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"La voix des autres est en nous avant
la nôtre, et la nôtre doit peu à peu
s'élever |
Par Stéphane de Lyon (France)
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J'ai été branché pour la première fois par un copain de classe avec qui je m'entendais bien et que je n'avais pas revu depuis un certain temps. J'avais 17 ans à l'époque. Sur le coup, je ne comprenais pas trop ce qu'il m'expliquait. Il m'avait fait le tour de la bible en une demie-heure, mais ce qui m'avait touché, c'était la force de conviction qu'il y mettait. Bien sûr, il venait de commencer une étude biblique avec un autre copain de classe, un témoin de Jéhovah. Il avait le feu de l'esprit comme on dit entre témoins de Jéhovah lorsque l'on débute dans la "vérité". Pourtant j'avais fait du catéchisme, mais je prenais cela pour des fables pour enfants afin de nous inculquer des valeurs morales. Je me suis mis à lire les "4 évangiles" un livre que j'avais gardé de mon catéchisme. Puis le samedi qui a suivi, alors que je prenais une pause pour mes devoirs chez moi, un couple de témoins de Jéhovah s'est présenté juste au moment ou je pensais à ce que m'avait dit mon copain à propos du porte à porte des témoins de Jéhovah. Sur le coup, cela m'avait impressionné. J'ai pris la brochure et j'ai carrément écrit au "Béthel de France " pour avoir des renseignements supplémentaires. Ensuite, pendant à peu près un an, je n'ai eu que des visites occasionnelles, sans plus. J'étais encore chez mes parents. Par la suite, c'est pendant les révisions de mon bac de français que j'ai vraiment eu un plus vif intérêt pour la bible. Je dois avouer que c'est, en partie, en regardant la série "La petite maison dans la prairie" dont je suis tombé fan à l'époque, où l'on voit Charles Ingalls diriger sa famille avec des principes très nobles, cela m'avait beaucoup touché ainsi que leur mode de vie. Donc, je me suis trouvé une bible qui a été la version excellente et poétique du chanoine Osty. Ensuite, j'ai eu le livre "création" par des témoins de Jéhovah. Ce livre m'avait touché parce qu'il répondait à mes questions sur l'existence de Dieu et l'origine de la vie. La création d'Adam par Dieu et la théorie de l'évolution portaient à confusion dans mon esprit. Je dois dire que même si maintenant je sais que ce livre n'est pas toujours honnête dans ces explications et l'utilisation des citations de scientifiques, il était le premier que je lisais qui mettait en avant la création du Créateur. Ensuite j'ai étudié avec les témoins de Jéhovah une fois de temps en temps. Ils semblaient avoir toutes les réponses à mes questions et puis je les trouvais cool ! Ils ne fumaient pas, pas de vulgarité dans leur langage, bonne moralité,,tout ce que je cherchais à l'époque. Je n'avais pas la connotation secte avec les témoins de Jéhovah. Mais, il faut savoir que j'étais pas bien dans ma tête à l'époque... douloureuses expériences avec certains de mes amis., Je n'acceptais pas la vie comme elle l'était. De plus, je n'avais pas du tout confiance en moi. Je pense que c'était du fait que j'ai manqué d'affection et de considérations par ma famille, mais je ne condamne pas celle-ci pour autant. Il n'y a pas d'éducation parfaite. Pendant 4 ans, je suis resté sympathisant. Je faisais confiance à l'organisation même si je savais qu'il fallait toujours se méfier d'une société humaine quelle qu'elle soit. Je parlais de mes croyances à mes amis occasionnellement. Ils s'intéressaient des fois un peu, voire pas du tout. Puis, j'ai fini mes études et donc quitté mes parents pour m'installer à Lyon et devenir plus autonome. J'y ai fait mon service en tant qu'objecteur de conscience dans un cinéma d'écran mobile. Je projetais des films commerciaux, et je faisais des livraisons de films dans Lyon, c'était sympa. Une fois installé dans mon train-train,,j'ai pris contact avec la congrégation. J'y ai donc fait des connaissances, mais cela n'a pas été facile, comme je l'ai compris par la suite, certains m'ont vu comme un concurrent pour les "soeurs". En 2000, j'ai pris le baptême., Je l'ai pris surtout par reconnaissance de ce que la société m'a apportée, par rapport à la connaissance biblique et d'un point de vue social. Mais je savais bien qu'elle se plantait sur certaines explications mais je tolérais. Je me suis dis que j'essayerais d'apporter ma pierre à l'édifice comme je le pourrais en essayant de m'y intégrer. Puis les années passent. J'élargis mes connaissances. Je visite d'autres congrégations voisines, aussi à l'étranger, comme en Belgique ou en Suisse. Alors vient la routine, puis les rapports avec les frères qui donnent l'impression d'être de plus en plus superficiels, surtout avec les jeunes. Combien de fois je me suis fais snober par des frères que pourtant j'avais déjà invités chez moi ou à des sorties et, qui m'ignoraient lorsqu'ils organisaient quelque chose. Et après on parle de prendre soin des veuves et des orphelins sur le plan spirituel, et de faire passer l'intérêt de son prochain avant le sien ? C'est bien la peine d'assister à 5 réunions par semaine!!! Je reconnais que certains possédaient des qualités comme l'altruisme, mais c'est surtout pour les personnes d'un certain âge. Sans compter tous les problèmes que j'ai pu observer dans toutes les congrégations!!! J'ai compris que nous avions un culte d'intellectuels, pas comme celui des chrétiens du premier siècle qui devait s'exercer d'une manière plus naïve mais plus avec le coeur. Il est donc normal que ce soit l'ego qui prenne le dessus de la conscience chrétienne la plupart du temps. Je me rends compte que je ne m'épanouis pas dans l'organisation malgré les progrès que j'ai fait avec mon travail d'introspection tout au long de ces années qui m'ont permises de me libérer de mes complexes. Les réunions deviennent de plus en plus indigestes, toujours le même refrain, nous sommes la crème de la crème et le monde est corrompu, etc... Septembre 2004, je ne fais quasiment plus mes préparations de réunions, déjà que je ne les faisais pas beaucoup. Je ne cherche plus la compagnie des "frères" qui de toute façon, me fuient parce qu'ils n'ont pas besoin de moi. Je me contente de ma famille, de mes collègues de boulots et quelques autres amis avec qui j'ai gardé contact. J'ai des relations beaucoup plus authentiques avec ceux-là. Je prie Dieu pour lui dire que je ne supporte plus ma situation dans l'organisation et que je m'éloignerai de celle-ci d'ici un an si les choses ne s'éclaircissent pas. Je continue tout de même d'assister aux réunions régulièrement et de rendre un rapport de prédication honnête (5h par mois). Mais je m'applique dans les principes fondamentaux du christianisme qui sont pour moi, amour, justice, humilité. Ces qualités préservent ma conscience de la culpabilité qu'inflige l'enseignement de la Watchtower à ses membres. Je deviens, dans mon attitude, une personne limite, désinvolte mais respectueuse. Les "frères" aux réunions, apprécient mon sens de la dérision et de l'humour, mais ils ne se doutent pas que je suis en période de crise. Pour vous donner un exemple sur ma personnalité,,je vais vous raconter une anecdote qui s'est passée en juin lorsque je prêchais pour la toute dernière fois avec mon surveillant de district. Dans la rue, on prêchait à l'aide des cartons questions-réponses. Le surveillant m'invite à répondre au jeune que nous abordons. La question portait sur "Comment s'est fait ravitailler le prophète Élie?" En répondant, je cite le passage dans la bible correspondant à la réponse et je lui rajoute comme commentaire pour compléter la réponse : " Et voici la première livraison express à domicile de l'histoire de l'humanité ! pizza corbeau! ". Et il se trouvait juste que le jeune allait travailler à la pizzeria d'à côté. Le surveillant bien sympa a trouvé cela drôle aussi. Mais je pense qu'il a compris dans ma personnalité trop spontanée que quelque chose n'allait plus, un comportement qu'il a dû rarement observer dans l'organisation. Au cantique final du pupitre, il n'a pas arrêté de me regarder d'un air dubitatif. Plus tard, en lisant un article de psychologie dans la presse. J'ai lu un passage qui exprimait ce que je ressentais : "La voix des autres est en nous avant la nôtre, et la nôtre doit peu à peu s'élever et chercher à se faire reconnaître.", Je retrouvais ma personnalité après des années de léthargie ! Puis, arrive le grand coup de théâtre d'Internet. J'avais pris ma semaine de congé pour l'assemblée de district. Je suis allé quelques jours chez mon frère. Puis le 3ième jour, en partant à son travail, mon frère me laisse son ordinateur allumé avec l'accès à Internet libre, ce qui est étonnant car il est réticent en général car il a peur que je lui télécharge des virus. De plus, je ne lui avais même pas demander ! Puis je cherche vers quoi m'orienter pour surfer. Je pense au site de l'organisation. Je tape "Watchtower",surprise! Je tombe sur le site "Brooklyn Tower" puis "les 10 vierges" et plein d'autres. Le voile tombe raide. Mes découvertes me convainquent d'investir dans un PC. Je relis pour la deuxième fois les 3 chapitres du livre "Jéhovah vit à Brooklyn" sur le site "Vivre pour la Vérité" et franchement, je les trouve très saisissants ! L'analyse psychologique de la secte des témoins de Jéhovah y est très développée et très profonde. Je me suis reconnu dans certains passages abordés par le livre. J'entame ma phase de déprogrammation cérébrale. LIBRE !!!! Cela fait du bien de ne plus avoir à prendre sa voiture pour polluer l'atmosphère et se rendre aux réunions. Je ne me gêne pas pour laisser le bruit de mes nouvelles découvertes autour de moi. Avec tact bien sûr. Ceux qui se posent des questions iront chercher sur Internet mais ceux qui préfèrent rester dans l'organisation y resteront. J'ai eu l'occasion de montrer à des anciens, devant leurs propres yeux, des sites qui démontraient des preuves évidentes qui auraient dû éveiller leur méfiance, mais non... Voici ma lettre de retrait "zen" que j'ai fait la semaine dernière
Voilà mon histoire de témoin de Jéhovah sans rentrer dans les détails de tout ce dont j'ai pu être témoin. Ma sortie sèche de l'organisation qui a dû en surprendre plus d'un parmi mes ex-compagnons de foi, est le fruit d'un long processus qui s'est accéléré à la fin, en grande partie grâce à Internet. Je ne regrette pas ces années passées dans l'organisation, parsemées souvent de galères, même si elle m'a trompé et utilisé, elle m'a aussi servi de béquille. Et puis il faut savoir accepter les choses pour pouvoir avancer dans l'avenir. Je peux conseiller un film en terminant pour ceux qui ont du mal à digérer leur rancoeur. Il est surprenant de voir la réaction du personnage de Andy Kaufmann joué par J. Carrey dans "Man on the moon" lorsqu'il découvre à la fin de sa vie la grande supercherie de ses croyances... Bonne continuation à tous. Stéphane de Lyon |
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