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Le témoignage de Séverine |
La première fois que j'ai mis les pieds dans une salle du royaume, je devais avoir 12 ou 13 ans. C'est ma mère qui nous y a emmené mes deux soeurs et moi. Et là nous avons du faire face à une première difficulté et non des moindre. Ma mère ayant déjà fais partie d'une congrégation quelques dix ans auparavant et s'en étant retiré volontairement, elle a dû subir une quarantaine. Actuellement, je n'en connais toujours pas les objectif, mais je sais que cela a été une cruelle expérience pour elle. Je me souviens encore de ces moments où, n'en pouvant plus, elle s'arrêtait sur le bord de la route lors du trajet retour pour pleurer. Mais elle y croyait et a tenu le temps nécessaire à sa réintégration.
Ensuite, nous avons eu droit à une étude biblique. On nous apprenait la vie du Christ et comment l'imiter dans notre vie de tous les jours: comment nous devions nous aimer les uns les autres, nous respecter, nous aider mutuellement... Il y avait aussi un livre pour les jeunes, les adolescents, pour leur apprendre comment résister aux tentations du monde et ne pas tomber dans sa déchéance.
Avec le temps ou l'usure, mon père nous a rejoint. Comme lui aussi avait été témoins de part le passé, lui aussi a dû subir une mise en quarantaine qui a été d'autant plus longue qu'il devait s'arrêter de fumer.
A l'époque, je me souviens que je n'y voyait que des avantages: cette étude nous aidait à avoir une vie de famille plus saine, nous étions plus proches les uns des autres. Et puis surtout, ma mère était heureuse...
Le bonheur de ma mère, son bien-être a très longtemps été le levier pour me pousser à rester parmi eux. Avec le recul, je m'en rends compte. Bien évidemment, le jour où j'ai décidé de m'inscrire à l'école théocratique pour apprendre à parler de la vérité et le jour où j'ai décider de devenir proclamatrice, j'étais persuadé de le faire parce que j'y croyais, non pas pour faire plaisir à ma mère.
Puis, mon père a été exclu parce qu'il s'était remis à fumer. J'étais présente lors de la prise de décision par le collège des anciens et ce jour là, j'ai eu le coeur fendu. D'un côté, j'étais persuadé que les anciens avaient raison de veiller à la pureté de la congrégation mais d'un autre côté, je voyais ma mère pleurer parce qu'elle était persuadé qu'ainsi mon père se condamnais à périr le jour où Dieu déciderait d'intervenir.
Puis, mes soeurs ont décidé d'arrêter leur étude biblique, de quitter la congrégation.
Je restais donc la seule sur qui ma mère pouvais encore compter. «Les autres ont dévier de la voie de la vérité, mais il me reste encore Séverine», combien de fois ai-je entendu cette phrase? Trop souvent sans doute.
A un moment donné, mes études m'ont amenées à m'éloigner du cocon familial. Et là, j'ai eu un moment de doute: pour qui donc continuai-je à étudier et prêcher? J'ai cesser de fréquenter les Témoins de Jéhovah. Puis j'ai fait une dépression nerveuse et ma mère m'a invité à revenir. Bien sûr, on m'a accueilli à bras ouverts, on m'a aidé. Finalement, j'ai pris le baptême.
C'est à cette période que je me suis rendu compte que leur affection était factice. L'une de mes «soeurs», avait dû déménager pour trouver un travail. En partant, elle m'avait promis de rester en contact, via la poste. Jamais, je dis bien jamais, elle n'a répondu à mes lettres. Même le jour où je lui ai annoncé mon baptême! C'était loin des yeux, loin du coeur. J'avais gardé un meilleur contact avec certaines de mes camarades de classe. Dieu sait pourtant, que mes relations avec «le monde» était limitées.
A partir de ce moment là, j'ai commencé à réfléchir sérieusement. Et j'ai compris que, non, décidément non, je n'avais rien a voir avec ces gens. Au fond, je n'y ai jamais vraiment cru. Ce que je cherchais c'était l'approbation de ma mère, son bien être et une affection, des amitiés. Or, ma mère pouvait très bien être heureuse sans que je suive ses traces et question amitiés je suis persuadée que «le monde» s'y connaît davantage.
Voilà donc pourquoi, il y a maintenant un peu plus de deux ans maintenant, j'ai repris ma liberté. Et ce n'est pas facile, je n'ai pas d'amis d'enfance, de lycée; je n'ai pas d'expérience amoureuse; à part ma soeur et son mari, je ne fréquente quasiment personne.
Tel est mon expérience, mon vécu.
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