puis n'y tenant plus je lui ai dis : « Il faudrait aussi qu'ils soient inspirés de Dieu pour choisir d'autres orateurs dans ce cas, car quand on entend un ancien possédant une grande villa, une Mercédès dernier modèle intérieur cuir, une caravane résidentielle, TV, Vidéo, PC , DVD etc... ne se privant de rien, faire un discours d'une heure sur le matérialisme, et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, là faut qu'on m'explique !!! Comme toujours, les mêmes réponses, nul n'est parfait, Jéhovah va nettoyer tout cela en temps voulu etc... C'est incroyable de voir cet acharnement, même lorsque l'on veut leur ouvrir les yeux, on est toujours perdant.
Les années 1999 et 2000.
Découvrant petit à petit les faces cachées des témoins de Jéhovah, je suis devenue irrégulière, j'ai arrêté le service de pionnier. Si je suis restée «accrochée», c'est que, toute religion mise à part, j'avais pour Monique une très grande amitié, c'était ma seule amie.
Mon service se résumait à trois visites par semaine auxquelles je tenais
beaucoup.
La première, une soeur âgée de 87 ans, Monique et moi allions la visiter, car
sans cela, elle ne voyait personne. Elle a légué sa maison à la société,
et, bien qu'ayant des moyens d'existence confortable, celle-ci vit comme une
malheureuse, n'occupant qu'une seule pièce de la maison afin d'économiser le
chauffage, pas de TV, ses vêtements sont usés à la corde, pour ce qui est de
la nourriture, le minimum. Elle entretient sa maison et lessive elle-même.
Mettant ainsi beaucoup d'argent de côté pour la société. N'est-ce pas révoltant?
Qu'en pensez-vous?
La deuxième, âgée de 85 ans à l'époque et décédée l'an dernier, avait légué
sa maison, ses meubles de valeur etc... à la société (qui s'est empressée
de tout vendre) pour aller terminer ses jours dans un home. Au début, elle
recevait les visites d'anciens et leurs épouses, et petit à petit plus
personne. Monique apprenant cela, est allée la voir. Cette pauvre vieille ne
se plaisait pas, n'arrivait pas à vivre parmi les gens du monde, était mise
sur le côté par les résidents. Alors, Monique et son mari s'en sont occupés,
lui trouvant une petite maison sociale et aussi des meubles par-ci par-là. Nous
allions l'aider pour les courses, la conduire chez les médecins etc... et pour
l'entretien de la maison, ses revenus lui permettaient d'employer une aide
familiale. Elle était heureuse à nouveau. Puisque cette société est si riche
pourquoi ne pas faire bâtir des homes pour Témoins de Jéhovah âgés ????? au
lieu de les ignorer.
La troisième, 58 ans vivait dans la misère, émergeant du C P A S (caisse pour
indigents). Là aussi, nous allions lui apporter des vivres, charbon, vêtements. Monique l'encourageait à venir à la salle, mais, vu son état, celle-ci n'y
était pas à l'aise. Jamais un ancien n'est venu chez elle. Ensuite sa
situation s'est améliorée grâce au C P A S qui lui ont trouvé une habitation
sociale, et ont fait le nécessaire afin qu'elle puisse obtenir une pension d'
invalidité. Cette personne est au bout du rouleau et d'avoir trop travaillé,
en très mauvaise santé. Bien sûr pour la société, celle-ci n'a aucune
importance, car, trop pauvre.
Tout cela me brisait le coeur.
Ensuite, je n'allais plus aux assemblées, de moins en moins à la salle malgré
les remontrances de Monique, je n'en pouvais plus. En octobre 2001, j'ai arrêté
définitivement. Monique venait deux fois par mois pour me déposer les périodiques
et restait une demi-heure.
En avril 2002, grande révélation! je me suis abonnée à Internet, et, en
cherchant un peu partout, j'ai trouvé le site RS. Je n'en croyais pas mes yeux,
j'ai commencé par lire les témoignages, puis les dossiers sur la doctrine, la
pédophilie etc... J'étais un peu perdue, ne me situais plus du tout par
rapport à tout ce que l'on m'avait enseigné. J'ai tout imprimé lu et relu.
Et oui, par ce site merveilleux, j'ai appris beaucoup de choses, me suis
rendue compte de l'ampleur que ces manipulateurs ont sur de pauvres victimes
comme moi. Je n'étais plus seule. Ensuite, j'ai fait lire mes découvertes à
mon entourage familial et autre. Il faut que le monde entier sache.
Je n'en ai pas parlé à Monique, cela ne valait pas la peine, elle n'aurait
rien lu et n'aurait rien crû.
Au début août 2002, Monique m'a demandé si j'avais eu la visite des anciens.
Je lui ai répondu non, je n'ai vu personne. En fait, ils devaient venir
m'annoncer mon exclusion pour la cigarette.
Waw!! il y avait cinq ans qu'ils étaient au courant!! A mon avis, toute chose a
une fin.!!
Le dimanche matin suivant, ils sont arrivés à deux. Mon mari travaillant
dehors, les a reçu dehors, ils voulaient m'annoncer l'exclusion et, mon mari
leur a dit que je n'étais pas disponible, ils ont insisté, bien sûr, et puis
sont repartis. Le jour même, mon mari a écrit une lettre de démission pour
lui et toute la famille. Chacun de nous l'avons signée et il est allé la
porter à la salle. Depuis, plus de nouvelle de Monique. Je ne suis plus son
amie, je ne suis plus la soeur qu'elle aurait tant aimé avoir. Terminé. Finie
l'amitié.
Je vous remercie tous, pour ce site merveilleux, la compréhension, la chaleur
humaine qui y règnent.
Grâce à vous, j'ai pu faire le deuil des témoins de Jéhovah. Vos
commentaires m'ont été précieux. Mon souhait, est que ce vécu, parmi
tant d'autres (qui sont pires encore) puisse aider une personne à réfléchir
et changer ses positions. Ah! j'oubliais, grâce à ce site, j'ai
rencontré une nouvelle amie Gabrielle à qui j'envoie un gros bisou, ainsi qu'à
vous tous.
Savez-vous ce que j'ai acheté cette semaine ? Un beau sapin, des boules
de toutes les couleurs, des guirlandes lumineuses pour décorer les fenêtres
etc.. Eh oui!! les Témoins de Jéhovah font partie du passé!!
Nicole
Vos
commentaires et témoignages sont toujours appréciés, n'hésitez pas !