|
Sois
sûr d'être assez fort car tu peux tout
perdre, |
J'écris mon témoignage en espérant pouvoir aider des gens qui comme moi ont vécu chez les témoins de Jéhovah pendant plusieurs années de leur vie. Je parle beaucoup de mon expérience, me délivrant moi-même de cette celle-ci, encore parfois très difficile à vivre. Je veux dire aussi que la vie après les témoins, c'est possible, mais cela prend vraiment beaucoup de courage car on peut sortir des témoins mais de sortir les témoins de nous est une autre chose.
Qui d'entre nous ne pense pas parfois encore à vérifier les étiquettes de la viande au super marché (pour la présence de produit sanguin)... Alors, voici mon témoignage !
Je suis une jeune femme de 21 ans et cela fait maintenant 6 ans que j'ai quitté l'organisation mondiale des témoins de Jéhovah. Lorsque j'avais 7 ans, mon père a commencé à parler avec un témoin de Jéhovah au travail et un dimanche matin, ils nous a amenés, toute ma famille, à la salle du royaume. Ce fut le début d'une longue expérience. Quand on a 7 ans, de voir tellement de gens comme cela, si gentils et accueillants d'un seul coup, semble tellement excitant . Étant une enfant qui faisait beaucoup rire d'elle au primaire, à cause de mon obésité, je me suis sentie vraiment très bien avec des enfants qui me souriaient et discutaient avec moi .
Mon père s'est très vite intégré parmi tous ces gens ayant toujours été assoiffé de connaître la «vérité» sur son existence sur la terre. Pour lui, tout avait tellement de sens, alors réunions après réunions il augmentait sa soif de vérité . Ma mère étant une femme dépressive et très renfermée. elle se contentait de suivre sans rien dire. Certaines choses sont encore assez vagues dans ma mémoire. Je me souviens que mes parents avaient quelques problèmes de couple à l'époque. Voilà que les témoins de Jéhovah prétendaient avoir trouvé la solution à leurs problèmes.
Ma mère commençait à se faire des amies et à être invitée à des sorties avec des femmes de la congrégation. Je dirais que tout a vraiment bien été jusqu l'âge de 14 ans . Mon grand frère a décidé de se faire baptiser tout comme mes parents, quelques années auparavant. Ne voulant pas déplaire, je me suis dit, pourquoi pas moi ? C'est ce que j'ai fait. J'ai été baptisée. Ce fut la plus grande erreur de ma vie qui fait qu'aujourd'hui je vis un enfer. À l'école secondaire, comme ma religion me le conseillait fortement, je ne m'entourais que de jeunes témoins de Jéhovah (mes copines). Je pris conscience qu'elles étaient très différentes des filles que je fréquentais aux réunions . Elles menaient toutes une double vie... Elles parlaient des garçons parfois de façon vraiment très vulgaire. Une avait un copain qui n'était pas témoin de Jéhovah et une autre fumait la cigarette, buvait, bref, des attitudes non chrétiennes selon les témoins de Jéhovah. Voulant suivre ce qui m'avait été enseigné je leurs aie parlées mais elles se sont très vite éloignées de moi, même aux réunions. Elles recevaient tellement d'éloges à chacune des réunions et moi on me voyait comme une jeune fille très renfermée et rebelle. Puis, il n'y eut plus d'invitation à aucune activité ou bien elles étaient forcées par leurs parents de m'inviter. J'étais mise à l'écart lors de chaque sortie. Ces filles qui étaient mes seules «amies» s'étaient retournées contre moi .
Ne disent-ils pas que Dieu est juste et amour ? Moi, je ne voyais que le contraire. Mon père s'était fait nommer serviteur ministériel de la congrégation et plus cela allait, et moins il était présent pour moi. J'entendais ma mère qui discutait au téléphone en mal de certaines femmes de la congrégation. Alors pour moi tout est devenu si clair, je croyais que c'était différent chez les témoins de Jéhovah mais je voyais là que ce n'était vraiment pas le cas. Je peux même dire que c'est pire : hypocrisie, jugement, non-respect des valeurs des autres. Je ne voulais plus faire partie d'une telle organisation.
Je me suis fait une amie à l'école et la honte s'emparait de moi quand je pensais lui dire ce que j'étais. J'avais si peur du rejet ! Un jour, je lui aie dit que j'étais témoin de Jéhovah et je lui aie dit ce que je vivais comme enfer. Elle m'a donc conseillé d'en parler avec un travailleur social de l'école. C'est ce que j'ai fait . Et j'ai su à ce moment que j'étais libre, même malgré mon âge, de quitter les témoins de Jéhovah. J'ai dit à ma famille que je quittais lors d'un souper. Mon père avait une telle peine dans son regard. Il n'a pas insisté pour que j'assiste aux réunions mais un mois plus tard, il me dit que je devais lui obéir et reprendre toutes mes activités de témoin de Jéhovah. J'avais si peur de lui car je savais qu'il était très sérieux dans sa décision. Un soir, je ne suis pas rentrée à la maison après l'école sachant qu'il y avait une réunion le soir.
La Direction de la Protection de la Jeunesse, le lendemain, est venu me prendre en plein milieu d'un cour. J'ai donc été placée une semaine en famille d'accueil. La semaine suivante, on m'a forcé contre ma volonté à retourner chez mes parents en leur disant de ne plus m'obliger à assister aux réunions. Mais pour moi vivre avec eux me rendait toujours aussi coupable. Mon père me disait, «tu sais quand tu vas avoir atteint l'âge adulte je ne pourrai plus te parler»... Il voulait m'avoir en me faisant sentir coupable. J'ai donc passé 6 mois dans ma chambre à ne presque plus manger ou sortir de cette chambre qui pour moi, était devenue une prison. Mais une prison où je pouvais être seule.
Six mois plus tard. on m'a hospitalisé pour une tentative de suicide pendant un mois à l'hôpital. Je me souviendrai toujours de mon père dans le cadrage de la porte qui me regardait fixement dans les yeux sans me dire un mot. La Direction de la Protection de la Jeunesse a donc jugé que de vivre avec ma famille mettait en danger ma vie et alors il m'ont placé dans un foyer d'accueil pour un an .
J'ai sombré dans la drogue assez vite. Elle était pour moi le seul moyen de ne pas me sentir coupable. Je suis allée en thérapie, en pédopsychiatrie pendant un an, mais lors des séances familiales, on me disait de dire à mes parents que je les aimais. Mais c'est eux qui ne le disaient plus et non moi . Le jour de mes 18 ans étant exclue, mon père est venu me voir pour me dire, tu dois faire un choix entre nous, les témoins de Jéhovah et ta vie comme tu l'entends.
J'ai fait trois désintoxications. Je suis en dépression majeure depuis 6 ans mais je vais vous dire que je préfère ma vie à celle que j'ai vécue chez les témoins de Jéhovah. Aujourd'hui, ils me parlent encore, même étant exclue, mais nos conversations sont vraiment courtes et mes parents ne m'ont pas encore dit «je t'aime»... Depuis le jour où j'ai quitté les témoins de Jéhovah, mon frère souffre beaucoup des témoins de Jéhovah et essaie de survivre car il est très malheureux. Il ne quitte pas a cause de ce que cela a fait quand j'ai quitté. Ma mère n'a plus aucune amie et elle se contente de suivre mon père mais elle est si malheureuse. Les témoins de Jéhovah ont pris mon enfance, ma famille et m'ont pris une partie de mon coeur.
Je vis aujourd'hui avec un homme que j'aime vraiment beaucoup. Je compte moi-même fonder une famille. Jamais, je ne laisserai faire à mes enfants ce que j'ai subi. Et je vais vous dire en toute sincérité que si un témoin de Jéhovah me demandait : «est-ce que je devrais en sortir ?», je lui dirais peut-être oui, mais je lui dirais aussi, «sois sûr d'être assez fort car tu peux tout perdre tout comme moi !».
Je termine mon témoignage en vous disant d'être fort et de faire tout pour vous-même. Que oui, c'est possible de vivre heureux après les témoins de Jéhovah, mais soyez patient car cela peut prendre du temps.
Une fille qui a beaucoup souffert et qui souffre encore.
Vos
commentaires et témoignages sont toujours
appréciés, n'hésitez pas !