Peter excommunié au lieu de recevoir des réponses

Source : Infolink

Écrit mardi, le 18 janvier 2005.  

        J’ai, comme nous avons coutume de le dire, grandi «dans la vérité ». Je n'ai jamais été un arriviste. J’étais plutôt un suiveur. Je me contentais de savoir que nous étions « dans la vérité ». Ma femme, également témoin de Jéhovah, était plus active que moi. Nous avons élevé nos enfants dans la foi chrétienne et nous n’avions pas de problème particulier.

        En 1999, j’eue des doutes sérieux et concrets quant à l’ « organisation des témoins de Jéhovah ». Je n’arrivais pas à les résoudre avec l’aide « des différents canaux » existants. Je devins de plus en plus passif. Ma femme continua son chemin comme témoin, mais nous parlions de plus en plus de mes doutes. Au cours des discussions, mes doutes devenaient nos doutes.

        Du mois de mai 2000 jusqu’en décembre 2001, je résumais mes doutes dans un manuscrit et je l’envoyais au siège des témoins de Jéhovah à Selters (Allemagne). Une correspondance s’établit entre Selters et moi à partir du mois de mai 2002 jusqu’en janvier 2003. Toutes les lettres se trouvent dans un appendice. Je n’ai pourtant pas réussi à établir un contact entre le siège et moi.

        À partir de janvier 2003, je prends mes distances avec tous « les événements de la congrégation ». Mes « critiques » sont connues par la plupart des connaissances proches. Elles sont approuvées par la majorité d’entre eux. Mais les problèmes ne se résolvent pas. Il n’y a aucune perspective de réforme en vue.

        En novembre 2004, je commence à faire des recherches sur Internet à la suite d’une recommandation d’une personne extérieure à l’organisation. Les points critiques que j’avais relevés ont été rapidement confirmés. Ils dépassent même les miens – soulignés dans ce livre – mais se rejoignent étonnamment bien.  

        En novembre encore, j’envoie plusieurs de mes arguments au surveillant de la congrégation. Il se montre intéressé et signale qu’il les transmettrait au Béthel à Selters. Je demande donc à l’organisation de me répondre. Une semaine après, le surveillant me transmet l’intérêt du Béthel pour ma documentation, ils voudraient en effet les envoyer à Brooklyn. Ils m’ont promis une réponse rapide. Comme cette réponse ne venait pas, j’ai écrit en décembre une lettre à certains de mes frères.  

Le manuscrit de mon livre rédigé de mai 2000 à décembre 2001.

Après bien des détours, il est arrivé au Béthel à Selters.  

Appendice 1 Extrait de l’introduction :  

        Je ne veux répandre aucune accusation contre la communauté des frères à laquelle j’appartiens. Je ne veux rien leur apprendre ni chercher à faire des adeptes. Je ne cherche pas non plus des personnes qui confirment mes idées. Je vois clairement que leur temps est mesuré.

        Dans cette communauté de frères, j’ai rencontré des personnes qui, par manque de temps,  ont perdu le don de l’« observation » ou qui ne maîtrisent plus le don de parler librement.

        J’ai rencontré au sein de mes frères beaucoup de blessures : des hommes et des femmes qui ne sont plus en mesure de discuter tranquillement assis sur un banc, des personnes qui ne peuvent plus lire un livre, non publié par l’ « organisation théocratique ». Ils sont toujours en route, comme traqués, ils ignorent même leur prochain, courent à travers la nature et croient « offrir à leur Dieu » les conséquences de la perte de leur équilibre psychique. Les suites seront désastreuses non seulement pour notre génération, mais pour les suivantes et cela partout dans le monde.

        Cette fausse vue sur le temps à la manière des « Ministères du Royaume » (Janvier 2004) « Déterminez ce qui vous fait perdre du temps » avec des conseils en conséquence, n’est pas saine. Les suites sont ruineuses et je ne veux plus en être une victime.  

Appendice 2 La première lettre à mes frères à Selters (4 octobre 2002)

        « […] J’ai 53 ans et je suis un témoin de Jéhovah baptisé depuis 35 ans. Je n’ai aucune fonction…depuis longtemps, j’essaye d’entrer en contact avec vous au sujet d’une affaire qui me préoccupe depuis des années […] La lettre que je veux vous soumettre est longue : 300 pages, c’est plutôt un livre. Je voudrais vous rendre visite et pouvoir dialoguer avec vous [….].  

Appendice 3 Ma dernière lettre à Selters (28 décembre 2002)

        Aujourd’hui […] votre première réaction ou plutôt non réaction […] L’échange aurait pu être instructif […] Je n’ai reçu aucune réponse à mes questions […] Vous écrivez que vous n’avez pas la possibilité de lire ce livre et que les serviteurs de ma congrégation ont été chargés de me remercier… Malgré tout, vous avez, de cette façon-là,  répondu à mes questions […] Les contradictions à l’intérieur de cette société ont anéanti le peu de confiance que j’avais encore. Ignorer des questions est le résultat d’un état morbide. Où sont restés notre idéalisme, notre enthousiasme ? Dans quel coin avons-nous rangé notre exaltation ? Que s‘est-il passé ? Où se trouve notre passion pour la vérité ?  

Changeons enfin notre gris bureaucratique contre la multiplicité des couleurs […]

        C’est dommage que dans notre milieu nous ne puissions pas échanger librement nos pensées chrétiennes ! […] Pardonnez-moi ma persistance, veuillez excuser mon endurance ! […]  

Appendice 4  Lettre au surveillant de la congrégation

14 décembre 2004

        […] Par loyauté envers toi, je veux te faire savoir ma position prochaine envers l’organisation […] J’écris en même temps à mes frères et je serai aussi bref que possible. Je ne peux plus supporter avec patience cette passivité des dirigeants de l’organisation […]  

Appendice 5 Lettre à certains de mes frères

21 décembre 2005  

Chers frères,

        […] au cours des années, je vous ai connus et appréciés. Ce n’est pas facile pour moi de m’adresser à vous. Je sais ce que je veux vous apprendre, mais non ce que je peux vous dire, en plus je ne sais pas comment m’exprimer. Je ne veux pas vous blesser, vous offenser ou vous déstabiliser. Mais je crains que cela ne sera guère possible.  

        Je ne voudrais pas me séparer de vous mais des dogmes qui ne me paraissent ni véridiques ni sincères. Je veux rester en relation avec Jéhovah et ses lois.  

        Je me base sur des théories de notre organisation qui me semblent ne pas correspondre à la réalité […]. Je prends congé des visites régulières des réunions. Les répétitions permanentes influencent ma façon de voir et sont une manipulation de la personnalité. Je prends congé de vouloir défendre avec véhémence tout ce que ce « monde » trouve à redire à l’organisation. Trop de ces indications se sont révélées exactes. Nous, témoins de Jéhovah, comme organisation, ne sommes pas meilleurs, dans les choses essentielles, que les hommes qui nous entourent, je dirais même que nous sommes plus rusés et que nous avons un caractère plus mensonger.  

    D’après mes recherches, nous avons à l’intérieur de l’organisation des problèmes importants et  condamnables, problèmes qu’un vrai adorateur de notre Dieu Jéhovah doit signaler.  

Je veux attirer votre attention sur quelques-uns de ces problèmes :  

        Pourquoi connaissons-nous, à l’intérieur de nos assemblées, tellement de cas de suicides ? Des suicides surtout parmi des jeunes, des drames inimaginables ! Des tragédies parmi nos proches, de ceux dont on dit qu’ils sont dans un paradis spirituel. Pourquoi ces drames parmi ceux étant « dans la vérité » ? Avons-nous une vérité spéciale insupportable ? Ces cas de suicides ont été enfermés dans le silence et ce qui est apparu à la lumière a été dégrossi et dissimulé. Des personnes extérieures à l’organisation attirent notre attention sur ces faits morbides. Pouvons-nous dire avec raison que nous sommes persécutés si ces réalités sont mises à jour ?

Avons-nous le droit de traiter de telles personnes comme apostats ?

        C’est naturellement le chemin le plus simple pour continuer, avec une bonne conscience, notre oeuvre de « ministres chrétiens » au sein de cette organisation !  

        Pourquoi aussi une telle abondance de cas de pédophilie parmi nous ? Comment un tel problème peut-il exister ? Je parle d’abus sexuel de nos enfants au sein de nos congrégations. Ces drames se passent parmi ceux dont on ne cesse de répéter qu’ils sont dans « un paradis spirituel ». Ces cas sont passés sous silence et considérés comme des bagatelles.  Ces réalités sont également dévoilées par des personnes de l’extérieur. On les traite avec une certaine ironie de fauteurs de troubles, d’agents de Satan. Traiter ces situations en vérité et avec justice déchargerait également notre conscience.  

        Pourquoi tant de frères dans nos congrégations aspirent-ils  à plus de fraternité, de sensibilité, de bienveillance dans nos relations ? Nous aimons citer le texte que « l’amour du plus grand nombre se refroidira ». Mais n’est-ce pas parmi nous que cela se vérifie le plus ?  

        Je prends mes distances de cette prétention que l’amour existe particulièrement chez nous, un amour exceptionnel parmi les hommes. Nous ne donnons aucune chance à un tel sentiment. Sur nos drapeaux, nous avons inscrit « activité, course » et nous nous noyons dans la routine sans regarder autour de nous. C’est la triste vérité ! Il faudrait des réformes à ce niveau également.  

        Cette chaleur du coeur n’existe guère parmi nous, c’est une réflexion souvent entendue entre nos frères. Et pourtant, d’après nos écrits, nous sommes les seuls à vivre l’amour fraternel.  

« Scandales financiers au sein de la Watchtower ».  

Pourquoi sommes-nous, témoins de Jéhovah, accusés de plus en plus, en cette matière ?

        Pourquoi sommes-nous considérés comme une organisation qui gagne des millions suite à nos investissements immobiliers, nos dettes d’impôts et notre fraude fiscale ? Pourquoi sommes-nous mis en rapport avec de tels faits ? Ces accusations ne viennent pas uniquement des adversaires de l’organisation ou de frères déloyaux, comme annoncées dans nos écrits, nous les leur livrons gratuitement à domicile.

        Que fait cette Watchtower Bible and Tract Society, cette organisation qui se croit prédestinée pour répandre la Bonne Nouvelle, avec tout l’argent superflu ?  

Il n’est même pas question de mentionner toutes les prophéties annoncées et non réalisées.

Elles venaient soit-disant de Jéhovah et de son organisation.

        Toutes ces annonces peuvent être basculées dans le sable : Harmaguédon pour 1975, génération de 1914 qui verra le fin de ce système de choses.

Ce questionnement est non seulement légitime, non tel doit être le cas pour chaque être pensant.

        Suicides dans notre organisation, pédophilie dans nos rangs, absence d’amour dans notre association, des scandales financiers en augmentation, des enseignements changeants au fil des ans, et…, et …, et…

        On réplique que des chrétiens se sont toujours posés ces questions. Mais chez nous, et  partout dans notre organisation partout dans le monde,  ils existent sans laisser de bruit, avec un mutisme à faire peur. Ces témoins se croyant dans un paradis spirituel n’ont pas de voix dans ces cas-là, ils « persévèrent jusqu’à la fin » leur a-t-on appris.

        Il y a chez nous beaucoup de contradicteurs qui ne sont pas exclus. Ceux qui ont ouvert la bouche, ont été exclus. Pourquoi n’osons-nous pas émettre une critique même constructive ?

        Pour ma part, j’ai osé poser des questions, je n’ai pas été exclu, mais je n’ai pas été entendu non plus.

        J’ai écris un livre formulant tous mes soucis et toutes mes craintes. J’ai posé toutes les questions concernant une réforme. C’était une critique honnête. J’ai placé toute ma confiance en mes frères au Béthel à Selters. Et alors ? Que s’est-il passé ? Comment la Société a-t-elle réagi à ma longue lettre ? Je préfère ne rien dire à ce sujet.  

        J’ai une consolation : je ne fais ni partie des muets ni des exclus. Je ne compte néanmoins plus parmi ceux qui croient être dans un paradis spirituel. Je ne crois plus que nous, tels que nous nous révélons aujourd’hui, « sommes dans la vérité ».

        Je me sépare des habitudes de notre organisation, des dogmes tant glorifiés qui ne me semblent pas véridiques. Je souligne me ! Pour vous, il peut en être autrement. Vous voyez les choses citées autrement peut-être.

        Je ne veux pas me séparer de Jéhovah ni de sa loi. Je ne prends pas mes distances avec les principes chrétiens ni avec la Parole de Dieu.

Je suis baptisé au nom de Jéhovah et non au nom d’une organisation.

        « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », cette citation est-elle encore valable ? Est-elle uniquement valable pour les dignitaires d’une Église quelconque, comme on nous l’enseigne ou pouvons-nous l’appliquer également à nos dirigeants ?

        Si notre organisation est prête à faire des changements profonds, je suis disposé à la soutenir de toutes mes forces.

        J’ai reconnu que notre organisation s’oppose à tout échange d’idées (je pense au livre que j’ai mis deux ans à écrire). Je pense à des changements de nos doctrines où la nouvelle lumière ne venait pas d’un esclave fidèle et avisé, mais ils étaient le résultat d’annonces qui se sont avérées fausses […].

« Mes frères et sœurs, parmi vous, quelqu’un peut se perdre loin de la vérité, et un frère ou une sœur peut le ramener. Et bien, vous devez savoir ceci : si une personne ramène un  pécheur de la mauvaise route où il se trouve, il le sauve de la mort. Et à cause de cette action, Dieu va pardonner beaucoup de péchés » (Jacques 5, 19.20 La Parole de Vie).  

J’ai été exclu vendredi, le 7 janvier 2005.


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